Côte d’Ivoire : le report de l’élection présidentielle se précise

L’élection présidentielle ivoirienne était prévue au 30 novembre. Mais à cette date, les listes électorales ne seront pas prêtes. L’ex-rébellion des Forces nouvelles est favorable à un nouveau report.

Question à une inconnue : quand aura lieu l’élection présidentielle en Côte d’ivoire ? Personne n’est en mesure aujourd’hui de donner la date exacte de ce scrutin qui aurait dû se tenir depuis 2005, à la fin du mandat de Laurent Gbagbo, l’actuel président. Une seule certitude, on s’achemine vers un nouveau report de ce scrutin, qui, report après report, était prévu pour le 30 novembre prochain. Dans un premier temps, la présidence ivoirienne avait évoqué la date du 15 décembre, mais celle-ci paraît improbable. Trop proche des fêtes de fin d’année, le 15 décembre tombe de surcroît un lundi, alors que l’élection se tient d’ordinaire le week-end. Mais surtout, les conditions matérielles pour l’organisation d’une élection, notamment la délivrance des cartes d’électeurs, sont loin d’être réunies.

Laurent Gbagbo fait campagne pour le récensement des populations

En déplacement jeudi à Katiola (centre-nord) une ville sous contrôle de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN), Laurent Gbagbo le président ivoirien a ainsi appelé ses concitoyens à adhérer massivement à l’opération de recensement des populations en cours. « Je vous en conjure. Allez vous faire recenser pour que vous soyez capables de voter demain, mais aussi pour que vous soyez en possession de vos cartes nationales d’identité », a déclaré le président ivoirien. Selon lui, cette opération doit permettre d’enregistrer jusqu’à 12 millions de personnes, dont 9 millions sont en âge de voter. L’opération est d’autant plus cruciale que depuis la dernière élection, celle de 2000 qui avait porté Laurent Gbagbo au pouvoir, les listes électorales n’avaient pas été revues. Par ailleurs, les ex-rebelles du FN ont toujours fait de l’obtention des papiers pour tous l’une de leurs principales revendications.

Or justement, ce recensement des électeurs constitue l’un des facteurs qui retardent l’organisation de l’élection. Lancée le 15 septembre dans sept villes ivoiriennes, l’opération n’a commencé que deux semaines plus tard à Abidjan, la capitale économique et de loin la ville la plus peuplée du pays. Et à Abidjan, le recensement avance à pas de tortue : plusieurs des sept cents bureaux d’enregistrement ont dû fermer, suite à des mouvements d’humeur des agents recenseurs réclamant leurs salaires impayés. Ici et là, des suspicions de fraudes ont engendrés des actes isolés de violence.

L’ancienne rébellion demande le report scrutin

Les ex-rebelles du FN qui contrôle toujours la moitié nord du pays ne se font d’ailleurs plus d’illusion quant à la tenue du scrutin à la fin de cette année. « Nous recommandons le report des élections », a déclaré Samedi à Bouaké (centre) André Ouattara Deha, le directeur de cabinet adjoint de Guillaume Soro le chef des FN, à l’issue d’un séminaire consacré au bilan de l’accord de paix de Ouagadougou, signé le 4 mars 2007 avec Laurent Gbagbo. Outre la lenteur observée dans le recensement des électeurs, le staff du FN évoque aussi des difficultés liées à la démobilisation de ses 10 000 ex-combattants et de leur intégration dans l’armée nationale.

Pour de nombreux observateurs, l’élection présidentielle ne pourra pas se tenir avant la fin du premier trimestre de l’année prochaine. Une source diplomatique interrogée par Jeuneafrique.com laisse ainsi entendre que l’annonce officielle d’un report pourrait intervenir la semaine prochaine à Ouagadougou, à l’issue d’une rencontre entre les principaux acteurs politiques ivoiriens et le facilitateur dans la crise ivoirienne, le président Blaise Compaoré.

Quoi qu’il en soit, la prochaine présidentielle sera très discutée. Outre le président sortant Laurent Gbagbo et Allassane Ouatara, le patron du Rassemblement des républicains (RDR), Henry Konan Bédié, l’ancien président, et Gnamien Konan, l’ancien patron des douanes ivoiriennes, devraient être de la partie.