Accords de pêche entre l’Afrique et l’Europe : un enjeu vital

L’Afrique et l’Union Européenne, unis pour une pêche durable ? Signataires de différents accords de partenariat dans le domaine de la pêche depuis les années 1980, les deux continents tentent, de concert, de réguler les prises et de limiter la surpêche dans les eaux africaines. Mais ces accords ne sont pas toujours équilibrés. Ainsi, une mission du Parlement européen en visite en Mauritanie a entamé, mercredi, des discussions préparatoires d’un nouvel accord de pêche « amélioré » entre l’UE et le pays africain qui s’appliquerait en 2012.

L’Afrique, paradis des pêcheurs ? Considérée comme la zone la plus poissonneuse du monde, les eaux de l’océan atlantique qui bordent le continent africain attirent les chalutiers du monde entier. La bande côtière s’étirant sur 2 000 km entre le Maroc et la Guinée-Bissau reste la plus fréquentée. En tête du palmarès, l’Europe. Entre 1993 et 1997, une moyenne de 240 000 tonnes par an (surtout du thon et des crevettes) ont quitté les côtes africaines pour rejoindre le marché européen. Malgré de nombreux accords de partenariat dans le domaine de la pêche (APP) signés entre les pays membres de l’Union Européenne et les pays côtiers africains depuis les années 1980, la baisse des ressources halieutiques semble imparable.

Alors que « le potentiel maximal de prélèvement sur les stocks naturels des océans de la planète a probablement été atteint », selon le dernier rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) sur la situation de la pêche dans le monde, publié en 2008, ces accords de partenariat paraissent prometteurs. Ils permettent d’établir une somme forfaitaire qu’un Etat doit verser au pays africain détenteur des eaux. Il obtiendra, en contrepartie, le droit de pêcher un quota fixe de poissons. Cette somme est prélevée sur le budget de la Communauté Européenne. Selon la FAO, de tels droits représentent environ 15 % du budget national de la Mauritanie et 30 % de celui de la Guinée-Bissau. Ils stipulent le nombre d’observateurs présents sur chaque bateau et le nombre de travailleurs locaux devant être engagés par les navires étrangers.

Les APP se sont considérablement développés ces 30 dernières années. Le premier a été signée en 1980 entre le Sénégal et l’Union Européenne. Leur principale justification tenait historiquement à la complémentarité entre des pays en développement disposant de ressources abondantes, et des pays développés confrontés à un problème de surcapacité. Ils sont calculés différemment en fonction du nombre de navires et des quantités de poisson pêchées par les pays partenaires. Dès 1990, on dénombrait près de 800 navires européens pêchant dans les eaux des pays africains, assurant l’approvisionnement de près de 25 % du marché communautaire. En 1997, la contrepartie versée par la Communauté européennes dépassait les 295 millions d’euros. Aujourd’hui, suite à une réduction du nombre d’accords, elle ne dépasse pas les 160, 5 millions d’euros dont 150 millions d’euros à destination de l’Afrique de l’Ouest.

Une régulation difficile

Qu’ils soient entre l’Afrique [[Maroc, Mauritanie, Sénégal, Cap-Vert, Guinée, Guinée Bissau, Gambie, Gabon, Sierra-Léone, etc.]] et l’Europe [[Espagne, Portugal, Grèce, Italie, Pays-Bas, Royaume-Unis, France, etc.]], l’Afrique et le Japon, le Sénégal et la Mauritanie, ces APP n’ont qu’un seul dessein : organiser et réguler les activités de pêche au niveau international et pallier la baisse des ressources halieutiques. Quinze protocoles d’accords de ce type sont actuellement en vigueur. Les plus importants, en termes de poids financiers et de quotas de pêche, concernent la Mauritanie (2008-2012, 80 millions d’euros par an), le Maroc (2007-2011, 36,1 millions d’euros par an), la Guinée-Bissau pour (2007-2011, 7 millions d’euros par an) et les Seychelles (2005-2011, 5,35 millions d’euros par an).

Une régulation qui ne s’effectue pas sans problèmes. Entre le Sénégal et la France, le dernier accord, signé en 1997, a expiré en avril 2001. Il a été prorogé deux fois pour permettre la poursuite des négociations. Négociations qui ont traîné sans pour autant déboucher sur un accord. En janvier, le Sénégal a finalement interdit aux navires de l’UE de pêcher dans ses eaux territoriales. Quant au Sierra Leone, il a décidé mardi d’interdire tous les navires de pêche étrangers dans ses eaux territoriales afin de combattre la pêche industrielle illégale qui pénalise la pêche artisanale.

Néanmoins, en dépit des tensions récurrentes, des ajustements continuent d’être opérés de façon concertée. Ainsi, une mission du Parlement européen a entamé, mercredi, les discussions préparatoires d’un nouvel accord de pêche « amélioré » entre l’Union européenne et la Mauritanie. L’actuel APP, qui arrivera à terme le 31 juillet 2012, autorise des navires des pays européens à pêcher dans les eaux mauritaniennes, en contrepartie du versement d’une aide de 305 millions d’euros sur quatre ans au secteur de la pêche national. Mais les Mauritaniens souhaitent que cette aide augmente, en direction en particulier des équipements et infrastructures portuaires, afin que l’accord soit «plus équilibré», a expliqué sur place l’eurodéputée espagnole Carmen Fraga.

Quelles que soient les insuffisances et les limites des APP, ils ont le mérite de prendre en compte les intérêts des deux continents, au niveau économique, social et environnemental.