Afrique sub-saharienne : les sols s’épuisent

La sécurité alimentaire, déjà mise à mal en Afrique sub-saharienne, risque de s’aggraver avec l’appauvrissement des sols, selon une étude récente du Centre international pour le développement des engrais (IFDC). Quatre vingt pour cent des surfaces agricoles sont déjà concernées par ce phénomène cumulatif et nocif pour le développement du continent.

La sécurité alimentaire est une problématique majeure en Afrique sub-saharienne et elle le sera encore longtemps si l’on considère toutes les menaces qui pèsent sur cette partie du continent africain. Alors qu’elle manque d’eau et que la sécheresse, avec le réchauffement climatique, plane sur elle comme une épée de Damoclès, un troisième menace se précise. L’appauvrissement et la dégradation de ses sols. Un phénomène qui n’est absolument pas nouveau. Quatre-vingt pour cent des surfaces agricoles, principalement en Afrique de l’Ouest et de l’Est, sont concernées et la situation pourrait « empirer », selon Julio Henao, biométricien de niveau supérieur au Centre international pour le développement des engrais (IFDC), l’un des auteurs d’une étude récente sur la question. Elle sera officiellement présentée en juin prochain au Nigeria lors d’une rencontre sur le sujet co-organisée par l’IFDC et le Nepad [[Nouveau partenariat pour le développement en Afrique]].

L’épuisement des sols : un cercle vicieux

Comme beaucoup de maux en Afrique, la misère dans laquelle vivent les populations rurales est en partie responsable de la situation. L’agriculture, qui est sur le continent, la principale activité économique (elle occupe plus de 60% de sa population) demeure incapable de nourrir son homme. Les sols souffrent d’un cruel déficit en nutriments, à savoir l’azote, le phosphore et le potassium (APK), parce que les agriculteurs n’utilisent pas les fertilisants qui pourraient leur en apporter. Et le peu d’éléments nutritifs dont les terres disposent est, chaque année, prélevé du fait de la poursuite d’une activité agricole qui n’atteint pas ses objectifs. Chaque année, « les surfaces arables perdent entre 30 et 60 kg de nutriments par hectare et par an alors qu’ils reçoivent moins de 10 kg de fertilisants par hectare et par an », explique Julio Henao. L’épuisement des sols va donc en s’accroissant. Les pays les plus touchés sont la Guinée, le Congo, l’Angola, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda. L’autre cause principale de l’appauvrissement des sols est l’érosion provoquée par les pluies et les vents comme l’harmattan. Autrement, l’agriculture africaine déjà peu productive génère une dépendance alimentaire de la région qui est obligée d’importer des aliments, plus particulièrement des céréales, pour couvrir ses besoins. « Et tant que l’Afrique consacrera ses ressources à importer des céréales, elle ne pourra en faire usage dans d’autres secteurs, note le biométricien. Conséquence : une croissance économique sévèrement entravée.

Les solutions préconisées par l’étude sont bien évidemment techniques. A savoir l’utilisation, à bon escient de fertilisants, notamment ceux d’origine organique, pour faire face à l’épuisement des éléments nutritifs du sol. Une démarche qui nécessite de trouver un juste milieu entre l’amélioration de la productivité agricole et le fait de compenser le déficit en nutriments accumulé. Mais la solution est surtout politique. D’abord parce qu’il s’agit pour les Etats concernés d’aider les paysans à accéder plus facilement et à un prix abordable à des fertilisants agricoles. Et ensuite parce que l’apport d’engrais doit s’inscrire dans une démarche qui prend en compte, entre autres, la conservation des sols et le recyclage des déchets des cultures. Ce n’est pas la première fois que l’IFDC fait état de cette menace qui pèse sur le continent, une étude similaire avait déjà été publiée en 1999, sa nouvelle version sonne encore une fois l’alarme sur l’urgence de sortir de ce cercle vicieux handicapant pour l’avenir.