Amnesty International dénonce les exactions d’avril dernier au Togo

Comme l’on pouvait s’en douter, le rapport d’Amnesty International sur le Togo publié, mercredi dernier, et qui s’appuie sur les témoignages des réfugiés togolais confirme que des exactions ont été commises par l’Exécutif togolais avant et après les élections présidentielles du 24 avril dernier. La responsabilité indirecte de la France est mise également en exergue.

« Au lendemain de la mort en février 2005, du Président Gnassingbé Eyadéma qui a dirigé le pays durant trente-sept ans, son fils Faure Gnassingbé a été élu à la suite d’un scrutin entaché d’irrégularités et de graves violences. […] Dans les jours qui ont suivi l’élection présidentielle du 24 avril 2005, les forces de sécurité togolaises aidées par des milices proches du parti au pouvoir – le Rassemblement du peuple togolais (RPT) – s’en sont violemment prises à des opposants présumés ou à de simples citoyens en ayant recours à un usage systématique de la violence. Jamais, depuis l’élection présidentielle de 1998, la répression n’a été aussi brutale. Cela montre la détermination d’une famille aux commandes de l’État depuis près de quatre décennies de se maintenir à tout prix au pouvoir ».

Le pouvoir à tout prix

Ce sont par ces quelques lignes que débute le rapport publié, le 20 juillet dernier, par Amnesty International sur le Togo intitulé Togo : l’histoire va-t-elle se répéter ? Les 25 pages du document s’appuient notamment sur les témoignages de quelques uns des 30 000 réfugiés togolais qui ont trouvé asile au Ghana et au Bénin à la suite des élections du 24 avril dernier. Leurs témoignages confirment les exactions qui avaient déjà été dénoncées, à plusieurs reprises, par l’opposition et la Ligue togolaise de défense des droits de l’homme. Le nombre des victimes de ce pouvoir, après les élections présidentielles, est estimé par la Ligue à plus de 800 personnes. Une estimation que les autorités togolaises s’emploient à rendre délicate à effectuer en laissant des consignes strictes à ceux qui détiennent l’information. Pour ce qui est des victimes, personne ne semble avoir été épargné dans ce mouvement de répression dont bien évidemment les membres de l’opposition, objet d’une véritable chasse aux sorcières, ont été des cibles de choix.

Comme ce membre du Comité d’action pour le renouveau (CAR), l’un des partis de la coalition de l’opposition togolaise qui sera agressé à son domicile de Tokoin Séminaire par une « quinzaine de militaires » au lendemain des élections présidentielles. Même si ces témoignages ont été plus difficiles à obtenir, des femmes que l’on soupçonnait de soutenir des opposants auraient été également violées. L’âge n’y fait rien, les miliciens, indique le rapport, feront subir les derniers outrages à une femme âgée de 80 ans dans un village situé près d’Atakpamé (centre du pays). En somme, elles auront été nombreuses ces victimes innocentes. Parmi elles, le (très) jeune Soulagbo Kodjovi Agossou. Selon un témoignage, il a trouvé la mort, à 14 ans, à Kpemé, (près d’Anecho dans le sud du pays), à la suite des coups qui lui ont été administrés par des soldats togolais. Les exemples de ce genre se multiplient tout au long du rapport d’Amnesty qui prend à parti, outre le gouvernement togolais, la France qu’elle invite dorénavant à être plus circonspecte dans ses amitiés. Elle qui apporte son soutien technique dans le cadre d’un accord de coopération militaire avec le Togo.

La France doit s’assurer que son « aide matérielle » ne sert pas à violer les droits fondamentaux

« La France doit s’assurer que les matériels de sécurité et de police qu’elle fournit et la formation qu’elle dispense ne sont pas utilisés pour commettre des violations des droits fondamentaux », peut-on lire dans le rapport Amnesty International. L’organisation a constaté que des balles en caoutchouc et un gaz lacrymogène utilisés lors des mouvements de répression était de fabrication française. Selon elle, l’aide matérielle militaire accordée au Togo par la France, entre 1989 et 2002, est estimée à plus de 60 millions de francs (un peu plus de 9 millions d’euros). Des chiffres sur lesquels le gouvernement français reste souvent flou.

Exemple en 1999, alors que les rapports parlementaires avançaient le chiffre de 5 millions de francs, le ministre des Affaires étrangères, interrogé par un parlementaire, donnait un chiffre deux fois plus important. Les balles fournies par l’armée française auront ainsi peut-être servi à mâter les nombreux opposants au régime dont le quartier de Bè (situé dans la capitale Lomé) est l’un des fiefs. Interrogé sur le rapport lors du point presse de mercredi dernier, le quai d’Orsay a affirmé que « dans sa relation bilatérale avec le Togo, la France contribue depuis plusieurs années au renforcement de l’Etat de droit ». Par ailleurs, les « militaires français sont présents sur le territoire en vertu d’accords passés avec les autorités togolaises. Ils n’effectuent aucune mission sur le territoire togolais ». Nous sommes heureux de l’apprendre !