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Cameroun - NTIC - Télécommunications
Benjamin Lekoua : « La technologie n’a pas de frontières ! »

Entretien avec le créateur de Xnet phone, le premier téléphone mobile camerounais. Benjamin Lekoua, 37 ans, promoteur camerounais, a lancé le 10 février le premier téléphone mobile camerounais. Nommé Xnet phone, le portable, vendu 10.000 franc CFA, a déjà beaucoup de succès auprès des consommateurs. En un mois, près de 3.000 exemplaires ont déjà été vendus. Benjamin Lekoua présente son projet à Afrik.com.

Afrik.com : Quels sont les particularités du Xnet phone ?
Benjamin Lekoua :
La particularité de ce téléphone : il est entièrement conçu et programmé par des Camerounais. Trois ingénieurs Camerounais ont travaillé sur ce projet. L’un vit aux États-Unis et les deux autres en Allemagne. C’est une véritable innovation. Personne ne l’a encore fait en Afrique. Nous avons contacté des musiciens camerounais pour élaborer les sonneries et c’est un designer camerounais, vivant à Yaoundé, qui a dessiné le téléphone. Xnet phone contient une radio FM, une batterie d’une autonomie de 72 heures, une lampe poche, et se connecte à un solide réseau pour pouvoir fonctionner partout où son propriétaire ira. Nous le vendons 10.000 FCFA, c’est un prix très abordable. Le Xnet phone est décliné en deux modèles : le X1 et le X1+. Les deux mobiles ont les mêmes options sauf que le X1+ a une caméra, il est donc vendu 12.000 FCFA.

Afrik.com : Afrik.com : Qu’est ce qui vous a poussé à créer le premier téléphone mobile conçu par des Camerounais ?
Benjamin Lekoua :
Au départ nous importions des téléphones d’Europe qu’on revendait au Cameroun. Mais ces téléphones de marque étaient beaucoup trop chers pour les Camerounais qui pouvaient se procurer des copies bien meilleur marché. On a aussi tenté de créer une tablette électronique mais nous nous sommes heurtés à des difficultés financières. Fabriquer une tablette coûte excessivement cher. Nous n’avions pas les moyens de nous engager dans un tel projet. Finalement, on a décidé de se lancer dans un projet que nous étions capable d’auto-financer, d’où la création du Xnet phone. Créer un téléphone mobile est plus simple qu’une tablette et demande un budget moins important. Pour mener notre projet à bien, nous avons effectué des études de marché pour connaitre le type de téléphones dont les Camerounais ont besoin. Cette étude a révélé que les consommateurs souhaitaient avoir des téléphones portables peu chers avec beaucoup d’options.

Afrik.com : Où sont assemblées les pièces de votre téléphone mobile ?
Benjamin Lekoua :
L’assemblage du téléphone se fait dans une usine basée à Hong-Kong. Mais notre objectif est un jour de créer une usine au Cameroun pour y assembler les pièces. Plusieurs hommes d’affaires sont intéressés par ce projet et ont prévu d’investir.

Afrik.com : Comment votre téléphone a-t-il été accueilli par les consommateurs ?
Benjamin Lekoua :
Les gens aiment beaucoup le téléphone ! Nous avons reçu des messages de soutien et de bénédiction venant de tout le pays. Certains nous ont dit qu’ils priaient pour que le projet marche. Notre stock est déjà épuisé. Au départ, on avait prévu de le vendre uniquement dans les grandes villes du pays. Mais nous avons aussi reçu des commandes dans les régions les plus reculées. En un mois, nous avons vendu plus de 3.000 téléphones. C’est le signe que nous avons réussi. Les clients sont satisfaits car c’est un excellent produit. Nous avons notamment signé un contrat avec le distributeur Rigo qui détient une centaine de boutique dans tout le pays.

Afrik.com : La création d’un téléphone mobile nécessite beaucoup d’énergie. Quels ont été vos principales difficultés ?
Benjamin Lekoua :
Au départ, j’avais rassemblé six ingénieurs qui étaient prêts à travailler sur le projet. Mais trois seulement sont restés car les autres n’y croyaient pas suffisamment. Ils disaient que ça ne marcherait pas car les consommateurs préfèrent les portables de marque. D’autres étaient persuadés que les Camerounais n’achèteraient pas un téléphone conçu au Cameroun. Mais il faut que les Camerounais utilisent les produits de leurs enfants ! Nous devons avoir confiance en nos ressources et notre intelligence. Ce message est valable pour tous les Africains. Récemment un jeune Camerounais a créé un antivirus. Il attend d’être financé pour développer son projet. C’est une bonne initiative. D’ailleurs notre slogan : "Attrape le futur" prône l’entrepreneuriat. L’objectif est de pousser nos compatriotes à entreprendre. Arrêtons de consommer les produits des autres ! L’Afrique doit produire ses propres produits ! La technologie n’a pas de frontières ! Ce qui nous manque ici, ce sont les idées et le courage. Les gens ont peur de s’engager dans des projets.

Afrik.com : Le marché de la téléphonie mobile est bien implanté en Afrique, notamment au Cameroun. Ne craignez- vous pas la concurrence ?
Benjamin Lekoua :
Notre objectif n’est pas de concurrencer les grandes marques ou de les copier. Je crois en notre projet. Nous avons déjà reçu des commandes du Sénégal, du Gabon, de la République démocratique du Congo (RDC) qui représente à elle-seule un marché de 80 millions de consommateurs. C’est énorme ! Certains disent que le Xnet phone ressemble aux autres téléphones. Encore heureux qu’il ne ressemble pas à une noix de coco ! Ce téléphone qui semble banale à première vue est très difficile à fabriquer pour des ingénieurs africains qui disposent de peu de moyens. Il a été avant tout créé pour un enjeu économique. Son prix est très abordable et tout le monde peut se le procurer car les gens sont pauvres. C’est une façon de les aider.

Afrik.com : Quels sont vos projets ?
Benjamin Lekoua :
Nous travaillons actuellement sur un troisième modèle de téléphone qui a une autonomie de sept jours. Ayant plus d’options que les précédents, il sera vendu à 25.000 FCFA. Il est annoncé pour la fin du mois de mars. Notre objectif est de vendre les téléphones que nous concevons partout en Afrique mais aussi en Europe. Si nous vendons le téléphone à 25 euros en France par exemple, les gens seront intéressés, notamment les personnes issues de l’immigration, qui représentent un marché de 20 millions de consommateurs. En tous cas nous avons reçus beaucoup de messages d’encouragement de la diaspora camerounaise qui est prête à nous soutenir.

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