Coup de poing des sans-papiers


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En 1996, les immigrés africains de France lancent le mouvement des sans-papiers avec l’occupation de l’église Saint-Bernard. Depuis, les actions de mobilisation se multiplient. Dernière en date, celle du collectif de la Maison des Ensembles (MDE), à Paris, qui a choisi d’occuper, jeudi, la mairie du 12e arrondissement pour se faire entendre. Reportage.

Déception pour les sans-papiers et les centaines de personnes qui demeuraient au 5 rue d’Aligre, dans le 11e arrondissement de Paris. Le 23 juin, à 6 heures du matin, un groupe de policiers vient expulser, sans le moindre préavis, les cinq associations réunies dans la Maison des Ensembles : Partenia 2000[[<**>L’association de Monseigneur Gaillot]], la Shorba, le RHEA (Rassemblement pour une humanité équitable dans l’avenir), Point écoute chômeurs et le Collectif Autonome des Sans-Papiers. Une décision contraire aux engagements de la Mairie de Paris, de celle du 12e et de la Préfecture de Police. En effet, lors des élections municipales de l’année 2000, les deux maires socialistes Bertrand Delanöe et Michèle Blumenthal rendent visite au collectif et promettent une solution de relogement pour les différentes associations.

Protestation

Jeudi 24 juillet, 9 heures du matin : une quarantaine de sans-papiers et leurs soutiens investissent la Mairie du 12e pour protester contre cette expulsion et tenter d’être reçus par le Maire. En quelques minutes, le hall d’entrée est occupé et résonne des cris de protestation des immigrés, sous les yeux ahuris des fonctionnaires : « Des papiers pour tous ! Libérez les sans-papiers ! » Nouvelles décorations pour le siège de Michèle Blumenthal, banderoles et affiches sont collées un peu partout. Le message aux élus est clair : « La lutte continue ! » ou encore « Lois racistes, justice bidons, sans-papiers assassinés ! » Pendant ce temps, Véronique, l’un des soutiens à leur cause, distribue des tracts à l’entrée aux passants étonnés. A ces côtés, Nemra, de la Ligue des Droits de l’Homme, est venue l’épauler.

Larbi est Tunisien, né en France. Très jeune, il est retourné dans son pays pour revenir en 1987 : « Mon dossier a été débouté trois fois pour motif de célibat, donc sans charge familiale. Et aussi parce-que je n’ai pas la preuve d’être resté 10 ans sur le territoire français. J’ai été arrêté pas mal de fois par la police. On m’a dit que, comme je suis né ici, je n’étais ‘ni expulsable, ni régularisable’. Dans ce cas là, j’aimerais bien savoir ce que je suis… » C’est aussi parce-qu’ils voudraient clarifier leur situation dans le pays des droits de l’Homme, que ses frères de lutte sont là aujourd’hui.

Nouvelle promesse

Trois ou quatre policiers passent plusieurs fois, sans intervenir. Dans les bureaux du Maire, la réaction est longue à venir, puisqu’il faudra deux heures à la délégation du Collectif pour être reçue. Trois représentants de Madame le Maire, dont M. Paris, le chef du cabinet, entament donc une négociation d’une demi-heure avec Mamadou Traoré, l’un des responsables du collectif. Pas facile de se mettre d’accord, surtout sans la présence de Mme Blumenthal qui est en vacances. Concernant la demande sur le local, on répond que M. Delanöe est en contact avec la Coordination des sans-papiers de Paris et qu’il ne peut fournir un hébergement à tous. Finalement, la décision est prise de se revoir lundi 28 juillet, pour valider une lettre de soutien de Mme le Maire, rappelant ses engagements précédents à M. Delanöe.

Seize demandes sans réponse

En place depuis 1999, le collectif de la MDE regroupe 352 membres, tous déboutés par la circulaire Chevènement. Après d’incessantes démarches, de nombreux titres de séjour ont été obtenus, sous le gouvernement Jospin et sous le gouvernement actuel. Mais « il reste une partie du collectif encore soumise aux angoisses, à l’attente, aux brimades policières et administratives, gardant l’espoir d’une reconnaissance », confie Mamadou. Seize demandes de régularisations sont en attente sur la centaine de membres restant mobilisés dans le collectif pour continuer à soutenir la lutte. Une lutte difficile dans un contexte politique agité, entre le projet de loi sur l’immigration et la multiplication des expulsions…

Marie Vabre

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