Coronavirus : les pays africains en alerte, le Bénin silencieux

Les dispositifs sanitaires ont été renforcés dans la plupart des aéroports internationaux en vue de réduire les risques de contamination du coronavirus par les voyageurs provenant de Chine. A par la Côte d’Ivoire, aucun autre pays africain n’a signalé des cas de contamination pour le moment, alors que l’épidémie a déjà touché 13 pays. Le rang de premier partenaire commercial de la Chine en Afrique exacerbe les inquiétudes quant aux conséquences de cette épidémie sur le continent africain.

Un virus qui soulève de nombreuses inquiétudes sur le continent

Des chiffres révèlent que le nombre de migrants Africains vivant en Chine est compris entre 300 000 et 400 000. Le plus grand nombre est surtout concentré dans le sud-est de la Chine, plus précisément dans la province de Canton. De même, l’Afrique accueille un nombre non-négligeable de travailleurs chinois.

Selon le dernier bilan officiel publié dimanche, le nouveau virus de la famille des coronavirus a déjà touché 2 000 personnes et 56 d’entre elles sont mortes. Une nouvelle qui a exacerbé les interrogations sur la mobilité des Chinois sur le continent africain ainsi que celles sur le risque de contamination.

Alors qu’il y a de plus en plus d’informations sur le virus, il existe encore plusieurs facteurs non connus qui affectent la détermination de son degré de gravité sur le plan mondial. Des informations recueillies sur la maladie révèlent tout de même que celle-ci a des symptômes proches de ceux de la toux et de la grippe qui s’accompagnent de fièvre et parfois de syndromes respiratoires importants.

Plusieurs aéroports africains sous surveillance

Le Ghana, l’Afrique du Sud, l’Ethiopie, le Sénégal, le Kenya et même le Nigeria sont parmi les pays ayant pris des mesures de prévention dans leurs aéroports pour les vols en provenance de la Chine. Des tests de diagnostics sont systématiquement réalisés pour détecter d’éventuels cas de contamination.

Avec ses 200 millions d’habitants, le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique. Mercredi, le gouvernement a annoncé qu’il prévoyait la mise en place de plusieurs mesures strictes pour limiter la propagation du coronavirus, déjà très avancé en Chine, où de nombreux Nigérians se rendent pour faire des affaires.

Le Centre nigérian de contrôle des maladies (NCDC) a indiqué que « les services des aéroports internationaux et le personnel du ministère nigérian de la Santé ont été alertés et ont renforcé leurs mesures de surveillance sur les ports d’entrée ». Il a ajouté que « les voyageurs en provenance de Wuhan – ville au centre de la Chine – seront soumis à de nombreuses questions à leur arrivée, sur des symptômes possibles de la maladie et sur leur circuit de voyage ». Le NCDC serait en étroite collaboration avec l’OMS pour assurer une surveillance à l’échelle mondiale de la situation.

Les festivités du nouvel An chinois, qui donnent lieu à 7 jours de congé au profit des travailleurs chinois, ont permis au continent africain d’être épargné pour le moment. Cela a donné le temps à des pays comme le Maroc de mettre en place des contrôles sanitaires dans les aéroports internationaux ainsi que dans les ports.

La Tunisie est, elle aussi, dans une démarche préventive dirigée par l’Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes du ministère de la Santé. Vendredi, la directrice générale, Insaf Ben Alia, a confirmé le risque d’émergence ou de propagation du coronavirus.

En Afrique du Sud, les seules portes d’entrée dans le pays des vols en provenance d’Asie sont les aéroports internationaux Oliver Reginald Tambo et de Cape Town. Des mécanismes ont été mis en place par l’Institut national des maladies transmissibles (NICD) pour rapidement identifier les cas de contamination.

Que fait le Bénin ?

Alors que la plupart des pays africains se mobilisent autour de mesures palliatives, les autorités béninoises sont restées silencieuses jusque-là face à la propagation du coronavirus. Le ministère de la Santé ne s’est pas encore prononcé et n’a publié aucun communiqué à l’endroit de la population.

Pourtant, le pays fait partie de ceux qui entretiennent d’excellentes relations d’affaires avec la Chine. Les Béninois sont nombreux à s’y rendre dans le cadre de leurs affaires et on ne compte plus le nombre de vols en direction de Beijing et d’autres provinces chinoises qui partent de l’aéroport international de Cotonou. Les plus grands marchés béninois sont inondés par des millions de produits chinois.

Ce silence est d’autant plus inquiétant que la Côte d’Ivoire a annoncé son tout premier cas de contamination détecté à l’aéroport d’Abidjan. La nouvelle a été rendue publique, samedi, par le ministère ivoirien de la Santé, Dr Eugène Aka Aouele. Dans son communiqué, il révélait qu’il s’agit d’une « étudiante ivoirienne de 34 ans résidant à Pékin depuis cinq ans, qui a présenté un syndrome grippal avec toux, éternuement, écoulement nasal et difficulté respiratoire, qui a débuté le 22 janvier 2020 à Pékin ».

L’opinion publique est donc en attente d’une réaction urgente du gouvernement béninois, alors que la situation échappe à la Chine elle-même, en dépit des nombreuses mesures de dépistage et de quarantaine. Seulement 886 kilomètres séparent les frontières béninoises et ivoiriennes que plusieurs dizaines de ressortissants des deux pays traversent, chaque jour.