Côte d’Ivoire, un député pro-Soro condamné à un an de prison pour un tweet !

La capitale économique ivoirienne, Abidjan a été hier mardi 29 janvier 2019, le théâtre d’un des procès les plus iniques et honteux de l’histoire de ce pays. On jugeait un député au mépris de la loi ivoirienne. Au terme d’un procès bâclé et biaisé, un juge aux ordres condamnait le parlementaire Alain Michel Lobognon à 1 an de prison pour un 1 tweet critique envers la justice corrompue du pays. La soldatesque de Ouattara interdisait pour la circonstance, l’entrée des députés de la Nation venus assister au procès ubuesque, ridicule et grotesque intenté par le nouveau dictateur ivoirien à l’un de ses anciens ministres. La honte au summum de l’Etat de Côte d’Ivoire. « La mort de la démocratie ivoirienne » comme devait le souligner plus tard l’une des avocates d’Alain Lobognon, Maître Affoussiata Bamaba-Lamine.

Arrêté le 15 janvier 2019 sur ordre du Procureur d’Abidjan, Richard Adou, qui obéissait aux ordres du ministre de la justice Sansan Kambilé, lui-même assujetti aux injonctions du nouveau dictateur de la Lagune Ebrié, Alassane Dramane Ouattara, le député Alain Michel Lobognon, un proche de Guillaume Kigbafori Soro était jugé pour avoir publié quelques semaines plus tôt, un simple tweet qui annonçait l’intention du Procureur d’Abidjan d’arrêter au mépris de la loi son collègue député Jacques Ehouo, élu de la commune prisée du Plateau d’Abidjan.

Or de toute évidence, et contrairement à la vulgate du pouvoir qui s’est précipitée pour traiter ledit tweet de flagrant délit d’incitation à la violence, le député Jacques Ehouo était bel et bien pris en chasse par le régime Ouattara depuis qu’il avait fait mordre la poussière au candidat du parti au pouvoir lors de l’élection municipale du 13 octobre 2018. Ehouo faisait bel et bien l’objet d’un harcèlement policier et judiciaire depuis plusieurs jours avant le tweet querellé. Pour preuve, la résidence du député, au mépris de son immunité parlementaire et malgré les protestations du Parlement ivoirien, avait été assiégée par les forces de police plusieurs jours avant qu’Alain Lobognon ne dénonce le projet carcéral du Procureur de la République Richard Adou à l’encontre de son collègue.

Voici par exemple ce qu’observait un organe de presse de la place, Connectionivoirienne.net, le 9 janvier 2019, soient 7 jours avant le tweet protestataire du député Lobognon :

« Selon nos informations, contrairement aux affirmations du Procureur de la République Adou Richard, la résidence du Député Ehouo Jacques a bel et bien fait l’objet d’une perquisition ce mercredi 9 janvier, par des éléments se réclamant de la police économique. »[2]

Pourquoi Alain Lobognon ne serait-il pas fondé à penser que le Procureur qui au mépris de la séparation des pouvoirs et précisément de l’article 92 de la constitution ivoirienne qui interdit d’engager des poursuites contre un parlementaire durant toute la durée de sa mandature, harcelait son collègue depuis plusieurs jours, ne se préparait pas à l’arrêter ? Lorsqu’on encercle de soldats votre domicile, lorsqu’on perquisitionne votre domicile au mépris de la loi, votre arrestation voire votre assassinat sont-ils encore à exclure comme perspectives ?

En réalité le procès ténu hier a pu établir que c’est en raison de sa proximité avec l’actuel Président de l’Assemblée Nationale, Guillaume Kigbafori Soro, que le député Alain Michel Lobognon, ciblé parmi des milliers d’autres protestations aux dérives dictatoriales du pouvoir, a été arrêté par la police politique du pouvoir. Dans la même trame que l’arrestation le 9 octobre 2017 du Chef de protocole de Guillaume Soro, Koné Kamaraté Souleymane dit Soul to Soul, cette arrestation de Lobognon pue le chantage à mille lieues. L’ambition présidentielle de Guillaume Soro pour l’élection de 2020, se heurte à la volonté de l’autocrate Ouattara de se porter candidat à la même élection pour un troisième mandat, pourtant incompatible avec les articles 55 et 183 de l’actuelle constitution ivoirienne. Les limogeages, brutalités, intimidations, arrestations subis depuis quelques années par les proches et partisans de Guillaume Soro s’inscrivent dans une stratégie de rouleau compresseur du pouvoir pour écraser toutes les ambitions rivales à la volonté de capture de l’Etat de Côte d’Ivoire par le Clan Ouattara. Alain Michel Lobognon est donc bel et bien un prisonnier politique et le monde entier doit le savoir.

Comment s’achèvera ce cycle infernal de violations des libertés qui se poursuit inexorablement malgré les protestations argumentées d’Amnesty International, de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, de l’Union Interparlementaire, des Magistrats, avocats, parlementaires et associations de défense des droits humains en Côte d’Ivoire ? IL semble que l’opposition ivoirienne soit résolument mise en demeure de s’unir dans une Plateforme d’actions pour garantir l’Etat de droit indispensable à la survie collective de la Nation Ivoirienne. La libération du député Alain Michel Lobognon, loin de dépendre de l’équité disparue d’une justice accroupie sous Ouattara, proviendra certainement de la lutte organisée du Peuple Ivoirien pour imposer le respect de l’ensemble de ses libertés fondamentales. Guillaume Kigbafori Soro et Henri Konan Bédié ont l’insigne devoir de mener cette lutte urgente dans la solidarité intergénérationnelle.

Une Chronique de Franklin Nyamsi Wa Kamerun Professeur agrégé de philosophie, Paris-France