Côte d’Ivoire : Bédié, l’autre arbitre de la présidentielle
Il a appelé à voter Alassane Ouattara au second tour
L’ancien Président ivoirien Henri Konan Bédié ne présidera plus aux destinées de la Côte d’Ivoire. Il est arrivé troisième lors du premier tour du scrutin présidentiel du 31 octobre dernier. La défaite est contestée par ses partisans mais le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) contribuera peut-être à faire élire un nouveau Président pour son pays. Il a officiellement appelé ses militants à reporter leurs voix sur Alassane Ouattara, arrivé second, son allié au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la paix (RHDP). Henri Konan Bédié votera Alassane Ouattara au second tour de la présidentielle ivoirienne qui aura lieu le 28 novembre prochain. « Les présidents du PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire), de l’Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) et du Mouvement des forces d’avenir (MFA) soutiennent le candidat Alassane Ouattara, candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) », a déclaré ce dimanche le président du PDCI. Les résultats provisoires du premier tour des présidentielles du 31 octobre dernier l’ont crédité de 25,24% contre 38,3% pour le président sortant, Laurent Gbagbo et candidat de La majorité présidentielle (LMP), et 32,08% pour le chef du Rassemblement des républicains (RDR), Alassane Ouattara.
A 76 ans, Henri Konan Bédié frappé par la limite d’âge, que les accords de Pretoria [1] ont rendu caduque, a pu se présenter à ces élections historiques, les dernières de sa longue carrière politique marquée par le traumatisme du coup d’état de décembre 1999. Outre le fait de contester les résultats du premier tour, le responsable du PDCI n’a pas encore dit son dernier mot. Faire fonctionner la machine du RHDP Le "Sphinx de Daoukro" espérait une victoire le 31 octobre dernier, mais il est relégué au rang d’arbitre. Car au sein du RHDP, promu désormais au rang de parti, les dés sont jetés. « Dans les accords qui nous lient au sein du RHDP, nous avons décidé que chaque parti pourra présenter un candidat. […] Mais depuis longtemps aussi, nous avons décidé de travailler pour évoluer vers la transformation du RHDP en un parti unique pour tous les partis le composant. (…). Nous avons prévu d’aboutir au parti unique après ces élections », confiait le chef du PDCI sur les ondes de RFI en juin dernier. La formation politique, en gestation, s’est dotée d’un programme commun de gouvernement - "Gouverner ensemble" -, qui définit la part de chacun des alliés dans un gouvernement d’union en cas de victoire de l’un des leurs contre Laurent Gbagbo. Quarante pour cent au parti qui arrive en tête au premier tour, 35% pour le second, 10% pour l’UDPCI et 5% pour le MFA. La société civile se partageant le reste des postes. L’alliance est opérationnelle depuis ce dimanche mais le ton avait été donné par Le Nouveau Réveil, quotidien proche du PDCI, qui titrait ce vendredi « Tous pour ADO s’impose au RHDP ». Si la consigne de vote est effective, encore faut-il qu’elle soit suivie pour confirmer une victoire arithmétique du RHDP. Henri Konan Bédié sera-t-il capable de mobiliser son électorat ? Rien n’est moins sûr. « On nous dit, en cas de deuxième tour à la présidentielle, un parti aide l’autre. (…) Vous croyez, parce que le RHDP existera qu’un militant du PDCI-RDA, ou un militant du RDR qui ne veut pas voter pour le PDCIi le fera ? (…) ! C’est une aberration, une hérésie politique. Au deuxième tour, tout le monde sera sur le marché politique y compris le parti qui sera en tête pour pêcher dans n’importe quel parti qui sera troisième. Je suis convaincu que les militants du PDCI-RDA qui ne veulent pas voter pour le RDR, si le RDR est au deuxième tour, ne voteront pas RDR », confiait le maire PDCI de Daloa, Chrystophe Séry Kossougro, en décembre 2009 au journal ivoirien Soir Info. Son opinion a peut-être évolué depuis mais la question soulevée reste d’actualité. Sur les 19 régions de la Côte d’Ivoire, six dans le Nord ont majoritairement voté pour Ouattara contre trois pour Bédié, dont deux dans le centre du pays. Le centre et le Nord sont respectivement les fiefs du PDCI et du RDR. Dans l’ombre d’Houphouët Le report des voix pro-Bédié vers Ouattara se fera si « on mène une campagne ensemble », avance Allomo Paulin, président du Comité scientifique pour la candidature unique au RHDP, dans un entretien du journal ivoirien Nord-Sud Quotidien publié ce mardi. « Il y a la sincérité qui va jouer entre les dirigeants, poursuit-il. Et puis, il ne faut pas oublier que les quatre dirigeants sont des houphouétistes. Ils s’estiment, ils se respectent. En plus de cela, c’est un combat de survie pour tout le monde. Nous ne pouvons pas nous amuser à perdre ». L’houphouétisme semble être la garantie du succès politique. « Les idéaux du PDCI-RDA, dont nous avons tous été imprégnés, nous interdisent, selon les enseignements de Félix Houphouët-Boigny, les attitudes irraisonnées et aventureuses », déclarait en 2007 dans sa Lettre aux Ivoiriens, un discours-programme, Henri Konan Bédié. Et ce n’est pas la première fois que la formation trouve l’attirail du sauveur de la Côte d’Ivoire seyant. « Souvenons-nous, chers compatriotes, que le dialogue direct [2] engagé à la diligence bienveillante du Président (burkinabé) Blaise Compaoré, avait été proposé cinq ans plus tôt par nous », rappelait l’ancien Président. Le parti de Félix Houphouët-Boigny, à travers Henri Konan Bédié, tient encore entre ses mains le destin de la Côte d’Ivoire. [1] Ces derniers garantissent la participation des principaux candidats à la présidentielle quelle que soit la date de tenue du scrutin [2] Il a conduit à l’accord politique de Ouagadougou dans le cadre duquel le scrutin du 31 octobre dernier
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