Attentats au Nigeria: sur la trace des commanditaires

Neufs suspects ont été arrêté lundi par les autorités nigérianes, dans le cadre de l’enquête sur le double attentat qui a endeuillé le Nigeria vendredi dernier. Une faction dissidente du Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger (MEND) pourrait être responsable du forfait.

Qui sont les auteurs des attentats à la bombe qui ont frappé le Nigeria en plein cœur vendredi, à Abuja, lors des célébrations du 50e anniversaire de l’indépendance du pays, faisant 12 victimes et 36 blessés? Le doute est toujours permis après l’annonce ce matin par la police nigériane de l’arrestation de neufs suspects. Selon les services de renseignements nationaux, les neufs personnes interpellées ont toutes un lien avec Henry Okah, un ancien dirigeant du Mend arrêté samedi en Afrique du Sud, où il résidait depuis sa sortie de prison l’année dernière. Celui-ci, qui a comparu ce lundi devant le tribunal de Johannesburg, nie toute responsabilité. Les neufs suspects n’auraient en revanche aucun lien direct avec le mouvement terroriste.

Alors que les attaques avaient, dès ce week-end, été revendiquées par le Mend, l’Etat nigérian a fait savoir par le biais de son Président Goodluck Jonathan qu’il soupçonnait « un petit groupe terroriste basé à l’extérieur » du pays, et que les responsables des attentats se cachaient sous le « parapluie » du Mend.

Plusieurs éléments pourraient remettre en cause la revendication de ce mouvement. Tout d’abord, des membres dudit groupe auraient, selon le Président Jonathan, affirmé ne rien savoir de ces attaques, et de sa revendication : « Nous avons contacté d’autres membres du Mend et ils affirment ne rien savoir de tout ça », a t-il déclaré ce week-end.

Le gouvernement directement visé

Les motivations d’un groupe dont la plupart des leaders ont accepté l’accord d’amnistie proposé l’an dernier par le gouvernement nigérian, et dont les attaques ciblaient jusque-là les oléoducs et les bornes d’alimentation du sud du pays, sont aujourd’hui en question.
L’an dernier, le gouvernement signait un accord de cessez le feu avec les rebelles du Delta, offrant argent et amnistie contre la fin des violences. Cet accord a entraîné une baisse significative de la violence et des enlèvements, même si de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer la lenteur avec laquelle le gouvernement remplissait sa part du contrat.

Peu de temps avant les explosions, un communiqué clamant s’exprimer au nom du Mend annonçait que des engins explosifs « avaient été placés avec succès dans et autour du site » des célébrations. Ils condamnent ainsi des célébrations qui n’avaient, selon les terroristes, pas lieu d’être. Ces derniers accusent les responsables du pays d’agir de manière irresponsable, et de piller la terre et les ressources du Delta du Niger. Le Mend affirme en effet se battre pour une plus juste répartition de l’énorme manne pétrolière que cette région génère.

Des divisions à l’origine d’une certaine confusion

L’identité des commanditaires est sans doute à chercher dans les récentes divisions au sein du mouvement terroriste. Celui-ci s’est fractionné en plusieurs factions dont certaines demeurent opposées à toute amnistie. Il apparaît donc possible qu’une de ces factions ait pris la liberté de revendiquer les attentats au nom du groupe tout entier.
L’attaque soulève d’autres questions. En effet, l’absence des dignitaires britanniques invités aux célébrations, le représentant de la reine, le duc de Gloucester ainsi que l’ancien Premier Ministre Gordon Brown, jette le doute sur ce que les autorités nigérianes savaient vraiment de ces attaques. Le gouvernement aurait été alerté cinq jours auparavant par un message du groupe. Et, selon les services secrets, six attentats qui auraient dû avoir lieu mercredi, dans le quartier où se trouvent la résidence présidentielle, le parlement et la Cour suprême, ont pu être déjoués.

Le manque coordination entre le président Jonathan et le gouvernement fédéral est fortement pointé du doigt pour expliquer ce qui est ressenti comme un véritable manquement à la sécurité du pays.