30 septembre 2014 / Mis à jour à 17:40 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux

Madagascar - Conflit - Politique
Prise de pouvoir à Madagascar : l’histoire se répéterait-elle ?
La Haute cour constitutionnelle a validé l’accession à la présidence d’Andry Rajoelina. Andry Rajoelina a été officiellement promu, mercredi, président de Madagascar par la Haute cour constitutionnelle (HCC). Dans ce pays, les prises de pouvoirs se ressemblent. Andry Rajoelina, Marc Ravolomanana et Didier Ratsiraka ont tous accédé, au moins une fois, à la présidence sans passer les urnes. Un procédé qui reflète l’incapacité des politiciens malgaches à se plier aux règles de l’alternance politique imposées par la Constitution.

Andry Rajoelina peut-être heureux. Il a été jusqu’au bout de son dessein : devenir président de la République de Madagascar. La Haute cour constitutionnelle (HCC) de la Grande Ile a légalisé, mercredi, l’accession au pouvoir du jeune chef de l’opposition. A 34 ans, l’ancien disc jokey devenu homme d’affaires puis maire d’Antananarivo, surnommé « TGV [1] » pour son caractère fonceur, a réussi sa percée. Il a eu enfin raison de son ennemi juré, le chef de l’Etat, Marc Ravalomanana. Et c’est en vainqueur, le sourire aux lèvres, qu’Andry Rajoelina s’est adressé, mercredi, à la population malgache, les bras tendus vers le ciel, ses doigts dessinant le « V » de Victoire.

La lutte entre les deux cadors aura été sans merci. Les deux hommes auront lutté. L’un pour prendre le pouvoir, l’autre pour le garder. Emeutes, pillages, répression sanglante du 7 février, ont entaché cette crise politique, qui aura fait plus de 200 morts. Depuis trois mois, rassemblement après rassemblement, sur la place historique du 13 mai, Andry Rajoelina a mené campagne. Pour la première grande journée d’action, le 17 janvier dernier, 20 000 partisans s’étaient réunis à l’appel de l’opposant, en signe de protestation contre la fermeture de sa chaîne de télévision privée VIVA par le président Marc Ravalomanana. Après avoir convaincu la population malgache, qui voyait en lui le symbole de ses frustrations, ce fut au tour de l’armée de rallier sa cause. Sans ces aides précieuses, le chef de l’opposition n’aurait sans doute jamais pu se retrouver à la tête du pays. La foule l’a porté au pouvoir et une frange de la Grande Muette lui a donné les clés du palais présidentiel en forçant, lundi, les portes du bâtiment officiel.

Les urnes et la rue

Andry Rajoelina n’a rien inventé. Il s’inscrit dans une longue tradition malgache. Depuis l’indépendance du pays en 1960, l’alternance politique ne passe pas par les urnes. Sur la Grande Ile, presqu’aucune élection ne s’est déroulée dans des conditions normales. Après l’accession au pouvoir de Didier Ratsiraka en 1975, puis de Marc Ravalomanana élu en 2002 et 2006, celle d’Andry Rajoelina a un air de déjà vu. Ils ont tous les trois voulu soit garder jalousement le pouvoir soit l’arracher férocement. En février 2002, Marc Ravalomanana s’était autoproclamé président de Madagascar suite aux manœuvres frauduleuses de Didier Ratsiraka qui l’avait accusé d’avoir truqué les élections. Dans les années 1991-1992, Albert Zary avait réussi à faire chanceler le régime autoritaire de Didier Ratsiraka, arrivé au pouvoir à la faveur d’un assassinat en 1975, en mettant en place une nouvelle Constitution.

Ces renversements de pouvoir sont coutumiers à Madagascar. L’opposition s’appuie sur la population malgache qui, en descendant dans la rue, réussit à faire tomber les présidents en poste. La rue n’a pas toujours eu besoin de l’opposition pour changer de chef d’Etat. En 1972, critiqué par les Malgaches pour son soutien aux intérêts français, le président Tsiranana avait été contraint de se retirer et de laisser ses pouvoirs au général Gabriel Ramanantsoa.

A Madagascar, l’histoire semble se répéter encore et encore…


[1] surnom inspiré du sigle de sa formation politique Tanora malaGasy Vonona (Les jeunes malgaches décidés)


dossier
Le président malgache, Marc Ravalomanana, et le jeune maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, ont engagé un bras de fer en janvier 2009. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours des manifestations qui ont émaillé le mouvement de contestation engagé par le maire de la capitale.


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