Afrique : pas de répit pour la diplomatie chinoise !

L’Empire du milieu continue de séduire les pays africains. Li Zhaoxing, le ministre chinois des Affaires étrangères, a consacré les premiers jours de ce mois de janvier 2007 à «resserrer» ses liens diplomatiques et commerciaux avec sept d’entre-eux. En République Centrafricaine ce vendredi, l’Erythrée et le Mozambique seront les deux prochaines étapes de son périple africain commencé dimanche dernier.

A peine l’année 2007 entamée, la Chine poursuit son offensive africaine. Le Bénin, la Guinée Equatoriale, la Guinée-Bissau, le Tchad, la République Centrafricaine – où le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing est arrivé ce vendredi -, l’Erythrée et le Mozambique sont les étapes d’une tournée qui a débuté dimanche dernier. La formule est toujours la même : « des cadeaux « , dons et allègements de dette, contre des contrats commerciaux qui lui assureront la fourniture en ressources naturelles, indispensables à sa croissance économique. En tête de liste : le pétrole. Ainsi, en Guinée Equatoriale, troisième producteur africain d’or noir, Li Zhaoxing a annoncé l’annulation d’une partie de la dette de ce pays, soit 75 millions de dollars (57 millions d’euros). Le Tchad a bénéficié d’un traitement similaire avec une remise de dette de 81 millions de dollars. Le pays, qui produit aussi du pétrole, vient en outre de rompre ses relations diplomatiques avec Taïwan, la bête noire de la Chine.

La Chine a besoin de ses partenaires africains

Le responsable chinois avait promis auparavant au Bénin, sa première étape, une aide de 36 millions de dollars. En Guinée-Bissau, où il a achevé sa visite officielle, jeudi, il a signé un accord de coopération économique et technique. Ce dernier autorise l’entrée sur le marché chinois de 442 produits à des tarifs préférentiels. La Chine lui a également fait un don de 3 millions. Si les intérêts chinois pour ces pays sont moins évidents, il n’en demeure pas moins qu’ils existent. Car Pékin compte aussi sur le soutien africain pour s’imposer sur la scène internationale, notamment aux Nations Unies, et isoler Taïwan. Ils ne sont plus que 3 pays africains à reconnaître l’Etat.

L’opération de charme chinoise se poursuivra en Erythrée et au Mozambique. Preuve que la Chine s’attèle toujours à intensifier ses relations diplomatiques, mais surtout commerciales avec des pays qui influent indirectement sur sa croissance économique. Pour assurer son approvisionnement en ressources énergétiques – surtout en pétrole, en fer et en manganèse -, les autorités chinoises ont mis en place une stratégie en vue de se garantir les faveurs de certains pays africains.

Un partenariat gagnant-gagnant …au moins pour la Chine

La visite en 2004 du président chinois Hu Jintao au Gabon n’est pas passée inaperçue et, depuis lors, les tournées africaines des responsables chinois se sont faites de plus en plus fréquentes. Pendant les 6 premiers mois de 2006, une quinzaine de pays africains ont été ainsi visités dont le Nigeria, premier producteur africain de pétrole et l’Angola qui vend le quart de sa production à la Chine. En Afrique, les produits chinois trouvent, quant à eux, des acquéreurs sensibles à leurs bas prix, même si ils ne sont pas toujours de bonne qualité.

Ainsi, entre 2001 et 2005 (pour les 10 premiers mois), les échanges commerciaux de la Chine avec les pays africains ont été multipliés par quatre pour atteindre les 45 milliards de dollars (34 milliards d’euros). Environ 30% des importations chinoises de pétrole, 21% de son coton et un tiers de son manganèse proviennent du continent africain. Lors du Sommet Chine-Afrique qui a réuni 35 chefs d’Etats de plus d’une quarantaine de pays à Pékin, début novembre, les firmes chinoises ont conclu des accords pour la bagatelle de 1,9 milliard d’euros avec les entreprises et les Etats africains.

Des intérêts bien compris…

Contrairement à ses homologues occidentaux, la Chine ne fait pas mystère de ses intentions et met en avant un partenariat «gagnant-gagnant». Respect des droits de l’homme, bonne gouvernance ne sont donc pas des critères exclusifs pour coopérer avec les Chinois. Certaines puissances occidentales, comme les Etats-Unis qui soutiennent des gouvernements peu fréquentables, critiquent d’ailleurs la méthode chinoise. Des griefs motivés en partie par le fait que l’Empire du milieu, pour ce qui est du pétrole, marche en Afrique sur les plates-bandes de l’Oncle Sam.

Les Etats africains sont aujourd’hui très réceptifs aux appels du pied de la Chine, autrefois pays frère dans le combat contre le sous-développement. Il s’agit, peut-être aujourd’hui plus que jamais, pour les nations africaines pressées d’en finir avec la pauvreté, de ne pas se faire encore spolier sous le couvert d’une coopération sud-sud. Les Africains ne doivent pas non plus oublier que la Chine est l’un de ses concurrents les plus féroces sur le marché international. De plus, qu’elles soient ou non conditionnées par la transparence dans leur utilisation, les aides chinoises peuvent faire l’objet de détournements si les récipiendaires le décident. Les Chinois et plus particulièrement les Africains, au moins pour une fois, sont conscients que seuls leurs intérêts réciproques comptent. Les leaders africains ne sont pas naïfs. Si c’était le cas, on leur pardonnerait plus souvent.