Burkina Faso, Covid-19 : « Les riches s’aperçoivent que leur vie ne vaut pas plus que celle des pauvres »

Lucien Tonde

Il se nomme Kiswend-sida Lucien Tondé, Ingénieur en Géotechnique. Dans cet entretien, ce Burkinabé nous fait le point sur la situation du Coronavirus au Burkina Faso, non sans évoquer des enseignements tirés de la présence de cette redoutable maladie dans son pays.

Entretien

Afrik.com : Quelle est la situation du Covid-19 au Burkina Faso ?

Kiswend-sida Lucien Tondé : Depuis l’apparition du premier cas au Burkina, la situation est de plus en plus alarmante à tel point que si on ne prend garde elle pourrait échapper à tout contrôle.

Quelles sont les mesures prises par le Gouvernement pour éviter la propagation du virus ?

Tout une batterie de mesures ont été prises. À savoir, la mise en quarantaine des villes touchées;la fermeture des grands marchés, des frontières aériennes et terrestre, des maquis et restaurants dans certaines villes touchées comme Ouaga et Bobo. À cela s’ajoute la suspension des cours dans les écoles et universités, sur l’ensemble du territoire national. Et enfin, on a l’instauration d’un couvre feu de 19h00 à 5h00 du matin.

Ouagadougou, ce 1er avril 2020

Ces mesures sont-elles respectées par les populations ?

Pas exactement. Vous savez le péché commun des sociétés africaines c’est le social. Aujourd’hui, les gens continuent de célébrer et de se regrouper à des baptêmes, des mariages et même dans des funérailles. Alors que les rassemblements de plus de 50 personnes sont interdits. C’est bien le social, mais il faut de la résilience et de la méfiance dans nos comportements.

Quelle a été la réaction du Burkinabés d’apprendre que des ministres du Gouvernement étaient atteint de Covid-19 ?

Pour ma part c’est avec consternation que j’ai appris que le gouvernement a été frappé par ce virus. Je souhaite qu’ils nous reviennent rapidement car la destinée du pays en dépend. Mais, au delà de tout, on ne peut que prier Dieu, pour que cette pandémie soit derrière nous rapidement car l’Afrique et le Burkina en particulier n’a pas les moyens pour y faire face à moyen et long terme.

Quel est le mental des Burkinabés face à la propagation du Coronavirus dans le pays ?

Je dirai que le moral est très haut. Et on essaie tant bien que mal à s’organiser comme on le peut tant par la confection de lave-mains  » de fortune  » avec des bidons d’huile de 20 L et du savon liquide (localement fabriqué) pour les couches les plus défavorisées de la population ; tant par la sensibilisation.

Ouagadougou, ce 1er avril 2020

En France, un Professeur du nom de Didier Raoult préconise l’usage de la Chloroquine pour soigner les malades, alors que l’OMS n’a pas homologué cette thérapie. Quel est votre avis ?

Pour l’ingénieur que je suis, et sous réserve de tests contradictoires, et après avoir lu le CV du Prof en question, je suis d’accord avec l’utilisation de la Chloroquine.

Des nouvelles de Burkinabés à l’étranger ?

Oui, je suis toujours en contact avec compatriotes Burkinabés, mais aussi avec mes frères Sénégalais de ma promotion, de l’université et de mon quartier Som et également avec les autres communautés qui composent l’université de Thiès.

Justement, vous avez fait le Sénégal, quels sont les échos que vous avez de ce pays s’agissant du Coronavirus ?

Avant de parler du Sénégal, permettez-moi d’adresser m’a reconnaissance à l’ensemble du corps professoral du l’UFR-Science de l’Ingénieur en particulier au Dr. Déthié Sarr. Je suis la situation avec attention. En termes de mesures prises je peux dire qu’elles sont assez similaires à celles qui ont été prises au Burkina, hormis les mesures d’accompagnement et l’interdiction de vente de pain par les boutiques, côté sénégalais.

Ouagadougou, ce 1er avril 2020

Quelles leçons tirer de cette pandémie de Coronavirus ?

D’abord, elle nous enseigne l’humilité car il aurait fallu une telle situation pour que les riches s’aperçoivent que leurs vies ne valent pas plus que celles des pauvres (riche et pauvre se soignent dans le même hôpital par exemple). Ensuite, elle soulève le caractère vital de la recherche scientifique dans les universités et centres de santé. Enfin, cette pandémie rappelle à nos dirigeants la nécessité d’opérer des changements structurants dans leur politique sanitaire.

Un message aux Burkinabés de la diaspora et ceux restés aux pays ?

Merci pour cette question. En ce qui concerne mes frères de la diaspora je les invite au strict respect des mesures prises par les autorités de leurs pays d’accueil respectifs. Et à la solidarité entre compatriotes et envers toutes les autres communautés. Pour ceux résidents au Burkina, je les appelle à respecter les différentes mesures, à la culture de l’auto-discipline et à la citoyenneté responsable et surtout à la maintenir la flamme de la solidarité allumée.