Côte d’Ivoire : le certificat produit par la junte contre Ouattara était un faux

Le journal américain Washington Post s’est procuré l’authentique certificat incriminé. Le document apporte la preuve de la filiation ivoirienne d’ADO, que contestait un avocat du gouvernement d’Abidjan. D’autres nouvelles alarmantes font état d’assassinats dans l’entourage de Palenfo et Coulibaly.

 » Le gouvernement militaire de la Côte d’Ivoire a falisifié le certificat de mariage américain  » d’Alassane Dramane Ouattara (ADO), principal rival du général-président Robert Gueï à l’élection présidentielle du 22 octobre, affirmait dès jeudi soir le quotidien Washington Post. Le journal s’est procuré l’original du certificat incriminé, il y a deux semaines, par un avocat du gouvernement. Selon le document présenté à la télévision nationale ivoirienne, la mère d’Ado serait décédée en 1966 – année d’établissement du certificat – et son père serait né au Burkina Faso (alors nommé Haute-Volta). En conséquence, expliquait le juriste, ADO ne répondait aux critères de la nouvelle Constitution, qui impose aux candidats à l’élection présidentielle d’être nées de deux parents ivoiriens.

Ouattara a contesté les deux points du document, expliquant d’une part que sa mère, encore vivante, aujourd’hui, était disposée à témoigner devant la presse, et d’autre part que son père était bien Ivoirien. C’est ce que prouve aujourd’hui le véritable certificat de mariage non falsifié, que le Washington Post s’est procuré auprès d’un tribunal de Philadelphie, capitale de l’Etat américain de Pennsylvanie où ADO était étudiant dans les années 60.

Samedi 29 octobre en fin d’après-midi, cette information n’avait, à notre connaissance, été répercutée par aucun des médias écrits ivoiriens.

Durcissement

Vendredi, une imposante manifestation a réuni, dans les rues d’Abidjan, des partisans du général Gueï. Ceux-ci ont exigé que la délégation de l’OUA (qui est présente dans le pays afin d’aider à trouver une issue pacifique à la controverse électorale) cesse son  » interférence  » dans la vie politique locale. Le chef de la junte était présent à la manifestation, menée aux cris de  » la Côte d’Ivoire aux Ivoiriens « .

Samedi après-midi enfin, la chaîne de télévision américaine CNN a répercuté des accusations graves lancées par Lansana Palenfo et d’Abdoulaye Coulibaly, les deux anciens membres de la junte soupçonnés d’avoir commandité l’attentat contre Gueï du 18 septembre. Selon les deux hommes, plusieurs de leurs  » assistants  » auraient été tués par l’armée après leur arrestation dans les jours suivant la fusillade à la résidence présidentielle.

Si ces décès étaient confirmés, il s’agirait des premiers intervenus en lien direct avec la crise politique qui affecte le pays depuis décembre 1999. Vraies ou fausses, ces nouvelles manifestent en tous cas un durcissement soudain de la situation à Abidjan, à trois semaines de la date prévue pour l’élection.