23 octobre 2014 / Mis à jour à 21:23 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Egypte - France - Politique - Conflit social
Les Egyptiens de France transforment Paris en « mini-Tahrir »
Des manifestants égyptiens à Paris dans le quartier de Belleville

A l’occasion du deuxième anniversaire de la révolution du 25 janvier 2011 qui a conduit à la chute de Hosni Moubarak, une centaine d’Egyptiens a manifesté vendredi soir à Paris, dans le quartier populaire de Belleville. Tous comme leurs compatriotes rassemblés sur la place Tahrir, ils ont réclamé le départ du président Mohamed Morsi, dont ils accusent de conduire l’Egypte à sa ruine. Reportage.

« A bas Mohamed Morsi ! » « Justice sociale, pain, liberté, vie digne ! », scandent les manifestants égyptiens en langue arabe, à Paris, dans le quartier populaire de Belleville. Ils sont plus d’une centaine à avoir répondu à l’appel à manifester à l’occasion du deuxième anniversaire de la révolution du 25 janvier 2011 qui a conduit à la chute de Hosni Moubarak.

En colère, les protestataires brandissent plusieurs drapeaux égyptiens. Leurs chants en cœur sont accompagnés par de la musique égyptienne qui résonne dans les rues de la capitale parisienne. Tous comme leurs compatriotes rassemblés sur la place Tahrir, eux, aussi veulent se faire entendre. Et malgré le froid glacial, tous manifestent pour un seul objectif : le départ de Mohamed Morsi, successeur de Hosni Moubarak. Ils estiment que rien n’a changé depuis la chute de l’ancien régime. Au contraire, « Morsi et Moubarak ont la même politique. Le régime actuel est une extension de l’ancien », selon Ayman, grelotant sous le vent glacial de la capitale parisienne.

« Morsi, un bon imam pas un politique »

Sa compatriote Shaliester, qui vit en France depuis 40 ans, va même plus loin : « Le régime actuel est pire que celui de Moubarak ! On a remplacé un pouvoir dictatorial par un pouvoir fasciste au nom de la religion ! C’est inadmissible ! ». Pour la sexagénaire vêtue d’un manteau de fourrure marron, assorti d’un bonnet gris, « les frères musulmans ont accaparé tous les pouvoirs ! Ils règnent au nom d’une religion qui n’est pas la notre. C’est un extrémisme religieux qu’on refuse ! Nous réclamons également un changement de la Constitution qui est une catastrophe ! Il n’y a aucun droit pour les minorités ni pour le peuple égyptien ».

Une situation à laquelle il fallait s’attendre selon Nada car « Morsi est avant tout un bon imam mais pas un président. D’ailleurs, je ne sais même pas d’où il sort. C’est un anonyme que personne ne connaissait ». La jeune étudiante égyptienne, en langues étrangères à l’université de Sorbonne-nouvelle, estime que « l’Egypte doit être dirigé par un libéral pas un religieux ! La Politique n’a rien à voir avec la religion ! » Bien que Nada, qui marche silencieusement au milieu de la foule aux côtés de son amie, soit de confession musulmane, elle est très préoccupée par « le sort des chrétiens coptes » dans son pays d’origine. Ces derniers subissent régulièrement des violences et discriminations.

« Il n’a jamais tenu ses promesses »

« Morsi n’a jamais tenu ses promesses ! », clame pour sa part Avek, qui réside en France depuis 10 ans, après être venu effectuer ses études. Pour le colosse de 1m90, à la voix grave et posée, « l’Egypte marche à contre-sens. Rien n’a été réalisé. Il n’y a que des paroles et des contre-paroles. Et à un certain moment, ce n’est plus acceptable ! »

Même son de cloche pour Hakim, qui scande des slogans en arabe à côté d’un de ses amis, le poing brandit en l’air : « On veut qu’il s’en aille ! Rien n’a changé depuis la chute de Hosni Moubarak ! » Le jeune homme qui arbore une cagoule noire, laissant entrevoir que ses yeux, étaient parmi ceux qui ont manifesté sur la place Tahrir durant les 18 jours qui ont conduit au départ de l’ex-président égyptien. « On a fait la révolution pour plus de justice, de démocratie et de liberté ! Or l’Egypte actuelle ne représente rien de tout cela ! Il n’y a aucune justice ! », affirme le jeune homme qui réside en France depuis à peine un an.

Les protestataires sont en effet nombreux à dénoncer l’injustice qui règne en Egypte. Ils souhaitent que les policiers qui sont impliqué dans la mort des manifestants qui réclamaient le départ de Hosni Moubarak répondent de leurs actes. Un fait que dénonce également l’organisation qui milite pour les droits de l’Homme Amnesty International, présente également à la manifestation.

« Injustice sur injustice »

« L’impunité se poursuit en Egypte. Pendant le soulèvement contre Hosni Moubarak 840 manifestants ont été tués par des policiers. Une enquête a été ouverte mais il n’y a toujours pas de suite. Nous sommes venus pour réclamer que justice soit faite ! », clame la présidente de l’ONG, Geneviève Garrigos. « Les auteurs de ces meurtres, qui avaient été interpellés, ont été relâchés, c’est inadmissible ! », renchérit la blogeuse Shahinaz Abdelsalam, auteur du livre Egypte, les débuts de la liberté (ed.Michel Laffont). Ce qui prouve, selon elle, que « Morsi est Moubarak2 ! Ils sont similaires dans leur façon de diriger le pays ! »

Les conditions de vies en Egypte pour une grande partie de la population sont rudes. L’économie est en piteuse état. La livre égyptienne s’est effondrée, augmentant du même coup le prix des importations. Le chômage, notamment des jeunes, est très élevé. Les attentes des Egyptiens, qui espèrent un meilleur avenir depuis la chute de l’ancien régime, sont donc très grandes. Mohamed Morsi sait qu’il va devoir répondre à leurs attentes pour calmer la contestation à son encontre. En attendant, les révolutionnaires, eux, sont bien décidés à provoquer sa chute.


crédit photo Shahinaz Abdelsalam


 
 


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