Comores : Ikililou, la carrure d’un Président en question

Avant sa rencontre avec l’ancien Président comorien, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, Ikililou Dhoimine ne manifestait aucune ambition de briguer un mandat présidentiel. Loin de là. Pharmacien de formation, il est caricaturé comme étant un homme effacé, peu ambitieux, mais… Ikililou Dhoimine est devenu contre toute attente le premier Président comorien, originaire de la toute petite île de Mohéli. Portrait du président Dhoimine à l’occasion de la fête d’indépendance des Comores.

La nouvelle Constitution comorienne adoptée en décembre 2001, stipule une présidence tournante au sein de l’Union des Comores formée de trois îles ; Grande-Comores, Anjouan et Mohéli. Après la présidence des deux premières, c’est en toute logique, la troisième île, Mohéli, qui se devait de trouver un Président apte de diriger l’Union. Dans cet exercice tant convoité, et jamais dirigé par un Mohélien, les Hassanaly, Oukacha et autres grands politiciens de l’île sortaient en tête de liste. Mais contre tout attente c’est l’ « effacé » Ikililou qui l’emportait. Ces adversaires le mitraillent pour son manque de charisme pour briguer la plus haute marche. « Un type discret, pour ne pas dire effacé », raillent les uns. « Un bon gars, honnête, mais qui n’a pas la carrure d’un chef d’Etat », avouent même ses amis. On dira même qu’il ne s’est pas préparé à devenir un jour président de la République. Il est loin des clichés qui associent les futurs Présidents à des obsédés du pouvoir, qui nourrissent leur ambition dans leurs salles de bain en se rasant.

L’incontestable inconnu

Sa seule fonction connue avant de devenir Président, il faut aller le chercher dans les pavés et la boue de Djoezi, sa ville natale, où il a respectivement occupé le poste de Pharmacien, et Président du club de football (Belle Lumière). Il n’a jamais cherché à se faire un nom, se mettant à l’écart des débats politiques. Sa première expérience politique date de 2004 avec Boléro, grande figure politique comorienne originaire de Mohéli, qui l’avait nommé au poste de Directeur de campagne lors des législatives. Son candidat, pourtant assuré de gagner, perd les élections, lâché par son propre parti. Ce qui n’a pas du tout plu à Ikililou. Déçu de cette expérience, il refusera quelques jours après d’entrer dans le nouveau gouvernement. Mais il changera d’avis deux ans plus tard en acceptant de devenir le Vice-président de Sambi. Pendant ces cinq ans au poste de Vice- président, occupant à plusieurs reprises l’intérim de la Présidence – lors des déplacements de Sambi, et des sommets internationaux – Ikililou a continué à faire son boulot dans l’ombre du grand orateur Sambi, préférant même laisser la parole au deuxième Vice-président, Idi Nadhoime.

Efficace ?

Ses opposants lui reprochent sa communication toute mouise, mais Iki, comme on l’a surnommé dans son pays, a fini par obtenir gain de cause. Loin d’un Azali et d’un Sambi – ses prédécesseurs – orateurs hors pairs, capables de tenir la foule pendant des heures de discours, Ikililou Dhoimine le taiseux, opère dans l’ombre. Et malgré son manque d’éloquence, il pourra se venter d’avoir payé les fonctionnaires à temps. Les Comoriens se disent plutôt satisfaits de son travail, et ne pas tenir en compte de sa communication : « On veut de l’efficacité, mais pas de vanité », nous confie un jeune Comorien.
Alors qu’il était de passage à Paris, invité par le Président François Hollande, le Président de l’Union des Comores n’a pas dérogé à ses habitudes. Il est resté discret. Peu de médias ont été informés, ou étaient au courant de sa venue à Paris. Et ça à l’air de plaire à Ikililou « le plus discret de tous les Président comoriens », selon ses proches. Il a même snobé l’habituelle conférence de presse sur le perron de l’Élysée. A chacun son style, Iki lui, a l’air de l’avoir dans le sang.