Aider les petits fermiers à nourrir le continent africain

Alors que le sommet de l’Union Africaine sur l’agriculture s’ouvre en Libye, les bailleurs de fonds veulent attirer l’attention des participants sur le rôle que les fermiers à la tête de petites exploitations – pour la plupart des femmes- peuvent jouer pour nourrir leur communauté.

L’agriculture est considérée comme une « urgence » qui mérite autant d’attention que la crise financière mondiale, selon Kate Norgrove du bureau d’OXFAM à Dakar, au Sénégal. « Près de 9 000 milliards de dollars ont été injectés dans le secteur financier mondial depuis janvier 2009, contre quatre milliards de dollars versés pour l’aide publique au développement pour l’agriculture dans le monde. Ce n’est pas grand chose quand on pense à l’ampleur du problème ».

Le déclin de la production, qui se poursuit depuis des décennies, a poussé de plus en plus de familles dans des situations de faim et de maladies, selon l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA).

L’AGRA a calculé qu’en 1980, 18 pour cent de l’aide publique au développement était allé à l’agriculture, contre quatre pour cent en 2006.

Les petits fermiers portent toute la charge de ces baisses, selon Oxfam UK. Dans un récent rapport, l’organisation non-gouvernementale (ONG) a noté que les Etats-Unis et l’Union Européenne avaient investi moins de trois dollars par petite exploitation dans les pays pauvres, entre 1986 et 2007.

« La moitié de ces fermiers ne produisent pas assez pour nourrir leur famille », a déclaré Namanga Ngongi, le président d’AGRA, à IRIN. « Les exploitants de petites fermes ne sont pas organisés et n’ont pas voix au chapitre concernant la politique agricole de leur gouvernement ».

Plus de 70 pour cent des Africains dépendent de l’agriculture pour vivre, selon les Nations Unies. En Afrique subsaharienne, les gens ont manifesté durant ces dernières années contre l’augmentation des prix des intrants agricoles, de la nourriture et du carburant ; pour beaucoup, les prix restent trop élevés.

Révolution à petite échelle

M. Ngongi d’AGRA a précisé que s’il reconnaissait que le terme “révolution verte” rappelait des souvenirs d’investissements agricoles ayant échoué, « fuir les mots ne résoudrait pas les problèmes de productivité. Nous ne pouvons pas tourner autour du pot. Les problèmes de l’agriculture de l’Afrique nécessitent des investissements massifs – rien de moins qu’une révolution ».

Les solutions doivent être adaptées aux besoins des petits producteurs, a-t-il ajouté. Si des plus petits lots d’engrais, de semences et d’outils étaient disponibles, de plus nombreuses personnes, qui ne peuvent se permettre d’acheter que de petites quantités, pourraient les acquérir.

Les lots déjà emballés, qui pèsent jusque 100 kilos, ne sont pas à la portée des fermiers – le plus souvent des femmes – qui voyagent dans des conditions précaires, sur de longues distances et sur des routes chaotiques, a précisé M. Ngongi à IRIN.

Selon M. Ngongi, les fermiers doivent désormais parcourir de longues distances pour chercher des semences et de l’engrais parce qu’il n’y pas assez de revendeurs dans les zones rurales. « Dans l’ouest du Kenya, où AGRA a mis en place des programmes de gestion agricole pour former des revendeurs, les fermiers parcourent maintenant quatre kilomètres pour acheter des intrants, au lieu de 17 kilomètres [dans les zones non concernées par les programmes] ».

Selon AGRA, les gouvernements à court de ressources financières ne sont pas capables de garantir les prêts aux petits fermiers. « Les banques ont besoin d’assurance contre le risque », a souligné M. Ngongi, décrivant un programme d’assurance pour les prêts au Kenya, soutenu par l’AGRA et le Département britannique pour le développement international (DFID), programme qui a autorisé le prêt de 50 millions de dollars à des petits fermiers, durant trois ans.

Dans un récent rapport sur les transferts d’argent dans le sud du Niger, l’ONG britannique Save the Children a écrit : « fournir des intrants agricoles n’est pas suffisant pour aider les ménages les plus pauvres à augmenter leur production alimentaire. Ces apports doivent s’accompagner de soutien économique [argent ou nourriture] pour que les adultes capables physiquement de travailler puissent passer suffisamment de temps à cultiver leurs propres champs ».

Source IRIN