Congo : Sassou N’Guesso est déjà au travail

 

Aussitôt réélu et déjà au travail. Denis Sassou N’Guesso, que les urnes viennent à nouveau de consacrer Président du Congo-Brazzaville dès le premier tour avec plus de 60 % des voix, entend faire de son nouveau mandat de cinq ans « un quinquennat utile ». Les politiques sociales devraient occuper une place de choix dans la nouvelle feuille de route présidentielle.

« Je peux dire que la nouvelle République démarre sous de bons auspices », s’est exclamé Denis Sassou N’Guesso, le 20 mars dernier, à la sortie du bureau de vote, alors qu’il venait d’accomplir son devoir civique. Ces paroles, qui portaient sur le bon déroulement du scrutin présidentiel, étaient en réalité peut être prémonitoires de la volonté du Président nouvellement réélu de ne pas perdre une minute pour lancer l’ensemble des projets susceptibles de placer le Congo sur la voie de l’émergence.

Un proche nous confirme cette intention. « Le Président Sassou N’Guesso entend accélérer le rythme des réformes ». Un quinquennat pour l’Histoire ? Peut-être. En attendant, le Président congolais se veut pragmatique et envisage de « changer la vie des Congolais » en répondant concrètement à leurs besoins de base. « Avec 60,39 % (son score lors du premier tour de scrutin), Otchouembé – « le lutteur » en mbochi – a toute légitimité pour le faire et dispose désormais du temps nécessaire », avance un autre de ses proches.

Changer la gouvernance du Congo

La victoire désormais acquise, la nouvelle Constitution et les priorités qui y sont inscrites (rôle de la jeunesse, parité homme/femme, décentralisation, etc.) pourraient faire office de feuille de route pour le Président. Sans doute. Mais le dernier quinquennat ayant vu le Congo développer ses infrastructures, son potentiel énergétique et ses industries (une œuvre qui sera sans doute poursuivie dans les années à venir), le prochain pourrait, lui, être marqué du sceau des « politiques sociales ». Elles revêtent en effet une importance cruciale alors que partout, en Afrique comme ailleurs, se creusent les inégalités qui sapent le fondement même des sociétés.

Denis Sassou N’Guesso a visiblement entendu ce message durant la campagne, et sans doute bien avant. Ces derniers mois, l’accent a notamment été mis sur le développement des infrastructures de santé, secteur qui est parmi les plus touchés par le creusement des inégalités. Autre priorité, les jeunes, qui sont les premières victimes de ce fléau mondial. Afin d’offrir un avenir à chacun, le Président congolais entend rehausser le niveau de formation et mettre celle-ci davantage en adéquation avec les besoins du marché du travail. « La lutte contre la pauvreté et le chômage des jeunes sera l’alpha et l’omega de notre nouvelle politique », jure un autre proche du chef de l’Etat. En ce domaine, des mesures concrètes et pragmatiques devraient rapidement être mises en œuvre.

Les politiques sociales comme priorité

Pour rendre tangible cette vision très sociale qui devrait guider le prochain quinquennat, la concertation devrait faire office de maître-mot sur le plan de la méthode. Au terme de la nouvelle Constitution, le pouvoir au sein de l’Exécutif sera davantage réparti avec la constitutionnalisation des fonctions de Premier ministre. Par ailleurs, l’opposition jouira d’un véritable statut. Sans compter une décentralisation plus poussée, ainsi qu’une place plus importante réservée aux femmes et aux jeunes dans la vie publique congolaise. Les syndicats devraient également être associés très étroitement à l’élaboration des réformes à venir, nous a-t-on fait savoir.

« Les cinq prochaines années de la présidence Sassou N’Guesso risquent de surprendre », avertit un observateur attentif de la vie politique brazzavilloise. Le président congolais, connu pour son art consommé du contrepied, devrait en effet surinvestir en matière sociale afin de mettre son pays sur la voie de la croissance inclusive, partagée, seule susceptible de profiter à un nombre toujours plus grand de Congolais. Un quinquennat pour l’Histoire ? Pas impossible.

Rigobert Ndzon (envoyé spécial à Brazzaville)