Cameroun : un vent de terreur s’abat sur les journalistes


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Mimi Mefo Takambou
Mimi Mefo Takambou

Voici les chefs d’accusation contre nos trois confrères, Michel Biem Tong, Joseph Olinga Ndoa, et Mimi Mefo Takambou.

Michel Biem Tong

Michel Biem est journaliste et défenseurs des droits humains, directeur du media en ligne Hurinews. De source concordante le 23 octobre 2018 à Yaoundé, il s’est rendu dans les
bureaux du Colonel Joël Emile Bankui au Secrétariat d’Etat à la Défense (SED) où il aurait été invité pour une discussion. Sur les lieux il a été arrêté et détenu jusqu’à ce jour.

Accusé d’avoir réalisé trois voices mails en direction des « sécessionnistes », les aveux ont été obtenus sous la pression et la torture. Il serait inculpé pour « incitation au terrorisme. Au moment où nous écrivons cet article, ni son avocat, ni sa famille, ni ses collègues, rendus sur les lieux de sa détention, n’ont pu le rencontrer. Torturé, il n’aurait reçu aucun soin de santé. Après une première comparution le 29 octobre 2018, il devait de nouveau se présenter devant le Tribunal Militaire de Yaoundé le 8 novembre 2018.

Joseph Olinga Ndoa

Le samedi 3 novembre 2018 à Bafoussam aux environs de 22h30 mn, les éléments du groupement de la gendarmerie nationale de Bafoussam en civil ont interpellé, sur les ordres de leur Commandant, le journaliste, délégué du personnel et syndicaliste Joseph Olinga Ndoa, chef d’agence du journal Le Messager à Bafoussam au lieu-dit “Akwa” où il s’était rendu pour se détendre. Accompagné de deux collègues Elisabeth Benkam et Donat Suffo il se serait rapproché des officiers pour poser la question de savoir ce qui fonde l’injonction de faire arrêter la musique et de faire évacuer les lieux. Sur ces entrefaits, il a été copieusement roué de coups de poings, matraques et de bottes, molesté, humilié, traîné au sol sur plusieurs mètres, il sera embarqué dans une camionnette.

Gardé dans un lieu secret, avant d’être transféré dans les cellules de la brigade de recherche de la gendarmerie nationale de Bafoussam. Il n’aurait reçu ni visite, ni soins médicaux. Nous craignons pour sa vie.

Il devait se présenter devant le Tribunal de Première Instance le 08 novembre 2018 pour : « rébellion simple ».  Joseph Olinga qui a été maintenu captif pendant trois jours, est libre. Le chef d’agence à Bafoussam va comparaitre libre le 8 novembre 2018. La nouvelle réjouit plus d’un journaliste et particulièrement le média pour lequel il travaille : le journal Le Messager.

Mimi Mefo Takambou

Le 31 octobre 2018, la journaliste Mimi Mefo Takambou, rédactrice en chef adjointe en charge du service en langue anglaise et présentatrice vedette de langue anglaise, d’Equinoxe radio/TV a été convoquée, le 2 novembre 2018, à 14h00, par le commandant en second de la légion de gendarmerie du Littoral à Bonanjo, en vue d’une enquête ouverte contre elle pour « propagation de fausses nouvelles et cybercriminalité ».

Pour avoir relayé une information de l’agence CNA sur les affrontements entre forces loyalistes et séparatistes armés, notamment sur l’auteur de la mort du missionnaire américain, Charles Trumann Wesco, à Bamenda, dans la région du Nord-Ouest.

On peut lire sur l’extrait du tweet de Mimi Mefo sur sa page facebook « Le missionnaire américain Charles Truman Wesco a été abattu, aujourd’hui, par des soldats camerounais, près de Bamenda, région du Nord-Ouest du Cameroun. Le missionnaire était originaire d’Indiana. Ce n’est pas le premier cas. Il y a trois mois, les soldats ont tué un pasteur ghanéen de la mission pastorale dans la région du Nord-Ouest » Source: CNA, et pour la publication de 10 photos sur son mûr sur les incidents de Bambili à Bamenda. Suite à l’intervention de son conseil, Me Richard Tamfu, la convocation a été reportée au 5 novembre 2018.

Contre toute attente le 7 novembre 2018, Mimi Mefo a été déférée devant le Commissaire du gouvernement près le Tribunal Militaire de Douala qui l’accuse « d’atteinte à la sûreté de l’Etat » avant de la placer en garde à vue à la prison Centrale de New-Bell, aux environs de 23h00.

Le REDHAC (Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale) :
– dénonce avec sa dernière énergie toute forme de musellement de la presse entretenue par les autorités administratives, judiciaires qui se manifeste par les filatures, les écoutes téléphoniques, les menaces de mort, les arrestations et détentions arbitraires, des traitements inhumains et dégradants à l’encontre des journalistes;
D’après :
1 – La Charte Africaine des droits de l’Homme et des Peuples
Article 6 « …Nul ne peut être arrêté ou détenu arbitrairement. » ;
2 – Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques
Article 9 « …Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraires. Nul ne peut être privé de sa liberté,… » ;
– dénonce ces actes d’intimidations qui ne concourent pas à l’apaisement de la situation
sociopolitique au Cameroun ;
– s’insurge contre les arrestations et détentions arbitraires des journalistes M. Michel Biem Tong, Joseph Olinga Ndoa et Mimi Mefo et de tous les autres journalistes, défenseurs et
activistes des droits humains arrêtés au Cameroun depuis 2016 ;
– demande leur libération immédiate et sans condition et d’assurer leur protection physique
et morale y compris celle de tout leur proche ;
– apporte tout son soutien à tous les syndicats de journalistes et à tous les journalistes qui
se battent avec peu de moyens afin d’informer les populations camerounaises.
Dans un communiqué publié jeudi, le bureau du Syndicat national des journalistes camerounais (SNJC) a décidé du boycott de toutes les activités du gouvernement pendant 10 jours, à compter du 8 novembre 2018. Le Syndicat demande par ailleurs à tous les journalistes de se rendre massivement à la première audience de Mimi Mefo le 12 novembre 2018.

Outre ces premières mesures, le syndicat national des journalistes camerounais demande au Gouvernement de libérer Mimi MEFO sans aucun préalable et prendre toutes les mesures nécessaires pour apaiser les relations entre les journalistes et les institutions de la République.

Toutefois, le SNJC (Syndicat national des journalistes camerounais) demande à tous les journalistes camerounais entre temps de s’abstenir de poser tout acte inutile et isolé. S’exprimant sur la faute reprochée à la journaliste d’Equinoxe, Mathieu Nathanaël Njock, secrétaire national du syndicat a réitéré le professionnalisme de Mimi Mefo dans le traitement de l’information. « Elle n’a commis aucune faute ! Elle n’a fait que relayer une information en citant la source qui se trouve être une agence de presse bien connue » a-t-il expliqué le jeudi 8 novembre 2018 au journal parlé d’Equinoxe, édition de 12h.

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