Comment garder la matière grise africaine


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Face à la fuite des cerveaux qui gangrène l’Afrique, de nombreuses parades sont à l’essai pour endiguer ou inverser le phénomène. Entre mesures restrictives ou incitatives et logiques de partenariat, le continent s’organise pour conserver ses compétences.

De notre partenaire Afrique Relance, ONU

Les experts sur le continent mettent de plus en plus l’accent sur des stratégies et des programmes visant à inverser la fuite des cerveaux et à retenir les professionnels qualifiés dans leur pays. Il s’agit notamment de politiques restrictives destinées à retarder l’émigration, telles que le rallongement des études médicales. Plusieurs projets de lois fiscales ont été déposés, les pouvoirs publics commençant à comprendre que le nombre élevé d’expatriés représente un potentiel économique. Les projets vont de taxes ponctuelles de sortie du territoire à des accords fiscaux bilatéraux qui exigeraient des pays accueillant des immigrés qu’ils taxent les ressortissants étrangers et rémunèrent leur pays d’origine.

Une autre stratégie consiste à signer des accords internationaux entre pays industrialisés et pays en développement, qui contraindraient les pays les plus riches à ne pas recruter de main d’oeuvre originaire des pays en développement. Toutefois, les deux stratégies favorites sont le transfert de compétences grâce à des réseaux de professionnels et d’intellectuels, et le rapatriement, méthode qui a fait ses preuves.

L’exemple sud-africain

Puisqu’un grand nombre de professionnels se montrent peu enthousiastes à la perspective de rentrer dans des pays politiquement et économiquement instables, certains pays tentent désormais de trouver d’autres moyens de profiter des connaissances et des compétences de leurs ressortissants professionnels expatriés. Le South African Network of Skills Abroad (Sansa) en est une illustration. Par le biais de son site Web, il invite les professionnels sud-africains à s’inscrire au réseau.
D’après le Sansa, au moins 22 000 diplômés de cinq grandes universités sud-africaines installés à l’étranger restent en contact avec leur université. Le Sansa estime qu’environ 60 % des expatriés diplômés vivent dans six pays étrangers, dont plus de la moitié en Australie, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Le groupe estime qu’environ 30 % des détenteurs de doctorat de l’Université du Cap qu’il a été possible de joindre sont expatriés. Ils constituent une partie importante des diplômés de médecine, de commerce, de l’enseignement et d’ingénierie, autant de domaines dans lesquels l’Afrique du Sud manque cruellement d’effectifs.

Une fois inscrits au Sansa, les professionnels peuvent offrir de former leurs homologues sud-africains ou bien proposer de les aider dans leurs recherches. Ils peuvent faciliter des contacts commerciaux et communiquer des informations sur des recherches introuvables en Afrique du Sud. Les membres du Sansa peuvent aussi contribuer au transfert de technologie vers leur pays d’origine, notamment en offrant des ordinateurs et des logiciels.

Difficile rapatriement des cerveaux africains

D’autres programmes de lutte contre la fuite des cerveaux ont pour objet de rapatrier les Africains dans leurs pays d’origine ou de les faire venir dans d’autres pays du continent. Le défi, pour les organisations s’occupant de rapatriement, est d’attirer un plus grand nombre de candidats. Le Programme de réintégration des citoyens africains qualifiés de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en place de 1983 à 1999, n’a réussi à faire revenir que 2 000 Africains dans 11 pays participant au programme. Mais le grand problème est qu’une telle opération coûte très cher. Certains expatriés peuvent souhaiter rapatrier tous les membres de leur famille. D’autres peuvent demander des salaires comparables à ceux qu’ils gagnent dans les pays où ils se sont expatriés, ainsi que des ressources technologiques de pointe. Autre difficulté, le rapatriement ne fait revenir que l’individu expatrié et non le réseau de ressources auquel il est rattaché.

Les problèmes de l’Afrique sont encore aggravés par le sous-emploi de la main d’oeuvre qualifiée, note Lalla Ben Barka, Secrétaire exécutive adjointe de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique. « Dans tous les pays africains, dit-elle, il y a paradoxalement un taux de chômage et de sous-emploi élevé parmi les jeunes diplômés, notamment les diplômés universitaires, scientifiques et ingénieurs compris. »

Tandis que les anciens programmes de l’OIM étaient axés sur le retour permanent, certaines initiatives tentent désormais de répondre aux besoins des Africains préférant rester dans leur pays d’adoption. Plutôt que le retour définitif, « nous tirons désormais parti des visites multiples », dit M. Jalloh, qui décrit certains aspects du nouveau programme intitulé « Migration pour le développement en Afrique ». Il peut s’agir de séjours de courte durée répondant à un besoin particulier, par exemple, « une demande de médecin spécialiste dans une région reculée de la Sierra Leone, explique M. Jalloh à Afrique Relance. Le médecin continue à vivre à l’étranger, revenant en fonction des besoins, en complément du travail des équipes sur place en Afrique ».

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