Chronique : Afrique, faire des enfants par ennui

Lors d’une discussion avec de hautes personnalités nationales et internationales, passant d’un sujet à un autre, le président d’une institution internationale aborde le sujet des nombreuses grossesses des femmes dans les zones rurales. Il nous exprime ses inquiétudes sur ce phénomène qui peut avoir des conséquences sur notre développement économique. Il réfléchit donc à comment occuper les hommes dans les zones rurales, de manière à faire autre chose que l’amour à leurs épouses, par ennui ou par un manque d’activités de distraction.

Se « défouler » sexuellement sur sa femme

Ce constat peut s’étendre malheureusement à d’autres catégories de populations. On peut citer par exemple, certaines personnes sans activités professionnelles, et très souvent de longue durée. Pour ces chômeurs de longue durée , de surcroît, mariés, être sans activité professionnelle peut générer parfois de réelles frustrations, tensions psychiques et amertumes vis-à-vis de la vie, des autorités dirigeantes du pays, de l’exécutif etc. Quand il s’agit d’une femme, on constate qu’elle arrive toujours à se débrouiller par des activités commerciales informelles, génératrices de revenus. Cela l’occupe donc dans la journée. Le soir venu, elle est épuisée et aspire à un repos bien mérité afin de régénérer ses forces pour une nouvelle journée d’activités.

Quant à l’homme, très souvent, il se contente d’envoyer des demandes d’emploi aux entreprises ou de rechercher un emploi, de bouche à oreille. Enervé et découragé de ne pas avoir de réponse positive, le soir venu, quelques fois après avoir bu quelques bières avec des amis du quartier, il va alors se « défouler » sexuellement sur sa femme. Elle sait qu’il est découragé, voire déprimé, et pour ne pas le frustrer davantage, elle se laisse faire, même si elle n’a pas toujours envie de faire l’amour parce qu’elle est fatiguée, ou n’en a simplement pas le désir ce jour-là. Le problème, cela devient dans certains cas une habitude qui finit par créer des tensions dans le couple.

C’est la volonté de Dieu

Malheureusement, tout cela se termine très souvent par des grossesses non désirées, que la femme doit assumer et gérer seule, jusqu’à l’accouchement. L’homme, déprimé par sa situation, sera à nouveau abattu par cette nouvelle charge dont il ne pourra pas assumer la responsabilité. Ce qui ne va pas l’empêcher après l’accouchement de sa femme, de lui faire à nouveau l’amour, sans préservatif et prendre le risque qu’elle soit à nouveau enceinte.

Dans cette situation sociale chaotique, le couple peut ainsi se retrouver avec plusieurs enfants non programmés. On dira pour se dédouaner, que « c’est la volonté de Dieu ». Le pauvre Dieu, sa miséricorde fait de lui notre bouc émissaire pour nos propres inconsciences et souffrances morales. C’est aussi le cas des personnes casanières. Qu’elles travaillent ou qu’elles soient au chômage, ces personnes n’ont pas d’autres activités pour se distraire. De ce fait, faire l’amour devient une distraction et une activité comme une autre. Malheureusement, les conséquences sont inconsciemment refoulées ou ignorées.

Nous interpellons les autorités

Dans les zones rurales, en effet, il y a moins d’activités de distraction que dans les villes. Il n’y a pas de salles de sports ni de piscine municipale, il n’y a pas de salles de spectacles, il n’y a pas de cinémas, ni même de centres culturels. Très souvent, tout le monde n’a pas de télévision, même si la localité est électrifiée.

Après les travaux des champs, les hommes peuvent se retrouver sous l’arbre à palabres ou dans un lieu similaire avec les autres hommes du village pour parler soit, de leurs différentes plantations, des prix des matières premières, de la politique agricole du gouvernement ou de la coopérative, des affaires du village, des funérailles d’un tel ou de la cérémonie de telle génération etc. Le soir, il faut se coucher tôt, pour se lever tôt. Et pour mieux dormir après une journée chargée, d’abord par les travaux champêtres, puis par des palabres interminables comme nous savons les faire dans nos villages, l’homme sollicitera sa femme pour lui faire l’amour.

Là encore, même si elle est aussi fatiguée par une journée longue et chargées par diverses activités, elle se dit qu’elle doit faire plaisir à son mari, en dépit du risque de nouvelle grossesse.

Alors, nous interpellons les autorités en charge des loisirs, de prendre en compte aussi dans leur programme d’activités, les loisirs dans nos zones rurales et urbaines. Pour les premiers cas, la réflexion doit se faire au niveau du gouvernement. Dans nos villes, en dehors des maquis, bars et autres discothèques parfois douteuses, les populations n’ont vraiment pas de structures de loisirs mis en place par l’Etat.

A Abidjan par exemple, il n’existe plus de cinémas populaires, ni de centres culturels, de piscines municipales ou bien de théâtres. C’est également le cas dans toutes les autres villes du pays. Les sorties week-end se résument très souvent à aller à l’hôtel, en bordure de mer. On mange, on boit et on fait l’amour. Le lundi, de retour au bureau, on dira, « j’ai passé un excellent week-end. C’était formidable  ». Les week-ends d’après, on fera exactement les mêmes choses. Alors, que nos autorités prennent leurs responsabilités pour l’épanouissement des populations en leur permettant d’avoir accès à de véritables loisirs !