Afrique Chine : le commerce en plein boom

Les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine ont doublé entre 2003 et 2005. Mais tous les pays du continent ne sont pas logés à la même enseigne, les besoins énergétiques de l’Empire du milieu l’amènant à être principalement attiré par les pays pétroliers. La première compagnie pétrolière offshore chinoise a ainsi annoncé lundi la signature d’un important contrat d’exploration au Nigeria.

De 817 millions de dollars en 1977, la valeur totale des échanges entre l’Afrique et la Chine est passée à dix milliards en 2000, 18,5 en 2003 et sans doute 37 en 2005, selon des chiffres émanant des autorités chinoises. Les échanges sino-africains sont en plein boom, même s’ils ne dépassent pas encore 3% du commerce extérieur chinois. Le commerce sino-européen, en comparaison, a atteint 200 milliards en 2005, représentant 15% du commerce extérieur chinois. L’intérêt porté par la Chine à l’Afrique s’était concrétisé par l’organisation, en 2000, d’un forum de dialogue et de coopération auquel 45 pays du continent ont pris part. Mais l’appétit de l’empire du milieu ne l’amène pas à manger à toutes les tables, puisque c’est de matières premières dont il est friand. Bois, minerais, gaz et par dessus tout, pétrole.

Selon des estimations américaines, la Chine a dépassé le Japon, en 2003, pour devenir le second consommateur de pétrole au monde derrière les Etats-Unis. Nigeria, Angola, Guinée équatoriale, Soudan, Algérie ou encore Libye, Pékin doit dorénavant diversifier ses fournisseurs. De son côté, en 2005, la Chine a envoyé en Afrique des équipements électroniques et des produits de haute et nouvelle technologies. Pékin se vente par ailleurs d’avoir 78 000 ouvriers en Afrique et des investissements directs avoisinant les 175 millions de dollars.

« La Chine n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts »

« Nous sommes un Etat marxiste-léniniste, nous avons derrière nous trente années de relations avec la Chine populaire, et maintenant elle nous ignore pour aller au Gabon. Cela signifie que la Chine n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts », se lamentait déjà en 2004 un diplomate béninois dans les colonnes du quotidien américain Times. Lors de sa visite en Algérie, en Egypte et au Gabon, en janvier 2004, le Président Hu Jintao et son homologue gabonais ont signé un accord de prospection et d’exploitation de pétrole. « La société pétrolière Total-Gabon et le groupe chinois Sinopec (China Petroleum & Chemical Corporation) ont signé un contrat de vente de pétrole brut à la Chine d’un volume d’un million de tonnes, pour l’année 2004, faisant de Pékin le troisième acheteur d’or noir gabonais, derrière les Etats-Unis et la France », selon François Lafargue, chercheur au Centre d’étude français sur la Chine contemporaine (CEFC).

Lundi, la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) a annoncé avoir offert 2,268 milliards de dollars à la compagnie nigériane South Atlantic Petroleum Limited pour acquérir 45% de l’exploitation d’un bloc off-shore, dans le Delta du Niger. Le contrat devrait, dans deux ans, « donner accès à un champ de gaz et de pétrole d’un potentiel énorme », s’est réjoui Fu Chengyu, le directeur exécutif de CNOOC. Un peu plus au sud, dans le Delta du Niger, la Chine est également en concurrence féroce avec les compagnies indiennes et les géants pétroliers de la planète, en Angola. Lundi, le ministre chinois des Transports a annoncé que des travaux destinés à restaurer la ligne ferroviaire qui relie l’Est à l’Ouest de l’Angola, sur 1 300 km, allaient débuter fin janvier. Montant du projet, confié à la société Chinese international fund limited : 300 millions d’euros. En octobre 2004, la Chine a obtenu, en échange d’aides financières, le droit d’acquérir une participation de 50 % dans un gisement – le bloc 18 – détenu auparavant par le pétrolier Shell, indique le CEFC. Un tiers du pétrole angolais part aujourd’hui en Chine, la moitié prenant toujours la direction des Etats-Unis, selon le CEFC.

La Chine est également présente au Soudan, pour l’exploitation du bassin de Muglad, par le biais de la China National Petroleum Company (CNPC), qui détient elle-même 40% du consortium Greater Nile Petroleum Operating Company (GNPOC). L’oléoduc de 1 500 kilomètres construit par la société, et chargé d’acheminer l’or noir du sud du pays jusqu’au terminal portuaire de Marsa al-Bashair, au bord de la Mer rouge, constituerait le plus important investissement chinois à l’étranger. Fort de ces sacrifices, Pékin a menacé à plusieurs reprises en 2004 d’utiliser son droit de veto, au Conseil de sécurité de l’ONU, pour s’opposer à l’adoption de sanctions politiques et pétrolières contre le Soudan dans le cadre du conflit dans le Darfour. La Chine s’est finalement abstenue en l’échange de contreparties diplomatiques, mais permettant l’adoption de la résolution 1564, qui menace Khartoum de sanctions pétrolières.