Culture - Afrique de l’Ouest - Sénégal - Littérature
L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane
Cheikh Hamidou Kane
Voilà un livre fondateur, où se résument les contradictions vibrantes des héritages différents de l’Afrique contemporaine : héritages socio-culturels liés à l’importance des clans et des familles, héritages spirituels catholiques ou musulmans, apports scientifiques, techniques, politiques, des traditions occidentales.

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  mardi 18 avril 2000 / par Khaled Elraz

Adapté à la télévision (en un temps où Hervé Bourges dirigeait TF1), édité et réédité, le grand livre de Cheikh Hamidou Kane, L’Aventure ambiguë, est peut-être la conciliation la plus réussie de l’écriture romanesque classique et de la pensée philosophique et mystique de l’Afrique occidentale, dans une prose française parfaitement équilibrée, juste et belle, qui ne s’interdit pas de prendre des accents poétiques.

L’éducation et la formation de Samba Diallo seront doubles : traditionnelles d’abord, sous la férule religieuse du Maître des Diallobé et l’autorité de la Grande Royale, véritable chef de famille ; occidentales ensuite, par la fréquentation de " l’école étrangère " et les études supérieures parisiennes. Comment conjuguer l’identité peule, toute cette mémoire de sagesse et de rigueur héritée de générations de Diallobé et l’efficacité cartésienne de la civilisation des colons ? Est-ce seulement possible ? Le déchirement intérieur de Samba Diallo, peut-il en faire profiter son peuple ? Peut-il seulement en profiter lui-même ? L’écrivain est un peu dubitatif, irrésolu, et c’est pourquoi l’aventure reste " ambiguë ".

Car telle est la subtile et belle dialectique du métissage, dont Cheikh Hamidou Kane montre bien la complexité, et peut-être l’impossible synthèse : le grand écart entre deux modes de pensée peut-il se réduire, pour éviter l’incompréhension, les dangers, toujours présents, de la folie ? Il n’offre pas de réponse : par son écriture de la douleur et de l’exil intérieur, ce grand écrivain sénégalais est un peu l’anti-Senghor, apôtre impeccable d’une culture francophone qui joue un rôle de passerelle entre Afrique et Occident.

Mais comme celle de Senghor, son oeuvre est aussi, par la langue, une célébration affectueuse d’une mémoire noire pétrie de très anciennes valeurs, et toujours imprégnée des couleurs, des saveurs, des senteurs généreuses d’une terre excessive, où l’existence est comme plus dense...

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