
C’est une onde de choc qui parcourt les marchés d’Adjamé jusqu’à Cocody. L’attiéké, pilier incontesté de la gastronomie ivoirienne et produit d’exportation stratégique, fait face à une menace sans précédent. Un virus ravageur du manioc, venu d’Afrique de l’Est, progresse vers les zones de production nationales, faisant planer le spectre d’une pénurie généralisée et d’une explosion des prix.
Une menace venue de l’Est
Le coupable a un nom scientifique complexe, mais les conséquences de son passage sont terriblement simples : la destruction systématique des plantations de manioc. Ce virus, identifié par les experts agronomiques comme une variante agressive de la striure brune du manioc, la souche ougandaise du virus de la mosaïque du manioc (EACMV-Ug) a déjà fait des ravages dans la région des Grands Lacs et atteint maintenant l’Afrique de l’Ouest.
Contrairement à d’autres maladies, ce virus s’attaque directement aux tubercules, les rendant impropres à la consommation et, par voie de conséquence, à la transformation en semoule d’attiéké.
Un secteur économique en apnée
En Côte d’Ivoire, l’attiéké n’est pas un simple repas ; c’est une industrie qui fait vivre des centaines de milliers de familles, des planteurs aux transformatrices (les célèbres «productrices de Grand-Lahou» ou de Dabou), jusqu’aux vendeuses de rue. Ce plat emblématique a même été inscrit en 2024 au Patrimoine mondial immatériel par l’UNESCO.
« Si le manioc vient à manquer, c’est tout notre équilibre qui s’effondre », confie Fatou, une transformatrice installée à Bingerville. « Le prix du sac a déjà commencé à fluctuer par anticipation. On a peur que le manioc devienne un produit de luxe. »
La riposte s’organise
Face à l’urgence, les autorités ivoiriennes et les instituts de recherche (comme le CNRA) sont sur le pied de guerre. Plusieurs axes de riposte sont déjà déployés : surveillance accrue par un contrôle strict du mouvement des boutures de manioc, pour freiner la propagation du virus ; mise au point accélérée de variétés de manioc résistantes au virus ; campagnes d’information auprès des agriculteurs pour identifier les premiers signes de la maladie et isoler les foyers d’infection.
L’enjeu de la sécurité alimentaire
Au-delà de l’aspect culturel, c’est la sécurité alimentaire du pays qui est en jeu. L’attiéké est la source de glucides la plus accessible pour une grande partie de la population. Une baisse drastique de la production pourrait entraîner une inflation sur les produits de substitution comme le riz ou l’igname, alourdissant le panier de la ménagère.
Pour l’heure, les stocks sur les marchés restent stables, mais le compte à rebours est lancé. Les prochains mois de récolte seront décisifs pour savoir si la Côte d’Ivoire parviendra à sauver son « or blanc ».



