Bob Denard : mort d’un « Corsaire de la République » française

Le mercenaire français Bob Denard est mort à l’âge de 78 ans, après avoir fait le coup de feu durant un demi-siècle sur tous les points chauds du continent africain. L’ancien militaire de carrière, qui se rêvait en « Corsaire de la République », n’a jamais été condamné à des peines lourdes par la justice de son pays.

Bob Denard, mercenaire adepte des coups tordus qui se décrivait lui-même comme un serviteur de la République française, est mort samedi à l’âge de 78 ans, selon une annonce faite ce dimanche par sa sœur Georgette Garnier. La justice l’avait condamné en appel à quatre ans de prison dont trois avec sursis, en juillet dernier, pour un coup d’Etat raté réalisé en 1995 dans l’archipel des Comores. Jugé en 2006, au terme d’une instruction de dix ans, il avait dans un premier temps écopé de cinq ans de prison avec sursis pour délit « d’association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime ». Déjà affaibli par la maladie d’Alzeimer, il n’avait pas assisté au procès.

Dans la nuit du 26 au 27 septembre 1995, il avait débarqué aux Comores à la tête d’une trentaine d’hommes pour renverser le président Saïd Djohar. Il avait placé Mohamed Taki et Saïd-Ali Kemal au pouvoir, mais le 4 octobre, les forces françaises étaient intervenues pour libérer le président Djohar et forcer les mercenaires à se rendre. Le jugement avait pourtant estimé qu’il était « évident que les services secrets français avait eu connaissance du projet de coup d’Etat conçu par Robert Denard, de ses préparatifs et de son exécution (…) Il est tout aussi manifeste qu’au moins ils n’avaient rien fait pour l’entraver et qu’ils l’avaient donc laissé arriver à son terme. En conséquence, c’est que les responsables politiques l’avaient nécessairement voulu aussi ».

Condamné à mort au Bénin, au sursis en France

Les Comores étaient le terrain de jeu préféré de l’ancien résistant français, devenu militaire de carrière jusqu’en 1952. A la tête de la « garde présidentielle », il avait renversé le président Ahmed Abdallah en 1975, date de l’indépendance de cette ancienne colonie française, pour y installer son opposant Ali Soilih. Il réalisa l’opération inverse trois ans plus tard.

Né Gilbert Bourgeaud le 7 avril 1929 à Bordeaux, Bob Denard s’était converti à l’islam après s’être marié – il l’a été sept fois – aux Comores. Il avait fait ses armes en tant que mercenaire au début des années 1960, dans l’ex-Zaïre, aux côtés de Moïse Tshombé, en qualité de colonel de la gendarmerie de la République du Katanga. Il est également intervenu au Biafra (Nigeria), en Angola, en Rhodésie (Zimbabwe), en Iran, au Yémen et au Bénin. Dans ce dernier pays, Denard, anti-communiste convaincu, avait tenté de renverser le président marxiste Mathieu Kérékou à la tête d’un commando aéroporté. Un coup de force qui lui a valu une condamnation à mort, au Bénin; et une autre, en France, en 1993 : cinq ans de prison avec sursis…

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