Covid-19 : le confinement en France vu par la diaspora africaine

Le confinement en France, qui a démarré le mardi 17 mars à 12 heures, en est à son deuxième jour et les mesures sont plutôt strictes. « Pour chaque déplacement, outre certaines cartes professionnelles et des attestations d’employeurs, les Français devront présenter un « document attestant sur l’honneur le motif » du déplacement », peut-on lire sur Le Figaro. Les rues sont de plus en plus désertes et les commerces, notamment les restaurants, les cinémas, les magasins de vêtements ou d’électroménagers sont clos. Seuls les pharmacies, les supermarchés et les tabacs presse restent ouverts durant la période de confinement.

Paris, la ville lumière, a perdu un peu de son éclat parce que les rues manquent de vie. 135 euros minimum d’amende pour tous les contrevenants à la loi. « Le mot d’ordre est clair : Restez chez vous ! », a martelé Christophe Castaner, ministre français de l’Intérieur, lors de son dernier point de presse.

C’est désormais clair, la terreur et l’effroi ont presque brisé les derniers caissons de résistance en France. Comment la communauté africaine en France vit-elle ces moments ? Pour répondre à cette question, Afrik.com a joint une Béninoise résidant en France et Chercheuse en Sciences de Gestion. Elle a préféré maintenir l’anonymat, alors nous l’appellerons Mlle R. H.

Afrik : Mlle R. H., comment vivez-vous le confinement à l’aune des 48 premières heures ?

Mlle R. H. : Personnellement, je le vis pour l’instant, plutôt bien. Un peu angoissée, mais ces mesures restrictives de confinement étaient nécessaires pour « contenir » la propagation du virus. Les expériences de pays comme la Chine et notamment l’Italie dont les premiers espoirs d’écrêtement de la courbe de propagation du virus commencent à poindre à Codogno dans la région de Lombardie, au bout de 3 semaines de confinement, montrent que le confinement était une décision plus qu’impérative.

https://twitter.com/gouvernementFR/status/1239704136322514946?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1239704136322514946&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.latribune.fr%2Feconomie%2Ffrance%2Fcoronavirus-restrictions-sanctions-les-mesures-de-confinement-expliquees-point-par-point-842354.html

Afrik : Quelles sont les activités que vous menez alors que l’ordre de l’Etat est de limiter totalement les contacts humains pour endiguer le Coronavirus ?

Mlle R. H. : Effectivement, l’Etat français a demandé à la population de limiter au strict minimum les déplacements et contacts humains. Peut-être serait-il intéressant de rappeler brièvement les 5 cas de déplacements autorisés sur présentation d’une attestation de déplacement dérogatoire en cas de contrôle. Il s’agit des déplacements pour se rendre à son lieu de travail lorsque le télétravail n’est pas possible, aller faire des achats alimentaires, aller chez son médecin ; se déplacer pour un motif familial impérieux et enfin, des déplacements brefs pour promener son animal de compagnie ou faire son jogging ou footing individuel.

Pour en revenir à votre question, je suis en télétravail. Je poursuis mes travaux de recherche au calme et j’ai toujours apprécié cela. Mon employeur a autorisé le télétravail, pratique courante et bien utile, surtout depuis les dernières grèves des transports qu’a connues la France; en décembre dernier, face aux revendications sur la réforme des retraites. Il faut de la méthode, de l’organisation, de l’autodiscipline. Les réunions sont organisées par visio ou audio-conférence. Avec les collègues, nous avons décidé, lundi, de faire nos pauses café au cours d’un coup de fil pour prendre des nouvelles puisque c’est la relation, le contact qui nous manquera pendant cette période de confinement.

Afrik : Pendant cette période de crise que traverse la France, quel est l’impact sur la diaspora africaine ?

Mlle R. H. : Je dirai plutôt que cette crise présente des répercussions sur toute la population française parce que personne n’est épargné, pas même au niveau mondial. C’est donc tout l’intérêt de sensibiliser davantage les Africains sur la dangerosité de ce virus et qu’ils prennent conscience de l’intérêt d’appliquer les gestes barrières que sont : se laver régulièrement les mains avec de l’eau et du savon ou une solution hydroalcoolique, éviter les poignées de mains et les embrassades, tousser ou éternuer dans son coude, éviter les rassemblements. D’autres pays, la France y compris, ont chèrement payé la banalisation de ces gestes barrières !!!

Afrik : Quels sont selon vous, les impacts immédiats sur l’économie ?

Mlle R. H. : Les impacts immédiats sur l’économie, en tout cas française, sont déjà perceptibles. Un recul de l’activité économique avec la mise sous cloche d’un pays comme la France. Le chômage technique est recommandé par le gouvernement et largement plébiscité par les entreprises. Mais l’envers du décor, c’est la masse de licenciement dont les médias ne nous font pas encore cas peut-être parce qu’ils n’en sont pas encore informés. Les faillites à venir de commerces déjà en grande difficulté malgré les mesures de soutien prises par le gouvernement français avec les reports de charges sociales et fiscales, la suspension des loyers, factures d’électricité et autres pour les entreprises.

Les conséquences sont et seront catastrophiques et nous le paierons, mais sachons raison garder. La priorité est à la santé et l’heure de la reconstruction viendra plus tard. Tous les pays devront apprendre de cette crise. C’est tout un modèle économique de mondialisation qui est ici remis en cause depuis l’arrêt de l’activité économique en Chine (où tout a été délocalisé avec la main d’œuvre à vil prix). La France sera très probablement en récession après cette crise. Mais au-delà de l’impact économique, il faudra s’intéresser aussi aux conséquences sociales, humaines et redonner place aux préoccupations sur l’écologie.