
La résurgence du criquet pèlerin se confirme dans la région occidentale africaine. Le Maroc concentre aujourd’hui l’essentiel de la pression acridienne, pendant que l’Algérie, la Mauritanie et les pays du Sahel se préparent à une possible migration vers les zones de reproduction estivale.
On n’en est pas à une invasion généralisée, mais les signaux inquiètent assez pour mobiliser toute la région. Depuis plusieurs semaines, le criquet progresse dans le nord-ouest africain, avec un foyer particulièrement actif au Maroc. Le dernier bulletin de la FAO sur la situation acridienne fait état de nombreux groupes d’ailés immatures formés sur de vastes étendues du territoire marocain, après la mue de groupes et de bandes larvaires. En juin, la superficie traitée au Maroc a atteint 87 363 hectares, dont 33 500 par voie aérienne, un niveau qui donne la mesure de la riposte engagée.
Les zones concernées s’étendent autour de Guelmim, le long du littoral entre Tiznit et Agadir, entre Foum El Hassan et Foum Zguid, et, dans une moindre mesure, entre Merzouga et Errachidia. Certains adultes ont commencé à se reproduire , avec des accouplements observés près de la côte et dans la région d’Errachidia. Le risque est double avec la formation de petits essaims localisés au Maroc et une migration vers d’autres zones favorables.
Le Maroc, verrou de la lutte antiacridienne
Le Maroc s’impose comme le principal rempart régional. Depuis le printemps, les opérations de prospection et de traitement se sont intensifiées, après une première phase de reproduction dans les zones sahariennes. La FAO y relevait, au fil des dernières semaines, des groupes larvaires, des bandes et de nombreux ailés immatures, avec des surfaces traitées en hausse d’un mois sur l’autre.
Rabat cherche à casser le cycle avant que les groupes ne se muent en essaims plus mobiles et plus difficiles à contrôler. Le criquet pèlerin est redouté parce qu’il change de comportement quand les conditions deviennent favorables. Les individus se rassemblent en essaims mobiles, capables de se reproduire vite et de ravager cultures et pâturages. Dans le sud marocain, la vigilance est d’autant plus forte que les oasis et les zones agricoles fragiles sortent à peine de plusieurs années de sécheresse.
Le résultat tient aussi à la rapidité des prospections, à la météo, à l’état de la végétation et à la capacité de suivre des groupes qui changent de direction au gré des vents, autant de facteurs susceptibles de faire basculer un foyer local en alerte régionale.
Algérie et Mauritanie : deux maillons à surveiller
L’Algérie ne se trouve pas, à ce stade, dans la même situation que le Maroc. Les signalements y restent limités, mais la FAO y note la présence de groupes d’ailés immatures ainsi que de larves éparses ou en groupes dans certaines zones. Le scénario redouté est celui d’un passage d’adultes venus du Maroc vers l’Oriental et l’ouest algérien, où des conditions favorables prolongeraient la reproduction.
La Mauritanie, elle, inquiète par sa position géographique. Si les groupes formés au Maroc descendent vers le sud, elle peut devenir l’une des portes d’entrée de la reproduction estivale. Les traitements y restent modestes au regard du Maroc avec 68 hectares seulement qui auraient été traités en juin, contre 1 070 en Algérie et plus de 87 000 au Maroc, selon les données du bulletin de la FAO.
Ce déséquilibre préoccupe les spécialistes. Un pays peut contenir un foyer sur son sol, mais des adultes qui migrent vers des zones moins couvertes en surveillance ou en moyens de traitement peuvent reconstituer la crise plus au sud.
Le Sahel entre alerte et incertitude
Le Sahel n’est pas présenté comme envahi, mais il reste sous surveillance. En juin, la FAO estimait qu’une partie des groupes pourrait gagner la Mauritanie ou d’autres pays sahéliens, et que les prospections devaient débuter dans les zones de reproduction estivale.
Cette vigilance explique la réunion organisée à Nouakchott, du 6 au 9 juillet 2026, par la Commission de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale (CLCPRO). Cet atelier régional de planification de la campagne estivale 2026 a rassemblé les responsables des unités nationales de lutte antiacridienne des onze pays membres de la Commission – Algérie, Burkina Faso, Gambie, Libye, Mali, Maroc, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad et Tunisie – pour arrêter un plan d’action régional couvrant la période juillet-septembre.
Avec les pluies estivales, les zones sahéliennes peuvent reverdir vite et offrir des conditions favorables à la reproduction. Les pays de la région savent que le danger précède souvent les dégâts visibles car une fois les essaims installés, la riposte intervient déjà tard.
Aujourd’hui, le Maghreb n’est pas submergé, mais le Maroc affronte une pression réelle, l’Algérie surveille des foyers secondaires, et la Mauritanie comme le Sahel se préparent à une éventuelle descente des groupes. Dans cette configuration, la coordination régionale pèsera autant que les traitements au sol ou par voie aérienne, tant les fenêtres d’intervention se referment vite une fois la reproduction lancée.




