Bush réélu : déception quasi-unanime de la presse africaine

Trois millions et demi de voix d’avance ont donné une confortable victoire à Georges W. Bush pour son second mandat à la tête des Etats-Unis. Et ce malgré un taux de participation record (entre 54 et 56%) qui aurait dû jouer, selon les analystes, en faveur du camp des démocrates. Ce jeudi matin, la presse africaine a accueilli dans sa majorité la nouvelle avec pessimisme. Afrik.com en reproduit quelques passages.

 Boubah.com, Guinée

« La déception se lisait dans les visages et les voix de nos compatriotes (guinéens nouvellement immigrés aux Etats-Unis), surtout ceux en situation administrative encore non résolue, qui ne cachaient pas leur grande déception : celle de voir les Américains réélire un Président qui, pour cause de « guerre contre le terrorisme », a rendu la vie plus difficile aux étrangers et aux Américains de confession musulmane, parfois victimes de bavures dans la lutte contre les extrémistes islamistes.

Les critiques estiment que maintenant George W. Bush dispose d’un mandat clair de quatre années de plus pour compléter sa ‘guerre contre le terrorisme’. Une guerre qui risque d’être similaire au ‘complot permanent’ de la défunte Révolution de l’ancien régime guinéen avec son cortège d’abus et d’arrestations arbitraires comme en témoigne les ‘camps Boiro’ américains de Guantanamo Bay, à Cuba ou Abu Graib en Irak, même si les victimes connues ne comptent aucun Guinéen parmi elles.

Malgré cela, les Guinéens rêvent toujours des Etats-Unis ou les opportunités économiques sont de loin meilleures à la crise économique permanente dans leur pays natal. »

 Le Matin, Maroc

« S.M. le Roi Mohammed VI a adressé un message de félicitations à M. George Walker Bush, Président des Etats-Unis d’Amérique, à l’occasion de sa réélection pour un second mandat présidentiel. En voici le texte : ‘A l’occasion de votre réélection pour un second mandat présidentiel, il m’est agréable de vous adresser mes félicitations les plus chaleureuses suite à ce témoignage renouvelé par votre peuple ami de sa précieuse confiance à l’égard de Votre Excellence…’ »

 El Watan, Algérie

« Bush, grâce à une religiosité étudiée, a réussi à séduire l’Amérique profonde, conservatrice plus que jamais. Ce n’est pas par hasard que les Whites (Blancs), les vétérans de guerre et les hommes d’églises ont tous, ou presque, voté pour lui. »

 The Mail and Guardian, Afrique du Sud

« Bush préside un pays profondément divisé sur l’Irak et sur les questions culturelles, telles que l’avortement, le mariage homosexuel, et la recherche sur les cellules souches. La victoire renforce la main mise de Bush à l’étranger. Désormais il est clair que les leaders sceptiques à l’égard de son modèle autoritaire et de son agressive politique étrangère n’aient d’autre alternative que de négocier avec lui. »

 Le Mauricien, Maurice

« La victoire de Bush est avant tout une victoire de l’Amérique profonde éminemment conservatrice et qui se retrouve toujours dans un leader agressif qui passe à l’action et discute après. Tout le contraire de John Kerry qui a affiché surtout de la compassion et une volonté de dialogue. Les démocrates devront continuer à broyer du noir, d’autant que les élections au Congrès confirment la suprématie républicaine. »

 The Daily Nation, Kenya

« Le reste du monde voit M. Bush comme un belliciste tenu en esclavage par la droite chrétienne et fondamentaliste et le complexe militaro-industriel qui règne aux Etats-Unis. Mais comme nous l’avons appris douloureusement, la guerre de Bush contre la terreur n’a pas rendu le monde plus sûr. Et il n’a pas respecté les règles en lançant une autre guerre contre l’Irak sur des motifs les plus douteux (…) Sans aucun doute, le président Bush a rendu le monde beaucoup moins sûr. »

 Dans son édition du 4 novembre 2004, Le quotidien d’Oran (Algérie) ne consacre pas moins de six riches mais sévères articles sur l’issue des élections américaines. Extraits.

« Même si beaucoup d’analyses se rejoignent pour considérer que la politique extérieure américaine ne connaîtra pas de différences notables selon que l’un ou l’autre des candidats américains sort vainqueur, toujours est-il que comparativement, certaines régions du monde «souffriront», encore beaucoup moins d’un changement de politique fruit d’un changement d’équipe dans l’exécutif américain. L’Algérie et le Maghreb en font partie. »

Farid Dahmane, « Alger-Washington au futur composé »

« Le vrai ticket du Président américain a été de convaincre ses concitoyens qu’il sait qu’ils sont les meilleurs et les plus forts au monde. Les grands thèmes de sa campagne, qui rappellent d’ailleurs par quelques aspects ce qui s’est passé en Algérie avant avril 2004, et qui ont dominé de bout en bout le feuilleton présidentiel, sont ceux du patriotisme, du dévouement. »

Noureddine Azzouz, « L’Amérique de Bush et le sentiment de puissance »

« Si certains en doutaient encore, l’excellent stratège électoral Oussama Ben Laden a clairement joué la carte Bush. Son apparition, trois jours, avant le scrutin a gentiment contribué à la réélection du Président sortant : «Ô peuple américain, voici mes propos sur les causes et les résultats -des attaques du 11 septembre- et sur la manière exemplaire d’éviter un nouveau Manhattan». Le salmigondis n’avait pas d’importance: le message était passé: ‘vous aurez de nouveau et très bientôt les Twin Towers’. Plus 1, plus 2, plus 3 points pour Bush ? »

Pierre Morville, « Le Président en guerre d’une Amérique coupée en deux »

« Derrière le discours primaire et arrogant de George Bush, il y a un système très performant qui a su exploiter le mouvement de fond qui traverse la société américaine. C’est un système basé sur les sondages, l’étude des mouvements d’opinion, l’examen approfondi de ce qui fait vibrer les gens et les pousse à aller dans telle ou telle direction, contre la logique et la raison. »

Abed Sharef, « La vitalité du système américain »

« Si l’Europe et les autres régions du monde vont s’accommoder d’un Président qui fait dans l’unilatéralisme, le monde arabe et musulman, zone directement concernée par la «guerre antiterroriste», risque de connaître une aggravation des radicalismes religieux (…) D’une certaine manière, le statu quo décidé par les électeurs américains va permettre une poursuite du match Bush-Ben Laden qui travaille les sociétés arabo-islamiques. George Bush va sans doute accélérer sa politique brutale de reprise en main des villes irakiennes insurgées, alimentant davantage le ressentiment et les radicalisations(…) Il est indéniable que la politique de Bush entretient le radicalisme islamiste et cela rend encore plus nécessaire le besoin de s’appuyer sur les régimes arabes alors qu’on les appelle à se réformer. Sans doute, les Etats-Unis ont la possibilité théorique, ténue, de pouvoir retourner les opinions arabes en pesant activement pour une solution du conflit au Proche-Orient. Mais la prégnance dans la politique de Bush la rend improbable. »

M.Saâdoune, « Marquée par la peur, l’Amérique choisit le statut quo »

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