COP17 désertification à Oulan-Bator : l’Afrique réclame un protocole sur la sécheresse


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Grande muraille verte
Grande muraille verte

À Oulan-Bator, en Mongolie, 196 pays et l’Union européenne Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), se réunissent du 17 au 28 août 2026 pour la COP17, sous le thème « Restaurer les terres. Restaurer l’espoir. » Moins médiatisée que les sommets sur le climat ou la biodiversité, cette conférence traite pourtant de sujets vitaux pour le continent africain : les sols, l’eau et la sécurité alimentaire.

Les chiffres rappellent l’urgence avec deux tiers du territoire africain occupés par des déserts ou des zones arides. La CNULCD estime, en outre, que près de 75 % de ces terres subissent une dégradation. Dans le Sahel et la Corne de l’Afrique, les sécheresses à répétition fragilisent des populations dont la subsistance repose sur l’agriculture et l’élevage. La baisse de fertilité des terres y menace à la fois les économies locales et la stabilité sociale.

La revendication d’un cadre juridique contraignant

Dès l’ouverture des travaux, le Groupe africain des négociateurs a rappelé ses exigences sous la présience de l’Ivoirien Jean Kouakou Kouadio, qui avait déjà porté ce dossier à Riyad. Plusieurs délégations dont l’Afrique du Sud, le Togo, le Maroc, le Zimbabwe, ou l’Égypte, soutiennent la création d’un protocole mondial sur la sécheresse, doté d’un mécanisme de suivi.

Cette démarche prolonge le blocage de la COP16 de Riyad, en décembre 2024, où les négociateurs n’étaient pas parvenus à un accord contraignant sur la sécheresse, faute de consensus. Des pays développés, à l’image du Royaume-Uni, continuent de privilégier des dispositifs souples et volontaires, intégrés aux politiques nationales. Pour les États africains, un traité international garantirait en revanche des systèmes d’alerte précoce, financerait l’adaptation agricole et permettrait d’anticiper les crises humanitaires liées aux déplacements de population.

Combler le déficit financier

Selon les estimations de la CNULCD, la restauration des terres et le renforcement de la résilience face aux sécheresses nécessiteraient 355 milliards de dollars par an entre 2025 et 2030. Les investissements prévus sur la même période plafonnent à 77 milliards, laissant un déficit annuel d’environ 278 milliards de dollars.

L’un des enjeux d’Oulan-Bator consiste à concrétiser les engagements pris à Riyad, où plus de 12 milliards de dollars avaient été annoncés dans le cadre du Riyadh Global Drought Resilience Partnership. Les pays vulnérables cherchent désormais à obtenir l’affectation réelle de ces fonds à des chantiers concrets comme la modernisation de l’irrigation, la gestion des retenues d’eau, la sélection de semences résistantes ou la régénération des sols.

Relancer la Grande Muraille verte

Projet emblématique du continent, la Grande Muraille verte peine encore à trouver son rythme. Étendue du Sahel à une vision plus large de restauration des paysages, elle vise à régénérer 100 millions d’hectares, créer 10 millions d’emplois ruraux et séquestrer 250 millions de tonnes de carbone d’ici 2030. À ce jour, environ 20 millions d’hectares ont été restaurés et 350 000 emplois créés ce qui reste loin de l’objectif fixé.

L’Accélérateur de la Grande Muraille verte, lancé lors du One Planet Summit de janvier 2021 à Paris, avait recueilli une promesse initiale de 14,3 milliards de dollars, portée à 19 milliards de dollars dans les mois suivants. Mais la conversion de ces engagements en financements accessibles sur le terrain reste lente. Réunis les 2 et 4 juin 2026 au Caire lors d’une rencontre préparatoire régionale organisée par l’Union africaine (AU-SAFGRAD) avec l’Égypte, la CNULCD, l’AUDA-NEPAD et le PNUE, les négociateurs africains entendent profiter de la COP17 pour remettre ce programme au centre des priorités financières internationales.

Pastoralisme et stabilité régionale

Alors que 2026 est l’Année internationale des parcours et des pasteurs, la COP17 met également l’accent sur le pastoralisme. Longtemps pointé du doigt comme facteur de surpâturage, l’élevage pastoral mobile est désormais reconnu comme un levier de gestion durable des milieux arides, à condition d’être encadré.

À l’échelle mondiale, la moitié des terres de parcours restent dégradées. La raréfaction des points d’eau et des pâturages accentue les tensions entre éleveurs et agriculteurs au Sahel comme en Afrique australe. En reliant dégradation des terres et risques de déplacement et d’instabilité, les délégations africaines veulent faire d’Oulan-Bator autre chose qu’un rendez-vous technique : un test de la capacité des bailleurs à tenir leurs promesses.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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