« Couleurs Urbaines » présente Pointe-Noire

La collection DVD « Couleurs Urbaines », dédiée aux grandes métropoles africaines, s’enrichit d’un nouveau titre avec un 52 minutes consacré à ville de Pointe-Noire. En la regardant, on prend agréablement le pouls de la capitale économique du Congo, forte d’une histoire méconnue et d’un présent riche de ses hommes et de sa vitalité. Interview d’Hassim Tall, producteur et réalisateur de la série.

Après Brazzaville et Bamako, la collection « Couleurs Urbaines » s’attaque à Pointe-Noire. Deuxième ville du Congo après Brazzaville (950 000 habitants), Pointe-Noire (600 000 habitants), ancienne capitale du pays jusqu’en 1959, en est depuis, forte de la manne pétrolière des gisements offshore, la capitale économique. La métropole côtière, surnommée « Ponton la Belle », doit son nom aux navigateurs portugais. L’éperon de roche noire, Punta Negra (littéralement la pointe noire), constituait, pour eux, un repère marin le long de la côte africaine. Un coin du voile est levé… Hassim Tall, le producteur et réalisateur du documentaire, partage avec nous son expérience ponténégrine et les objectifs de son travail.

Afrik : Pourquoi avez-vous décidé de réaliser un documentaire sur Pointe-Noire ?

Hassim Tall :
Le but de la collection « Couleurs Urbaines » est de témoigner de notre temps et de transmettre les images d’une Afrique urbaine en pleine mutation. Je suis passionné d’Histoire africaine et je trouve que les nouvelles générations la méconnaissent largement. Surtout les citadins de villes au passé glorieux. Je trouve Pointe-Noire très intéressante, à la fois du point de son passé que de son présent. Il me semble important sur le plan audiovisuel, par exemple, de rappeler que la région était un des hauts lieux africains de la traite négrière. Quelque 2 millions d’esclaves sont partis du port de Loango (à 30 km de Pointe-Noire, ndlr). Cela fait tout simplement partie d’un travail de mémoire, entretenu notamment au musée de Diosso, comme le montre le documentaire. Cela m’a, par ailleurs, permis de remonter à l’époque de l’Afrique des royaumes.

Afrik : Quel est l’intérêt du documentaire d’un point de vue contemporain ?

Hassim Tall :
La ville est un véritable melting pot. On y retrouve toutes les ethnies du Congo. Une résultante de plusieurs facteurs. Le chemin de fer Congo Océan s’est achevé à Pointe-Noire (construit entre 1921 et 1934 par l’administration coloniale, il relie, avec ses 510 km, Brazzaville à Pointe-Noire, ndlr). Il a nécessité une nombreuse main-d’œuvre venue des quatre coins du Congo et de la sous-région. Beaucoup se sont installés sur place. D’autant qu’il y a également eu le port à construire. Par ailleurs, Pointe-Noire a été une grande ville refuge pour le Congo lors des différents soubresauts politico-militaires de l’histoire du pays.

Afrik : Vous avez également réalisé un documentaire sur Brazzaville. En quoi les deux villes se ressemblent ou s’opposent ?

Hassim Tall :
Chaque ville a une ambiance et une atmosphère particulière. A Pointe-Noire, j’ai été agréablement surpris de trouver une population qui a soif d’entreprendre. Alors que Brazzaville est une ville plus administrative. J’ai trouvé une grande tolérance à Pointe-Noire. Comme en témoigne le fait d’y trouver, et j’ai tenu à le mettre dans le documentaire, un sex shop… dont la patronne est une femme. Cela pourrait paraître anecdotique, mais j’ai trouvé cela assez révélateur d’un certain état d’esprit.

Afrik : Dans le documentaire, vous alternez, de façon très marquée, présentation formelle de la ville et tranches de vie. Pourquoi un tel parti pris ?

Hassim Tall :
Je voulais faire découvrir à la fois la ville et ses habitants. Je me suis rendu compte, en entamant la collection, que les gens avaient soif de paroles, qu’ils voulaient s’exprimer. Cela permet de mieux appréhender les mentalités locales, d’aller à la rencontre des Ponténégrins, de rentrer dans l’intimité de la ville. J’ai par ailleurs pris soin de montrer des Congolais qui avaient fait leurs études à l’étranger et qui ont décidé de revenir au pays pour apporter leur pierre à l’édifice du développement national. Cela a pour moi une forte valeur symbolique.

Afrik : Les Ponténégrins ont-ils déjà vu le documentaire ? Si oui, qu’en pensent-ils ? Si non, appréhendez-vous leurs réactions ?

Hassim Tall :
Non, ils ne l’ont pas encore vu. L’avant-première au Congo est prévue pour le mois d’octobre. Pour le documentaire, j’ai essayé de coller au plus près de la réalité. Pour Brazzaville et Bamako, l’accueil a été chaque fois très positif. Après, je suis ouvert à toutes les critiques.

 Pointe-Noire, « Couleurs Urbaines », www.bonzcom.com

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