18 décembre 2014 / Mis à jour à 15:12 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux

France - Madagascar - Diplomatie - Politique
Madagascar : pourquoi Marc Ravalomanana accuse-t-il la France ?
L’ancien président malgache reproche à Paris de soutenir Andry Rajoelina. Marc Ravalomanana, l’ancien chef d’Etat évincé du pouvoir, a accusé, mardi, l’ancienne puissance coloniale de « soutenir » son rival, le président du régime de transition, Andry Rajoelina. La France chercherait, selon lui, à « coloniser à nouveau » Madagascar. Une nouvelle tentative de Marc Ravalomanana de rallier les Malgaches à sa cause.

Marc Ravalomanana ne mâche pas ses mots envers la France. Dans une allocution radiophonique diffusée mardi, le président évincé a accusé Paris de « soutenir » le chef de transition malgache, Andry Rajoelina, et de « vouloir coloniser » la Grande-Ile. « Un aveu de faiblesse », selon Françis Soler, le rédacteur en chef de La lettre de l’Océan Indien. « Marc Ravalomanana est en train de perdre la main économiquement et politiquement. Il pensait qu’il allait être soutenu par l’armée malgache et la Communauté de Développement des Etats de l’Afrique Australe (SADC), mais ce n’est pas le cas. Ses déclarations sont teintées de provocation et d’amertume ».

Andry Rajoelina, le chouchou des Français ?

Le président évincé essaye de discréditer le régime d’Andry Rajoelina qui s’est opposé, jeudi, à son retour dans le pays. L’Union Africaine et la France qui avaient condamné en début d’année la prise de pouvoir du président de transition, revoient depuis quelques semaines leurs positions. Selon la lettre de l’Océan Indien, ce serait le chef d’Etat français, Nicolas Sarkozy, qui aurait sollicité le président de l’Union africaine, Mouammar Kadhafi pour qu’il reçoive Andry Rajoelina. « Dans un premier temps, ils ont d’abord critiqué sa prise du pouvoir et puis il est devenu le président de transition. Comme la tonalité a tendance à partir du fait accompli, Paris a modifié son comportement », explique Francis Soler.

La question des intérêts économiques

Un article anonyme publié le 27 mars 2009 dans Top Mada, un quotidien malgache en ligne paraissant proche du président évincé, avance que les rapports économiques entre l’ancien chef d’Etat et Paris auraient pu être à l’origine de la chute de Marc Ravolomanana. Notamment, concernant le gisement de pétrole de Bemolonga convoité par Total. L’ex-président n’aurait jamais soutenu le projet du groupe français, militant plutôt pour la China Petroleum Corp, un des plus importants groupes pétroliers au monde. Une erreur tactique qui lui aurait valu sa place.

« Depuis son arrivée au pouvoir », écrit Top Mada, « il a mis les groupes français qui étaient en situation de quasi monopole auparavant, comme Colas, en concurrence avec des entreprises venant des Etats-Unis, du Canada, d’Afrique du Sud et aussi d’Asie. La part de la France dans les investissements n’a fait que s’amoindrir ». Une analyse éloignée de celle de Francis Soler qui souligne les bienfaits de la politique de Marc Ravalomanana sur les entreprises françaises. « Il a proposé une diversification des relations économiques. Colas, une grande entreprise française de BTP, y a trouvé son compte. Même si elle a perdu des parts de marché, elle a gagné en volume. Le marché du BTP s’est agrandi. Les Français ont profité de cette politique. L’ancien président n’est pas anti-français, il est juste très nationaliste », estime le journaliste. Un nationalisme qui servait aussi ses intérêts, puisque Marc Ravalomanana possède, sur le marché agro-alimentaire malgache, les grandes enseignes « Tiko » et « Magro » et un complexe hôtelier.

En déclarant que la France soutient Rajoelina au détriment des intérêts fondamentaux des Malgaches, l’ancien chef d’Etat réussit un coup médiatique. Mais il reste peu probable qu’exalter un sentiment anti-français chez les Malgaches puisse lui suffire à retrouver le pouvoir.


dossier
Le président malgache, Marc Ravalomanana, et le jeune maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, ont engagé un bras de fer en janvier 2009. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours des manifestations qui ont émaillé le mouvement de contestation engagé par le maire de la capitale.


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