Abidjan sous haute tension

Les partisans de Laurent Gbagbo battent le pavé depuis quatre jours dans la capitale économique ivoirienne. Les manifestations anti-françaises sont quotidiennes et le silence du président ivoirien laisse planer de sérieux doutes sur l’application des Accords de Marcoussis.

A Abidjan, la température monte chaque jour d’un cran depuis la signature des accords de Paris, le 21 janvier dernier. Depuis dimanche, les manifestations sont quotidiennes. Les jeunes patriotes du Front populaire ivoirien (FPI), partisans de Laurent Gbagbo, battent le pavé, scandant des slogans anti-français.  » Là, ça s’est un peu calmé, témoigne une Abidjanaise. A part les Français, tout le monde est retourné au travail ce mercredi. Les magasins ont protégé leurs vitrines avec des fortifications en dur, le commerce reprend un peu. Mais en zone 4, où il y a une très forte communauté française, les gens se font agresser par des petits jeunes excités. C’est surtout verbal, pour le moment…  »

Après la grande manifestation de lundi, ils étaient environ 8 000 à s’être réunis mardi matin devant l’ambassade américaine. Sur les pancartes :  » Bush, nous avons besoin d’aide. Chirac est un criminel « . Le fossé entre Abidjan et Paris se creuse dans la rue. Plus grave, à Agboville, à 80 kilomètres de la capitale économique ivoirienne, des émeutes entre Dioulas – l’ethnie majoritaire au Nord – et Abbeys, plus présents au Sud, auraient fait entre 5 et 10 morts. Le calme est revenu dans la nuit de mardi à mercredi, après l’intervention de la gendarmerie nationale. La tension reste forte.

Accords et suspense

Les accords de Linas-Marcoussis sont en suspend. Les propos ambigüs de Laurent Gbagbo, qualifiant lundi ces accords de simples  » propositions « , laissent planer de sérieux doutes sur leur application. Paul Yao N’Dré, ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, a été plus loin en comparant Marcoussis à  » coup d’Etat constitutionnel « . En visite au Togo mardi soir, il aurait demandé au président Eyadéma d’intervenir pour relancer les négociations avec Paris. Parmi les opposants aux accords, on trouve surtout les Forces loyalistes de l’armée ivoirienne, qui ont fait savoir à Laurent Gbagbo qu’elles refuseraient de s’y soumettre si les portefeuilles de la Défense et de l’Intérieur devaient revenir aux rebelles du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire, comme il en a été décidé à Marcoussis.

Le chef de l’Etat ivoirien doit se prononcer à nouveau devant ses concitoyens ce mercredi 29 janvier. Suspense. Laurent Gbagbo ira-t-il dans le sens de la mise en place des accords de Marcoussis, comme l’espère Paris, ou les dénoncera-t-il, faisant écho à ses partisans ?  » On attend tous le discours du président « , explique notre interlocutrice. D’ici-là, la situation s’envenime et les jeunes patriotes clament de plus en plus violemment leur mécontentement. Ce matin, le ministre des Affaires étrangères français, Dominique de Villepin, a évoqué la possibilité d’un rapatriement massif des 20 000 Français de Côte d’Ivoire. Ces propos, immédiatement démentis par Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, témoignent s’il en était besoin de l’atmosphère de crise qui s’est emparée d’Abidjan.