Epidémie de choléra au Cameroun : un désastre sanitaire prévisible ?


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L’épidémie de choléra qui sévissait essentiellement au Nord du Cameroun depuis le 6 mai 2010, touche désormais Yaoundé, et même Douala, la capitale économique du pays, qui vient d’enregistrer un cinquième décès et où tous les 7 districts sont désormais touchés. Le choléra étant reconnu par l’OMS comme une maladie de la pauvreté, ce désastre sanitaire actuellement observée au Cameroun me parait fort évitable.

Ainsi, Alors que le choléra a totalement disparu dans les pays dits développés, selon un récent décompte des autorités sanitaires camerounaises, il aurait déjà fait plus de 8678 victimes dont plus de 559 morts, depuis la découverte du premier cas le 6 mai dernier dans l’Extrême-nord du Cameroun. Chiffres à prendre avec des pincettes, compte tenu du fait qu’un grand nombre de victimes décèdent en communauté, faute de moyens pour les transporter dans les Centres sanitaires. Cette épidémie de choléra apparaît comme la plus sévère de ces 10 dernières années, allant même jusqu’à défier les très médiatiques grippe aviaire et autre grippe A(H1N1).

La maladie de la pauvreté

Le choléra, maladie diarrhéique épidémique, strictement humaine, est provoqué par une bactérie appelée vibrio cholerae, isolée en Egypte en 1883 par KOCH. Il se transmet facilement par l’absorption d’aliments ou d’eau ayant subi une contamination fécale mais est surtout marquée par une période d’incubation de très courte durée, qui est même très souvent réduite à quelques heures. C’est ainsi que le choléra peut facilement entrainer en moins de 2 heures, le décès d’un adulte qui était initialement bien portant. Et ceci lié au fait qu’il provoque chez la victime infectée, une diarrhée cataclysmique, brutale, très abondante, de 50 à 100 selles par jour, à l’origine d’une grave déshydratation associée à une insuffisance rénale fonctionnelle majeure et à des désordres métaboliques préjudiciables telles que des hypokaliémies sévères.

Le traitement, fort efficace, repose essentiellement sur la réhydratation précoce et intense par l’administration des sels de réhydratation orale ou de perfusion de solutés polyioniques. Un traitement anticipatif précoce par Doxycycline en prise unique à la posologie de 300 mg chez l’adulte est également fort contributif. Ainsi, plus de 90 % des personnes atteintes de choléra pourraient être traitées efficacement par l’apport rapide d’une solution de réhydratation. Aussi, dans les zones infectées où ce traitement fait défaut, le taux de mortalité peut s’élever à plus de 50 % soit une victime sur deux qui succombera en quelques heures, alors qu’elle était auparavant bien portante.

Une épidémie de choléra est toujours très redoutable du fait qu’elle peut décimer toute une population en quelques heures seulement. Toutefois, un simple accès à de l’eau potable, à des latrines dignes de ce nom, et une éducation des populations au respect de simples règles d’hygiène élémentaire telles que ne boire que de l’eau potable, laver les mains avant tout repas, laver les fruits et légumes avant leur consommation, bien bouillir toute eau non potable avant de la boire ou encore bien réchauffer les repas avant de les consommer. Des règles élémentaires d’hygiène qui sont bien connus de tous les Camerounais.

Mais pourquoi alors cette récurrence des épidémies de choléra au Cameroun ?

Au Cameroun, la pauvreté et la misère ambiante apparaissent comme les causes principales des épidémies de choléra car si le principal moyen de prévention du choléra reste l’hygiène et l’assainissement des eaux, le manque de structures sanitaires rend difficile l’application des gestes d’hygiène élémentaire qui sont bien connus de toute la population. En effet, comment ces règles d’hygiène peuvent être respectées lorsque seulement 30 % de la population a accès à une source d’eau potable et que seuls 15 % des Camerounais disposent d’installations sanitaires adaptées pour l’élimination des matières fécales et des eaux usées. Aussi, certains Camerounais n’ont pas d’autres choix que d’étancher leur soif en recueillant l’eau de pluie ou l’eau de puits souillés et infestés de vibrion cholérique. Une étude récente menée par le Centre Pasteur du Cameroun a montré que sur 50 puits prélevés à Yaoundé et Douala et sur 50 sachets d’eaux vendues dans les marchés, aux abords des routes et dans les établissements scolaires, 100% des puits d’eau étaient impropres à la consommation du fait de leur contamination fécale. Il en était de même des eaux en sachet analysées. Le comble est que tous les puits d’eau incriminés étaient localisés dans les quartiers populaires de Yaoundé et Douala, soit en pleine zone urbaine.

Et la Vaccination ?

Il n’existe pas aujourd’hui de vaccin induisant une protection à long terme contre le choléra. En outre, les vaccins existants ne protègent pas contre toutes les souches de vibrio cholerae. En effet, les études microbiologiques révèlent que seule la souche vibrio cholerea 01 en est sensible alors que la souche vibrio cholerea 0139 en est résistante. Ainsi, la vaccination de masse comme stratégie de Santé Publique pour la protection des populations exposées au risque du choléra n’est pas du tout envisageable en cas d’épidémie. La vaccination anti-cholérique s’est finalement réduite à la protection des voyageurs occidentaux désireux de s’aventurer dans les zones d’endémie cholérique, même comme pour ces voyageurs, la meilleure prévention contre le choléra demeure le respect des règles élémentaires d’hygiène.

En définitive, si la présence du choléra dans d’autres régions du globe terrestre peut aisément s’expliquer par des conflits armés avec des exodes de population et la détérioration des conditions sanitaires et d’hygiène qui s’ensuit comme récemment en République Démocratique du Congo (RDC), ce n’est point le cas du Cameroun. L’épidémie de choléra qui sévit actuellement au Cameroun n’est pas une catastrophe naturelle comme on peut parfois le constater dans d’autres pays tels que HAITI en ce moment. Le choléra peut être éradiqué au Cameroun par une véritable politique de prévention basée sur l’amélioration des conditions de vie des populations. Je veux dire une politique efficace de lutte contre la pauvreté et la misère ambiante.

Le Cameroun est à sa 3ème épidémie de choléra en moins de 6 ans : les deux précédentes avaient fait officiellement 100 morts en 2004 et 51 morts en 2009. Faut-il attendre une 4ème épidémie, plus grave, plus dévastatrice et plus mortelle ?

La pauvreté et la misère ambiante font le lit du choléra. Certes, on peut être pauvre et vivre dans la propreté, mais à condition qu’on ait un minimum de salubrité dans son environnement. La Santé est un droit humain fondamental et inaliénable. L’épidémie actuelle de choléra au Cameroun était évitable tout comme le désastre sanitaire qui en découle était bien prévisible. Désormais, l’urgence est d’agir… car les décès par choléra sont des morts évitables.

Dr NGHEMKAP Armand

Médecin des Hôpitaux

02200 SOISSONS (France)

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