Crise internationale: l’Afrique méfiante face aux solutions du FMI

Le Fonds monétaire international (FMI) veut aider l’Afrique à faire face à la crise mondiale. Il demande environ 25 milliards de dollars pour éviter au continent « un cataclysme ». Mardi et mercredi, l’institution a convoqué des dirigeants du continent à Dar-es-Salam, en Tanzanie, pour réfléchir aux solutions à adopter. Les Africains qui gardent en souvenir les effets dévastateurs des politiques d’ajustement structurel que leur avaient imposé le Fonds sont méfiants.

Vingt-deux des pays les plus vulnérables au monde, dont la majorité est située en Afrique subsaharienne, vont sévèrement être frappés par la crise financière et économique mondiale, selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI). Après les pays riches et les pays émergents, les Etats pauvres d’Afrique vont durement être touchés, a indiqué Dominique Strauss Khan, le directeur de l’institution financière internationale. La croissance attendue sur le continent, en 2009, sera inférieure à 3%, alors qu’elle avait atteint 5,4% en 2008 et même 6,5% l’année précédente.

Pour atténuer les conséquences dévastatrices de cette crise sur le continent, le FMI a organisé ces 10 et 11 mars, à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, une conférence pour, dit-elle, réfléchir aux « nouveaux défis et aux nouveaux partenariats pour la croissance en Afrique ». « Alors que la communauté internationale trouve des centaines de milliards de dollars pour résoudre la crise, je ne peux admettre notre incapacité à mobiliser des centaines de millions pour les pays à bas revenus », s’est insurgé Dominique Strauss-Kahn.

D’après une première estimation du Fonds, il faudrait quelque 25 milliards de dollars pour limiter les conséquences néfastes de la crise sur les populations africaines. Et ce besoin de financement « serait significativement plus élevés », au cas d’une aggravation de la crise. D’après le FMI; la conférence de Dar es Salaam doit être considérée comme « une plateforme pour envoyer des messages clés au sommet du G20 ».

« C’est le FMI qui nous a mis dans cette situation »

Mais que valent aujourd’hui les recommandations du FMI en Afrique ? L’image de l’institution financière internationale a été ternie, notamment auprès des populations civiles, par les conséquences néfastes de l’échec de ses politiques de développement sur le continent. Dans les années 80, le FMI avait imposé aux pays africains des privatisations qui ont conduit ces Etats à la faillite, des réformes agraires axées sur l’agriculture d’exportation au lieu de la sécurité alimentaire et des restrictions budgétaires qui n’avaient que pour but d’assurer le remboursement des prêts.

«Pour des raisons politiques, c’est devenu impossible pour certains gouvernements de dire a la population de leurs pays qu’ils vont s’adresser au FMI », a reconnu, lui-même, Dominique Strauss Khan, le directeur de l’institution. Celui-ci fait état d’un vrai problème de confiance qui « empêche le Fonds de faire son travail ».

«Si l’Afrique avait été responsable de cette crise, le FMI lui aurait sauté à la gorge», a lancé Jakaya Kikwete, le président tanzanien à l’ouverture de la conférence de Dar-es-Salaam. Il a ajouté que « le Fonds doit superviser les Etats-Unis et les pays européens et pas seulement les pays en développement. » Comme lui, de plus en plus d’Africains pensent que le FMI ne joue pas suffisamment son rôle de gendarme.

Photo: FMI

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