25 juillet 2014 / Mis à jour à 10:52 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Algérie
Tamentit la babylonienne
A 1600 km d’Alger, au sud d’Adrar, une route bitumée et nette offre à l’éventuel visiteur la traversée d’un plat pays bordé par des dunes, des palmiers, des habitations basses et "pigmentées" rouges, couleur typiquement locale, et, à l’horizon rectiligne, un mirage éveillé détonnant dans l’envahissante sebkha asséchée. C’est Tamentit. Une ville babylonienne.

Une oasis millénaire. Suspendue dans le temps. Une concentration de ksour (châteaux), du haut de ses milliers d’années, contemple une histoire ayant tutoyé une civilisation cosmopolite. Une cité ayant, dans le passé, connu un rayonnement culturel, spirituel, littéraire et théologique. Une contrée qui a toujours été un carrefour caravanier, un lieu de transit, un passage obligé et une terre d’asile pour les réfugiés fuyant l’hostilité de leurs ennemis pour des cieux plus cléments malgré la rudesse de la nature.

Tamentit était demeurée ouverte et tolérante à l’immigration ayant recueilli des légions d’étrangers depuis le premier siècle de l’ère chrétienne, avec les fameuses pistes romaines passant à l’Est (désert libyen, Gabès, Tunisie...) ; les pistes du Moyen-Orient, ouvertes par des juifs fuyant l’empire de Constantin après le massacre de Massada ; celles de l’Afrique noire ou encore les chemins de Beni Abbès, Béchar menant via l’Atlantique vers l’Espagne, le Portugal et même au royaume d’Angleterre.

Le carrefour des caravanes

Routes de commerce par excellence, il fallait créer d’autres pistes parallèles pour continuer à faire le troc. D’où l’installation de petits comptoirs itinérants et fixes à travers le Sahara, et accessoirement la création de points d’eau, de relais pour le ravitaillement des caravanes, d’oasis, de palmeraies et l’implantation de ksour à l’architecture arabo-soudano-subsaharienne au signe rouge d’appartenance que le touriste découvre, actuellement, à loisir et avec émerveillement. Ce sont ces anciennes pistes qui ont jalonné les distances respectives entre les villes du Sud algérien.

Empruntant les pistes caravanières, à dos de dromadaires, les nomades mettaient une journée pour parcourir une quarantaine de kilomètres, soit dix jours pour 400 km. Depuis, les grandes villes du Sud ont hérité du même bornage kilométrique et ancestral. El Goléa-El Oued, Djanet-Tamanrasset, Timimoun-El Goléa sont distantes les unes des autres de 400 km. Lieu altier de la région du Touat avec le Gourara et Tidikelt, Tamentit était une sorte de capitale au raffinement lettré, littéraire, voire scientifique. Actuellement, commune forte de 9500 âmes dont 3500 à Tamentit, elle est réputée pour ses khizanat (bibliothèques) recelant d’anciens manuscrits d’une inestimable valeur.

Les bibliothèques du désert

La khizana de Sid El Bekri, penseur et fondateur de la zaouïa de la confrérie El Bikria, en l’an 1043 de l’hégire (1646), fait aussi office d’école coranique fréquentée anciennement par des apprenants africains venant de pays subsahariens. Aujourd’hui, ce sont 440 élèves entre internes et externes qui viennent y parfaire leur initiation théologique. Cette khizana s’enorgueillit de posséder l’un des plus anciens manuscrits de la région, datant du Xe siècle.

Il s’agit d’un Othmania, un Saint Coran ramené par le premier ancêtre des Bekraouine, Sidi Amar Ben Mohamed. Un Coran écrit en ancien arabe avant la vocalisation. L’autre ouvrage prisé dans la région est celui des Makamat El Hariri, un livre précieux sur la rhétorique (el balagha) importé d’Egypte, aux côtés d’autres portant, toujours, sur la théologie, la sociologie, la médecine (chirurgie rudimentaire et empirique), la géographie, l’astronomie, la littérature... Il faut rappeler que la grande période de production de manuscrits à Tamentit a été le XVIe siècle.

Une rencontre consacrée à l’inventaire des manuscrits existants dans les 29 khizanat de la région de Touat, Gourara et Tidikelt, sa préservation et, par conséquent, sa conservation a été organisée par les spécialistes algériens et internationaux. Qui ont décidé de créer un centre régional de conservation à Adrar. Il sera abrité par l’ancien hôpital de la ville datant de 1949. Les manuscrits auront la vie sauve.

K.S.


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