Cameroun, J.J. Ekindi : « Résoudre la question anglophone dans la paix »

L’Honorable Jean Jacques Ekindi, Coordonnateur général du Mouvement Progressiste (MP) s’est confié à Afrik.com au terme de la cérémonie de présentation des vœux à lui dédiée par ses camarades progressistes au dernier jour de janvier 2017. L’occasion de mieux connaître un dirigeant politique qui développe une pensée indépendante sur l’avenir du Cameroun.

Afrik.com : Honorable Jean Jacques Ekindi, quel climat règne-t-il au Cameroun en ce début d’année 2017?

Jean Jacques Ekindi : Indépendamment des horreurs et meurtrissures que les terroristes de Boko Haram font subir au peuple camerounais, notre beau pays traverse une période délicate dans ses Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis la fin de l’année 2016.
Quelle est la situation ? En ce début d’année, évoquons-la autant que possible sans passion afin de découvrir et de mettre en œuvre les solutions requises.
Tout d’abord, ce qu’on appelle le « problème anglophone » est décrit comme un malaise, un mal-être de nos frères des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. Ils vivent cette situation comme une marginalisation résultant d’une volonté malicieuse et adverse d’éteindre la culture anglo-saxonne dont ils sont porteurs et de procéder à l’assimilation subreptice des Anglophones dans le grand ensemble dominant et impérialiste de la culture francophone.

Dès lors, toutes les difficultés qu’ils rencontrent, et Dieu sait qu’elles sont nombreuses, sont interprétées, sont perçues et présentées comme des preuves manifestes de cette volonté de nuire aux Anglophones, voire de la stratégie des francophones dont la finalité est de réduire, de marginaliser, d’assimiler et enfin de dominer avec arrogance les Camerounais d’expression anglaise qui seront ainsi, s’ils ne le sont déjà, des citoyens de second ordre. A ce mal-être, résultant d’une intégration perçue comme inaboutie, est venu se greffer une tentative de réécriture de l’histoire du Cameroun. Les différentes évolutions de notre Etat, depuis la République Fédérale du Cameroun en 1961, à la République du Cameroun en 1982 en passant par la République Unie du Cameroun en 1972 sont interprétées comme autant de marchés de dupes où les Anglophones ont été floués.

C’est tout à fait le droit de chacun de se former et d’exprimer une opinion sur toute chose qui touche le Cameroun et les Camerounais, ce faisant, de faire respecter ses droits et de présenter des revendications.
Ce droit, garanti par le préambule de la Constitution a été réaffirmé par le Président de la République lors de son discours de vœux à la nation en ces termes : « chaque citoyen est bien fondé d’exprimer son opinion sur tout sujet de la vie nationale, y compris par l’observation pacifique d’un mot d’ordre de grève dument déclaré ».

Afrik.com : Que faut-il faire pour que le calme revienne dans notre pays ?

Jean Jacques Ekindi : Le fait que la crise de Bamenda ait commencé par des revendications corporatistes des enseignants et des avocats pour se transformer en revendications communautaires et en une demande insistante sur le changement de la forme de l’Etat, voire sur la sécession d’une de ses parties, ne saurait nous exonérer de l’obligation de réfléchir et de trouver des solutions aux problèmes posés par nos frères.

Le cadre pour la résolution des problèmes corporatistes et catégoriels est déjà mis en place par différentes commissions.
Le cadre pour la résolution des problèmes du vivre-ensemble et du multiculturalisme a été fixé par le décret N° 2017/013 du Président de la République qui a créé la « Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme ».
Reste la demande concernant la sécession qui n’a pas de place dans le débat et la forme de l’Etat qui oppose l’Etat Unitaire décentralisé, forme actuelle inscrite dans la Constitution, et l’Etat Fédéral qui est la forme alternative proposée par d’autres, dont beaucoup d’Anglophones.

Ce débat qui charrie une crispation certaine gagnerait à être dépassionné. Tout particulièrement, doit être évitée la confusion délibérément entretenue entre le fédéralisme et la partition du pays entre Anglophones et Francophones. Le Fédéralisme à deux Etats comme celui évoqué par le Cardinal Tumi sur une radio internationale serait, pour le Cameroun, la pire des solutions. Il ne règle pas le problème Anglophone car deux Etats, nés d’une situation conflictuelle, dotés de moyens, courront inéluctablement vers la confrontation. Par contre dix Etats, disposant des moyens pour leur développement propre et celui de la Fédération, trouveront leur salut dans la coopération et mettront en oeuvre la subsidiarité.

Afrik.com : Que préconise le MP (Mouvement Progressiste) pour la sortie immédiate de cette situation de crise ?

Jean Jacques Ekindi : Le Mouvement Progressiste lance un vibrant appel à nos frères anglophones d’abord, à tous les Camerounais de bonne volonté, à l’Etat, aux partis politiques, aux forces vives de la nation pour que nous œuvrions ensemble pour trois objectifs majeurs.

1- Le retour des enfants à l’école dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest dans les plus brefs délais – l’éducation est un droit fondamental et une obligation constitutionnelle de l’Etat.
2- Le retour de la paix civile
3- Le retour du dialogue Républicain dans le respect des institutions
Parce que nous savons que la paix et la concorde sont des biens inestimables, parce que nous savons que les mouvements sociaux prennent toujours des formes singulières dont personne n’est maître. Parce que nous savons que c’est un petit attentat réalisé par un groupuscule à Sarajevo qui a conduit à la première guerre mondiale, laquelle a fait plus de 18 millions de morts, nous avons l’impérieux devoir de préserver le Cameroun et les Camerounais de toute dérive.

Parce que nous avons tout cela, les échanges sur le problème Anglophone doivent trouver toute leur place dans un débat fraternel, ouvert, inclusif dans le cadre des institutions de la République, dans lesquelles les compatriotes anglophones sont représentés, (Présidence, Parlement, Premier Ministre, gouvernement, administration publique, municipalités, partis politiques, société civile, associations religieuses, communautaires traditionnelles, etc…).

Afrik.com : Un mot l’endroit de vos camarades progressistes en particulier et du peuple camerounais en général ?

Jean Jacques Ekindi : Mes chers camarades progressistes, après bien des vicissitudes, cette année, nous allons tenir la convention ordinaire de notre parti, le Mouvement Progressiste. Que chacun s’y prépare.

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes, je suis heureux de vous transmettre le plus fidèlement possible les vœux que le parti du Mouvement Progressiste forme pour notre pays, pour le peuple camerounais, pour chacune et chacun de vous.

Que Dieu tout-puissant nous abreuve tous de ses bénédictions en abondance, santé, bonheur, prospérité. Qu’il bénisse les Lions Indomptables tout comme il a veillé sur les Lionnes. Que cette année consacre la paix et la concorde entre les Camerounais. Bonne et merveilleuse année 2017