Ahmadinejad à Alger

Mahmoud Ahmadinejad, dont le pays était il y a encore peu considéré comme le banquier des groupe terroristes islamistes algériens, est en visite officielle à Alger depuis lundi. Au menu des discussions : nucléaire civil, situation dans le Golfe mais surtout économie, selon les journaux algériens.

Rien n’est simple dans les relations entre Alger et Téhéran. Le président Bouteflika a bien pris la défense de son homologue iranien, dans le dossier du nucléaire civil, en vertu du droit défendu par l’Algérie des pays en développement à avoir accès à cette technologie atomique à des fins pacifiques. Mais Alger n’en a pas moins annulé de façon cavalière, en janvier dernier, une visite officielle de Mahmoud Ahmadinejad, alors de retour d’une tournée en Amérique latine. La posture fanfaronne du président iranien avait peut-être gênée la présidence algérienne, qui a mis du temps à normaliser ses relations avec les capitales occidentales et est considérée par Washington comme « un allié œuvrant pour la paix et les solutions négociées ».

L’Iran, ses banques et le terrorisme

L’Algérie et l’Iran s’étaient attachés depuis quatre ans déjà à mettre à plat l’objet du blocage, depuis le début des années 1990, de leurs relations diplomatiques : l’appui présumé de Téhéran aux groupes islamistes algériens. Abdelaziz Bouteflika, après avoir tenté de faire la paix avec les islamistes de son pays, dans le cadre de la charte sur la réconciliation national, avait effectué une visite d’Etat en octobre 2003 auprès de Mohammad Khatami. Celui-ci lui a rendu la pareille une année plus tard, se réjouissant du « tournant dans les relations historiques et fraternelles entre les peuples algérien et iranien ».

Depuis plusieurs mois déjà, les banques iraniennes s’intéressent au marché algérien et à la bonne santé financière de ce pays pétrolier et gazier. Au point que le site Iran-Resist (opposants) se demandait fin 2006 si le « pouvoir algérien » ignore que « les banques déficitaires du régime des mollahs sont dans le collimateur du Trésor américain qui les accuse de financer le terrorisme ». Ou si la volonté d’Alger, dans un réflexe populiste, est de s’afficher avec une République islamiste, soutien du hezbollah.

La « méthode chinoise »

Pour Liberté, la diplomatie iranienne a simplement adopté avec Alger la « méthode chinoise », qui consisterait dans « une ouverture économique laissant de côté les divergences d’approche sur les questions politiques ». Le quotidien algérien cite pêle-mêle l’ouverture récente du bureau de représentation de la compagnie automobile Iran Khodro dans la capitale algérienne, le protocole d’accord signé entre deux sociétés algériennes et iraniennes d’une chaîne de montage de minibus ou la construction du siège de la nouvelle ambassade iranienne. Tout en précisant que le niveau des échanges bilatéraux entre les deux pays n’est actuellement que de sept millions de dollars.

Mahmoud Ahmadinejad viendrait avec trois autres projets dans sa besace : celui de l’ouverture de la fameuse banque iranienne, d’une ligne aérienne directe entre les deux capitales et de velléités dans le bâtiment algérien. Un secteur en plein boom dont profitent déjà à plein les sociétés chinoises de construction. Le Quotidien d’Oran évoque également l’intérêt iranien pour les secteurs agricoles et énergétiques.