Bilan des premières Rencontres africaines des logiciels libres

Les premières Rencontres africaines des logiciels libres se sont déroulées à Ouagadougou (Burkina Faso) du 27 septembre au 7 octobre derniers. Leur objectif principal était de renforcer l’Association africaine des utilisateurs de logiciels libres. Pierre Ouedraogo, organisateur de l’événement, fait le bilan de cette expérience et revient sur l’importance de créer des synergies.

Approfondir le travail en réseau des associations africaines de logiciels libres. Tel était l’un des objectifs des premières Rencontres africaines des logiciels libres (Rall), organisées au Burkina Faso du 27 septembre au 7 octobre derniers par l’Agence intergouvernementale de la Francophonie. L’idée est de créer des synergies suffisamment fortes pour qu’à terme les Africains fassent circuler leurs connaissances et deviennent autonomes. Pierre Ouedraogo, organisateur des Rall et responsable des projets à l’Institut francophone des nouvelles technologies de l’information et de la formation, fait le bilan de ces premières rencontres et revient sur l’importance de souder entre elles les associations africaines de logiciels libres.

Afrik.com : Pourquoi le Burkina a-t-il été choisi pour accueillir les Rall ?

Pierre Ouedraogo :
Au départ, il était prévu qu’elles se déroulent en Côte d’Ivoire, mais avec les événements qui s’y passent, cela n’a pas été possible. L’option du Gabon a ensuite été étudiée, mais n’a pas abouti. C’est alors que l’on s’est tourné vers le Burkina Faso. Ce choix s’explique par le fait que le dixième Sommet de la Francophonie y aura lieu et que l’Agence intergouvernementale a joué un rôle déterminant dans le développement des logiciels libres en Afrique.

Afrik.com : Quelles sont vos principales attentes après ces Rencontres ?

Pierre Ouedraogo :
Nous voulons que les associations africaines renforcent leurs capacités et qu’elles partagent leurs expériences, bonnes ou mauvaises. Cela permettra la promotion des logiciels libres. La société civile a aussi un rôle déterminant à jouer pour porter ces connaissances aux communautés. A plus long terme, si tous les Africains sont imprégnés de ce savoir ils le transmettront. De cette façon ils seront autonomes, et si demain la Francophonie ne peut plus organiser de telles rencontres, ils pourront se débrouiller seuls et poursuivre l’œuvre.

Afrik.com : L’engouement a-t-il été au rendez-vous ?

Pierre Ouedraogo :
Vingt nationalités différentes d’Afrique francophone étaient présentes. Pour les conférences, nous avions entre 150 et 200 personnes. Dans les quatre ateliers que nous avions mis en place, nous avons eu près de 80 stagiaires. Ils étaient tous très enthousiastes et prenaient des initiatives. Avec les formateurs, ils ont même mis en place spontanément, ce qui n’était pas prévu au programme, des séances de nuit, où ils parlaient de développement de logiciels jusqu’à une heure du matin !

Afrik.com : Quels enseignements majeurs avez-vous tiré de cette première expérience ?

Pierre Ouedraogo :
La première expérience que je tire est qu’il y existe des créateurs africains et qu’il suffit de peu pour qu’ils créent encore plus. L’Afrique peut créer des applications qui rendront des services utiles au monde. Au bout du compte, la richesse du continent sera accrue et le fossé numérique réduit. J’ai par ailleurs noté que l’une des forces de l’Afrique en matière de logiciels libres est l’organisation des associations et la cohérence de leur politique. Ce qui nous rend plus efficaces que les Etats-Unis ou l’Europe. Autre avantage, nous ne limitons pas notre action aux informaticiens ou assimilés. Nous essayons de toucher tout le monde. C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous voudrions notamment voir la naissance de logiciels libres en langues vernaculaires, car tout le monde ne maîtrise pas le français ou encore l’anglais. Cela permettra aux gens d’être alphabétisés avec des moyens beaucoup moins coûteux que s’il fallait leur enseigner les deux autres langues citées et de participer au développement de leur pays.

Afrik.com : Y a-t-il déjà des retombées positives des Rall ?

Pierre Ouedraogo :
Au sein des différentes associations africaines, on sent une recrudescence au niveau de l’intérêt et une augmentation, dans certains pays, des adhésions. Il y a une impulsion certaine des gens à se tourner vers les logiciels libres. On lit par ailleurs bien sur leurs visages que les chefs d’entreprises sont séduits lorsqu’ils réalisent les économies qu’ils peuvent faire en utilisant les logiciels libres. Au Burkina, par exemple, la license Microsoft Office fait seize fois le Smic du pays.

Afrik.com : Vous avez mis en place une nuit des développeurs. En quoi a-t-elle consisté ?

Pierre Ouedraogo :
Cette manifestation visait à décerner un prix au meilleur projet de logiciel libre. Il a été décerné au projet Akwaba, développé par l’équipe d’ingénieurs d’une société ivoirienne qui dépendait d’un logiciel israélien, jusqu’à ce qu’une panne la paralyse. Comme les Israéliens ne pouvaient réparer que dans un délai d’un mois, l’équipe a mis au point un système alternatif, qui a marché et qu’ils ont fini par conserver.

Afrik.com : Quels sont les meilleurs élèves en matières de logiciels libres ?

Pierre Ouedraogo :
Les gouvernements de l’Afrique du Sud et de la Tunisie se sont engagés en faveurs d’une politique pro-logiciels libres, notamment en encourageant un maximum d’administrations à les utiliser. Sur le plan associatif, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Burkina Faso, Madagascar, l’Ile Maurice, le Mali et le Kenya (qui abrite le siège de la Fondation africaine de logiciels libres) sont les plus actifs et le splus dynamiques.

Afrik.com : En même temps que se déroulaient les Rall, Microsoft tenait une rencontre de son côté à Ouagadougou. Est-ce un hasard ?

Pierre Ouedraogo :
Je pense que oui. D’un côté comme de l’autre. Mais je précise que j’ai rencontré un responsable de Microsoft auquel j’ai expliqué que nous n’avons rien contre eux. Tout ce que nous voulons, c’est que les gens puissent faire un choix en ayant en main tous les paramètres nécessaires. Que ce soit pour la fonctionnalité ou le prix. C’est aux gens de choisir s’ils veulent dépenser un milliards de FCFA pour la licence d’un système propriétaire ou les investir pour offrir de meilleures tables aux enfants ou leur acheter de la nivaquine pour qu’ils souffrent moins du paludisme. Cela évitera à nos Etats de s’afficher en bonne position dans le « hit-parade » de la Business software association, qui classe les pirates de logiciels. Et ce n’est pas rien, car y être classé décourage les investisseurs qui refuseront de placer de l’argent dans un pays qui n’est pas sûr.

Afrik.com : Savez-vous où se dérouleront les prochaines Rall ?

Pierre Ouedraogo :
Elles devraient avoir lieu en octobre prochain à Libreville, au Gabon.

Afrik.com : Y a-t-il des nouveaux de prévues pour la deuxième édition ?

Pierre Ouedraogo :
Nous espérons pouvoir inviter des anglophones aux prochaines Rencontres. Nous n’avons pas pu le faire cette année, notamment par manque de moyens. Une idée pourrait être de créer un atelier rien qu’avec des anglophones.