31 octobre 2014 / Mis à jour à 22:40 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux

Madagascar - Conflit - Politique
Madagascar : l’opposition met la pression sur Rajoelina
Elle a décidé d’étendre la contestation politique dans les provinces. Les violences ont fait deux morts et un blessé grave sur la Grande Île, vendredi et samedi. Une quinzaine de personnes dont une sénatrice ont été arrêtées. Cette nouvelle escalade fait suite à la décision d’Andry Rajoelina, le président de la Haute autorité de transition au pouvoir, de former unilatéralement un nouveau gouvernement, alors que les accords de Maputo, prévoyaient une concertation entre toutes les parties impliquées dans la crise. Déçus, les chefs des trois autres formations politiques, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana et Albert Zafy, ont décidé de faire front commun contre lui. Ils envisagent d’étendre le mouvement de contestation à l’arrière pays.

« On ne peut laisser une personne telle qu’Andry Rajoelina diriger le pays, parce qu’il ne tient nullement parole et ne respecte pas ses engagements, voire ses propres initiatives ». Face à la presse dimanche, à Antananarivo, la capitale malgache, l’ancien président Albert Zafy n’a pas pu retenir sa colère. En cause, le lapin que vient de lui poser Andry Rajoelina. Quelques jours avant, Albert Zafy a écrit au nouvel homme fort de Madagascar, pour lui proposer une nouvelle rencontre, à laquelle Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana ont accepté de participer. Objectif, décrisper la tension causée par la formation d’un nouveau gouvernement par Andry Rajoelina, en défiance des accords de Maputo sur le partage du pouvoir.

Répondant à cette initiative, Andry Rajoelina propose une date, dimanche dernier, et un lieu, le Palais des verres de la capitale. A l’heure du rendez-vous, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana et Albert Zafy sont là. Mais ils ne voient pas l’ombre d’Andry Rajoelina. Pis, ils doivent poireauter devant l’immeuble, interdit d’accès par les forces de police. Une humiliation insupportable pour Albert Zafy, qui a qualifié l’ancien maire d’Antananarivo de « menteur » et de « dictateur », avant de lui réclamer des excuses publiques.

Andry Rajoelina accusé de saper les efforts de paix

Albert Zafy en est convaincu : Andry Rajoelina veut faire voler en éclat les accords de Maputo, ce qui pourrait plonger Madagascar dans le chaos. Vendredi et samedi, Antananarivo a en effet renoué avec les violences urbaines qui la secouent depuis le renversement de Marc Ravalomana en mars dernier. Pro et anti-rajoelina se sont affrontés dans les rues de la capitale, faisant deux morts et un blessé grave. Les forces de police sont intervenues pour disperser les manifestants. Une quinzaine de personnes, dont la sénatrice Menabe Eliane Naïka, a été arrêtée. Proche de Marc Ravolamana, celle-ci aurait reçu des coups au moment de son interpellation samedi. Elle a ensuite été placée en garde à vue dans une unité de gendarmerie.

Certains manifestants s’en sont même pris aux intérêts français sur l’île. Un hôtel, la société d’automobiles Sicam filiale du groupe Caillé ont été la cible de galets, tandis qu’une grenade a visé une station-service Total. « Les prémisses d’une guerre civile sont aujourd’hui visibles » a déclaré sur une radio le Général Désiré Rakotoarijaona, ancien premier ministre sous Didier Ratsiraka. Celui-ci a exhorté Andry Rajoelina à « revenir en urgence » à la table des négociations pour « éviter aux populations de souffrir davantage ». Le général a également conseillé aux militaires d’éviter « toute violence partisane », et de rester neutres dans la crise. « Les militaires ne doivent pas faire de la politique (…) Si la population avait pu s’exprimer (…), il n’y aurait pas eu cette escalade de violence », a-t-il prévenu.

Pour l’opposition, Andry Rajoelina est le responsable du pourrissement de la situation. Conséquence : Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana et Albert Zafy ont décidé d’unir leurs efforts contre lui. Désormais, ils se battront dans une seule mouvance. Ainsi réunis, ils ont promis d’étendre la contestation sur l’ensemble du territoire. « Nous allons organiser des rassemblements dans les provinces (…) Nous devons expliquer les réalités aux gens car ils ne reçoivent pas la totalité des informations. L’accès aux médias reste limité », a expliqué Albert Zafy, faisant allusion à ses demandes restées infructueuses, auprès des médias officiels.

Cette nouvelle stratégie de l’opposition n’a pas laissé le gouvernement Rajoelina indifférent. Pour Roland Ratsiraka membre de la Haute autorité de transition, il faut « laisser la population tranquille au moment de la rentrée scolaire ». Pour Gilbert Raharizatovo le ministre de la Culture et du patrimoine, les populations doivent pouvoir se réorganiser, après plusieurs mois de crise.

Mais cela semble peu pour décourager l’opposition. « Nous ne nous arrêterons qu’après le respect des accords de Maputo », a déclaré Albert Zafy.


dossier
Le président malgache, Marc Ravalomanana, et le jeune maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, ont engagé un bras de fer en janvier 2009. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours des manifestations qui ont émaillé le mouvement de contestation engagé par le maire de la capitale.


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