Côte d’Ivoire : difficiles négociations entre gouvernement et soldats mutins

Les appels au calme se multiplient de la part du gouvernement ivoirien pour tenter de convaincre les soldats mutins, qui manifestent dans les principales villes du pays, dont Abidjan, de retourner dans leurs casernes. Ces anciens rebelles des Forces Républicaines de côte d’Ivoire, aujourd’hui intégrés dans l’armée régulière, réclament des arriérés de salaire et une prime.

La démonstration de force des mutins semble avoir porté ses fruits. Après que des soldats ivoiriens, ex-rebelles des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), aient manifesté dans les principales villes du pays depuis ce mardi, le gouvernement multiplie les appels au calme. Les tractations se poursuivent entre le gouvernement et les soldats rebelles, déterminés à faire aboutir leurs revendications.

Le ministre de la Défense retenu 30 minutes

Le ministre de la Défense, Paul Koffi Koffi est intervenu à la télévision pour demander aux soldats de regagner leur caserne et annoncer une série de mesures : le paiement des indemnités de logement, d’arriérés de soldes et de frais de déplacement ainsi qu’une meilleure couverture des frais de santé. Cette annonce n’a pas suffi à satisfaire les mutins qui se sont emparés de la station régionale de la RTI, première chaîne publique du pays, à Bouaké, au centre. « Ils sont venus prendre la station régionale de la RTI de Bouaké. Comme ils n’étaient pas d’accord avec ce qu’a dit leur ministre de tutelle, ils voulaient lui répondre », a indiqué un journaliste sous couvert d’anonymat, selon Koaci.com.

Communiqué du ministre de la Défense lu à la RTI:

Le même ministre a été retenu pendant une demi-heure au plus grand camp militaire d’Abidjan, à Akouédo par des soldats mécontents de ses annonces, preuve de la détermination des mutins. Ces derniers « voulaient une réponse concrète du président de la République » à propos de leurs revendications, rapporte Abidjan.net. C’est l’intervention téléphonique du ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko avec les ex-FRCI qui a calmé la situation et permis le départ de Paul Koffi Koffi.

« Le Président (…) a donné des instructions »

Le Président Alassane Ouattara vacille et semble déstabilisé par ses propres troupes qui l’ont naguère porté jusqu’à la tête de l’Etat. Le gouvernement semble prêt à toutes les concessions. « Vous vous êtes exprimés, le Président a compris, il a donné des instructions au Parlement pour régler votre problème. Comme on dit chez nous en Afrique : quand tu as raison, il ne faut pas gâter ta raison. Je leur demande de rester comme ils ont été : raisonnables. Nous avons entamé des discussions précises pour les modalités d’exécution », a déclaré le Premier ministre, peut-on lire sur RFI.

Mécontentement au sein de l’armée

La révolte est initiée par d’anciens éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, les anciens rebelles qui ont occupé de 2002 à 2011 toute la moitié nord du pays, avant finalement de prendre le contrôle d’Abidjan, en avril 2011, et de porter Alassane Ouattara au pouvoir. Entre 2008 et 2011, suite à l’Accord de Ouagadougou, près de 8 000 FRCI ont été intégrés dans l’armée régulière de Côte d’Ivoire. Ils réclament leurs arriérés de salaires non payés depuis le début de la rébellion, le paiement d’une prime de 5 millions de Fcfa (près de 7 600 euros) et leur requalification à des grades supérieurs au sein de l’armée en fonction de leur ancienneté.

Le mécontentement couvait depuis longtemps au sein de l’institution militaire entre les militaires de carrière et les anciens rebelles réintégrés perçus par les premiers comme incompétents et indisciplinés. Ils y ont pris une place très importante, monopolisant notamment les principaux postes de commandement, depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara.