
Bernadette Chirac est morte le 5 juin 2026, à 93 ans. Avec elle disparaît une des dernières grandes mémoires vivantes d’une séquence politique française qui a profondément marqué le continent africain : les douze ans de présidence de Jacques Chirac, de 1995 à 2007.
Bernadette Chirac n’a jamais eu de politique africaine propre. Pas de discours sur le continent, pas d’engagement humanitaire orienté vers l’Afrique, pas de prise de parole sur la Françafrique ou sur les interventions militaires françaises au Sahel ou en Côte d’Ivoire. Mais elle a été, pendant plus d’une décennie, aux premières loges d’une relation France-Afrique aussi dense que contradictoire.
Son mari était surnommé « Jacques Chirac l’Africain » pour ses nombreuses amitiés africaines et son intérêt marqué pour les arts du continent. Ainsi, elle a accompagné nombre de ces voyages d’État, côtoyé les chefs d’État africains que Jacques Chirac recevait à l’Élysée ou qu’il allait voir sur place. À ses obsèques en 2019, Denis Sassou Nguesso, Faure Gnassingbé ou encore Teodoro Obiang Nguema Mbasogo avaient fait le déplacement depuis l’Afrique pour lui rendre hommage. Et Bernadette Chirac les connaissait tous.
Le musée du quai Branly principal lien entre Bernadette Chirac et l’Afrique
Mais c’est peut-être au musée du quai Branly que le lien entre Bernadette Chirac et l’Afrique se lit le mieux. L’institution, consacrée aux arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, est née de la passion de Jacques Chirac pour les « arts premiers », qu’il avait partagée dès le début des années 1990 avec le marchand d’art Jacques Kerchache, et dont il avait fait un projet présidentiel dès son arrivée à l’Élysée en 1995. Bernadette Chirac en a été présidente. En juin 2016, lors de la cérémonie qui donna au musée le nom de son mari, Jacques Chirac était absent et c’est elle qui représenta la famille aux côtés de François Hollande.
Ce rôle de gardienne du temple résume assez bien la place qu’elle a occupée dans cette histoire. Dans le couple, Bernadette avait souvent le dernier mot. Elle a observé, accompagné, parfois pesé sur les décisions mais sans jamais s’exposer sur le continent africain comme sujet politique propre.
Emmanuel Macron a salué en elle une femme qui a « marqué notre histoire » et « changé tant de vies avec discrétion et obstination ». En Afrique, l’histoire de Jacques Chirac continuera à être racontée, pas celle de Bernadette. Pourtant elle aura été l’inséparable compagne de route, présente dans toutes les coulisses mais absente de toutes les tribunes.




