A quoi peut bien servir cette nouvelle médiation africaine dans la crise post-électorale ivoirienne ?

Dans son « Esprit », cette « dernière » médiation diplomatique menée à nouveau par l’Union Africaine a pour objectif de trouver une issue pacifique et diplomatique à la crise post-électorale qui paralyse tout le pays. Ce collège de chefs d’Etat devra après un mois rendre un « avis contraignant » sur le plan légal. Cette terminologie fait sourire tous les observateurs de la vie politique ivoirienne.

Selon le président de la commission de l’Union Africaine, il s’agit « d’amener Alassane D. Ouattara à exercer le pouvoir par la négociation ». Comment vont-ils procéder pour y arriver ? Gbagbo l’a maintes fois répété : « ne comptez pas sur moi pour quitter le pouvoir. J’y suis et j’y reste ». À la fin de son interview avec le journaliste français de Canal plus il y a quelques semaines de cela, il a dit : « Je suis prêt à mourir pour défendre mes idées »…. et son fauteuil ! Tous ceux qui ont précédé ce panel de chefs d’Etat se sont bien rendus compte de sa détermination à conserver ce pouvoir acquis dans la douleur et préservé dans le sang au prix de nombreuses vies humaines. Plusieurs éléments le confortent davantage dans son refus de céder la place au président élu et reconnu par la communauté internationale.

D’abord, la division des chefs d’Etat africains concernant la pertinence d’une intervention armée légitime pour le déloger.
Deuxièmement, plusieurs ultimatums avec des dates butoirs lui ont été adressés et n’ont pas été suivis d’effet.

Troisièmement, le soutien de l’Afrique du Sud, véritable poids lourd sur le continent, qui propose naïvement ou de manière démagogique et hypocrite de recompter les bulletins de votes. Jacob Zuma, qui règle ses propres comptes avec l’apartheid à travers le discours démagogique et anti colonialiste de L. Gbagbo, sait très bien que cette solution n’est pas recevable. En effet, depuis la fin du scrutin du deuxième tour, les bulletins de vote ont été remis au Conseil Constitutionnel présidé par un proche de Gbagbo. Aucun moyen de sauvegarde de ces pièces n’a été mis en place et il faudrait être complètement crédule et dupe pour ne pas comprendre la manœuvre : on a pu faire ce qu’on a voulu de ces bulletin ! Gbagbo dit qu’il y a eu des fraudes massives dans plusieurs départements favorables au candidat ADO. De ce fait les différents médiateurs lui ont donc proposé de refaire le deuxième tour dans ces départements ou sur l’ensemble du territoire. Il a tout simplement refusé. (S’il perdait encore…) Par contre, il propose qu’on recompte les bulletins de votes gardés bien « au chaud » par ses partisans. Personne ne peut accepter cette mascarade. Pendant cinq ans, il a tout fait pour ne pas aller aux élections. Il les a repoussées le plus longtemps possible. Devant les caméras du monde entier, tout a été fait pour empêcher la proclamation des résultats, puis il a refusé sa défaite. Pourquoi ne pourrait-il pas manipuler les bulletins en sa faveur ? Il est prêt à tout pour garder ce pouvoir. Même un « Gaou » ne peut accepter cette proposition « piégée ».

Quatrièmement, il sait que le temps joue en sa faveur et que les évènements politiques mouvementés dans le Maghreb et dans l’ensemble des pays arabes (Jordanie, Yémen, Syrie etc) ainsi que les différentes élections présidentielles à venir sur le continent, vont détourner l’attention de la communauté internationale. La Centrafrique vient d’ouvrir le bal macabre des crises post-électorales depuis l’annonce de la victoire du président sortant Bozizé par la CEI. L’opposition conteste déjà ces résultats provisoires. Dans un effet de mimétisme ou de contagion, voilà que le président égyptien se « Gbagboïse » en refusant à son tour de quitter le pouvoir en disant, « je mourrai sur la terre d’Egypte… », proférant lui aussi des vindictes anti-occidentaux. Le problème c’est que Moubarak au pouvoir depuis 30 ans, reçoit chaque année plus d’un milliard et demi de dollars des USA et avait jusqu’à maintenant le soutien inconditionnel de toute la communauté internationale, qui le choyait pour son rôle déterminant dans le conflit israëlo-palestinien. Voilà de quoi occuper la communauté internationale et laisser du temps à Gbagbo selon ses calculs. Que peut donc faire ce comité de chefs d’Etat face à cette situation de décrépitude ivoirienne ?

Qu’est ce qui va se passer après l’échec de cette « dernière » médiation ?

La situation est donc figée à tous les niveaux comme un « arrêt sur image ». D’abord au niveau politique, cela fait maintenant plus de deux mois que ces nombreuses médiations et négociations ont été effectuées et sont restées vaines. Ensuite, sur le plan économique, les sanctions imposées par la communauté internationale semblent produire des effets relatifs, et le clan Gbagbo gagne du temps grâce à toutes ces médiations dont on sait d’avance qu’elles sont sans issue. Il s’organise donc en conséquence. Certains observateurs politiques pensent que le FPI avait déjà préparé cette confrontation politique avant les élections, sachant pertinemment qu’il n’avait aucune chance de battre un candidat du RHDP soutenu à la fois par le RDR et le PDCI, représentant la plus grosse partie de la masse électorale ivoirienne. La combinaison de ces deux paramètres risque d’engendrer une crise sociale majeure en passe de devenir explosive. De ce fait, nous rentrerions dans une grande zone d’incertitude qui pourrait peut-être décanter la situation. Il resterait alors une inconnue à ce « Big-Bang » post-électoral ivoirien. À qui profiterait-il ? Sûrement à la partie qui aura anticipé et prévu la gestion de ce chaos social dont pourrait naître enfin une lueur d’espoir.

Cette tentative de médiation imminente, composée de personnalités aux intérêts divers, est déjà vouée à l’échec. Que peut-elle bien faire de plus que les précédentes ? Le FPI conteste déjà la présence du président Blaise Compaoré dans ce comité. Et si le RHDP faisait de même avec Zuma ou Yoweri ? Mieux encore, la nomination du président de la Guinée-Bissau à la tête de cette noble assemblée africaine, a de quoi glacer le sang de tous les démocrates africains et du monde entier. Depuis sa prise de pouvoir en 1979, il n’a pas fait rayonner son pays en matière de démocratie, de droit de l’Homme et des libertés individuelles et collectives. Alors le délai d’un mois imparti à cette médiation dont on sait déjà comment elle va se terminer, pose de nombreuses questions. Notamment, que vont faire Jacob Zuma de l’Afrique du Sud qui n’a pas encore pansé les blessures de ses combats contre l’apartheid, et Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986 en Ouganda qui ne pense qu’à sa propre crise post-électorale à venir tout en reconnaissant la victoire du président élu Ouattara ? Qu’est ce qui va se passer après l’échec de cette « dernière » médiation, sachant que l’option armée semble écartée ? Que peuvent se dire le président Ouattara et l’ex-président Gbagbo si ce comité arrive à organiser un dialogue direct ? On imagine mal l’un et l’autre accepter enfin ce qu’ils ont toujours refusé ouvertement. Le président Ouattara a toujours refusé le recomptage des voix qui est un véritable piège grossier. C’est un « attrape couillon ». L’ex-président quant à lui, a toujours refusé la reprise des élections dans les départements invalidés par le Conseil Constitutionnel ou sur l’ensemble du territoire. Peut-il y avoir un partage du pouvoir ? Si la communauté internationale, et notamment l’Union Africaine, reconnaissent ADO comme président élu, Gbagbo peut-il accepter d’être Premier-Ministre, voire vice-président (même si cette fonction n’est pas prévue par la constitution) ? Cela paraît vraiment utopique et crée davantage d’incertitudes et de préoccupations. Peut-être qu’il va falloir attendre après le rapport de ce comité, encore un mois pour prendre une décision et combien de mois encore pour agir enfin ? Nous le savons, si la situation avait été inversée, L.Gbagbo se serait déjà installé au palais présidentiel avec, « mille mort à gauche et mille mort à droite » comme il le dit lui-même en faisant fi des vies humaines.