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Economie - Afrique de l’Ouest - Mali

Le Mali réorganise son économie
Le Mali réorganise son économie

L’économie malienne a enregistré 11,4 milliards de F CFA de pertes au cours du 4ème trimestre 2002 à cause de la crise ivoirienne. Le pays réorganise actuellement toute son économie pour s’affranchir de sa dépendance commerciale vis-à-vis d’Abidjan. Interview de Bangaly Traoré, secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances.



mardi 10 décembre 2002, par David Cadasse


Le Mali estime avoir perdu 11,4 milliards de F CFA au cours du 4ème trimestre 2002 à cause de la crise ivoirienne. Son accès au port régional d’Abidjan coupé depuis septembre dernier, le pays cherche de nouvelles routes commerciales. Les autorités sont contraintes de réorganiser entièrement leur économie pour ne plus dépendre de la Côte d’Ivoire. Bangaly Traoré, secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances, nous livre quelques éléments du prochain rapport d’évaluation.

Afrik : Vous estimez avoir perdu 11,4 milliards de F CFA avec les événements en Côte d’Ivoire. Quels sont les secteurs les plus touchés ?
Bangaly Traoré : Le plus touché est le secteur du BTP. Nous avons connu une rupture d’approvisionnement en ciment et en bois. Nous dépendions presque à 100% d’Abidjan. Nous n’avons pas fini nos évaluations, mais nous savons que beaucoup de chantiers ont dû suspendre leurs travaux. Le prix du ciment s’étant envolé sur le marché, nous avons également connu des problèmes concernant nos hydrocarbures - comme l’AV gaz, le carburant pour nos petits avions de lignes intérieures- pour lesquels nous étions totalement dépendant de la Côte d’Ivoire. Le secteur informel a également été très touché, à l’image du commerce de noix de cola.

Afrik : Les pertes que vous annoncez ne sont que des estimations. Quand aurez-vous les chiffres définitifs ? Et qu’allez-vous en faire ?
Bangaly Traoré : Les évaluations sont en cours. Elles devraient être prêtes d’ici la fin de l’année. Le rapport nous servira à porter des requêtes auprès de la Banque mondiale, de l’Union européenne et auprès de nos bailleurs bilatéraux.

Afrik : Le Mali souffre-t-il aujourd’hui de pénuries ?
Bangaly Traoré : Plus maintenant. Nous avons connu une période difficile en septembre, car il nous fallait du temps pour négocier le basculement de notre trafic commercial vers les ports de Lomé, Cotonou et du Ghana. Jusque-là, nous dépendions à 70% de la Côte d’Ivoire. Il s’agit pour nous de réorganiser complètement notre économie. Certains opérateurs explorent de nouveaux corridors économiques et se sont tournés vers la Mauritanie et la Guinée. Mais ils se heurtent aux manques d’infrastructures, les routes n’étant pas terminées. Nous avons toujours d’importants stocks au port d’Abidjan, mais nous avons un problème d’interlocuteur pour négocier un reroutage vers les autres ports régionaux.

Afrik : Quels problèmes rencontrez-vous dans cette réorganisation de vos routes commerciales ?
Bangaly Traoré : Un problème de transport. Le port de Lomé est deux fois plus loin que celui d’Abidjan. Notre parc de camions, à cause de sa vétusté, n’était pas préparé à cela. Nos camions ne peuvent assurer, à eux seuls, de telles distances. Nous avons donc recours à des transporteurs étrangers.

Afrik : Retournerez-vous sur Abidjan une fois que la situation se sera normalisée ?
Bangaly Traoré : Non, c’est le prix de la diversification. Il n’est plus question que nous dépendions autant de la Côte d’Ivoire.



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