Au coeur du génocide

Octobre 1994. Le pays des milles collines devient le pays des milles horreurs. Vénuste Kayimahe a vécu la longue déchéance du Rwanda jusqu’à cette acmé de sang, de sauvagerie. Parce que la mémoire est un devoir politique, Vénuste se souvient. Parce que la confession est un témoignage, Vénuste écrit. Parce que survivre quand les autres sont morts est peut-être pire que la mort, Vénuste voudrait crier.

 » Voici des années que, suite à mon injustifiable silence, mon esprit est sans cesse tourmenté par un remords profond et tenace « , écrit Vénuste Kayimahe en ouverture de son ouvrage. Le syndrome du survivant. Que faire lorsque l’on a survécu ? Lorsque l’on a  » abandonné  » sa propre fille, sa mère et tous ses proches à la fureur raciste d’une armée de barbares ? Ecrire peut-être.

Ecrire  » afin de ne pas donner un coup de pouce dont ils n’ont pas besoin aux révisionnistes, et aux négationnistes (…) pour lutter contre l’oubli. Le mien et celui des autres… « . Ecrire parce qu’il est impossible de tourner la page d’une vie mutilée, de balayer la mémoire de victimes humiliées et torturées. Ecrire parce qu’aujourd’hui encore, d’aucuns prétendent faire du génocide rwandais un détail de l’Histoire.

La simplicité d’un récit vrai

France-Rwanda : les coulisses du génocide. Un titre un peu trop  » choc  » pour un livre au style simple et touchant. Si Vénuste Kayimahe évoque les relations complices de la France et des tenants du génocide, c’est avant tout son histoire personnelle que l’auteur nous raconte. Son innocence face à la discrimination dont, dès sa scolarité, il a été victime. Son ingénuité lorsqu’il travaillait au Centre d’échanges culturels franco-rwandais. Aux premières loges, il a vu comment Paris se faisait complice du régime corrompu et raciste d’Habyarimana. Il a été le bon nègre des officiels du Quai d’Orsay. Sans jamais collaborer, simplement en faisant son métier de technicien audiovisuel. Sans comprendre tout à fait l’horreur qui se tramait.

Puis vint la guerre. A force de maintenir un pouvoir décadent par une pression constante sur les ressorts de la haine raciale, le système Habyarimana implose. La collaboration française lui survit. Vénuste, comme bien d’autres, connaît alors l’exil. Sa situation au Centre lui fournit des appuis. Bien loti ? Comment accepter la mendicité de ceux -consulats, ambassades- qui lui tendent la main sans reconnaître l’Enfer dans lequel son pays est plongé ? Vénuste souffrira du silence mensonger des autorités françaises, rwandaises et kenyanes. Dans tous les pays qui l’accueillent, c’est l’omerta. L’Onu, la communauté internationale, se taisent. Lui-même, qui apprend la mort de sa propre fille par une lettre, se sent complice.  » A divers degrés, l’Humanité entière est responsable « .

Contre le silence, Vénuste a écrit ce livre. A lire absolument.

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