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Areva confie l’Afrique à Fodé Sylla
Une mission qui rejoint ses ambitions

Fodé Sylla vient d’être nommé chargé de mission pour le développement économique en Afrique à Areva. L’ancien Monsieur Diversité du nucléaire français a été appelé à des fonctions supérieures au sein du groupe avec rien de moins qu’un continent comme périmètre d’action. Tout à fait conscient de la tâche, il a choisi deux axes de travail prioritaire : le micro-crédit et la formation. Interview.



mardi 9 octobre 2007, par David Cadasse


Fodé Sylla prend du galon. En charge, pendant deux ans, des questions de diversité au sein d’Areva, il fait désormais pleinement partie de la maison. La direction a décidé de poursuivre leur collaboration en lui confiant le poste de chargé de mission pour le développement économique en Afrique. L’ancien président de S.O.S Racisme, l’ancien député européen et l’actuel membre du Conseil Economique et Social se sent résolument prêt à assumer ses nouvelles responsabilités. Des fonctions qui rejoignent une ambition personnelle revendiquée pour un homme qui se demandait comment être profondément utile à l’Afrique.

Afrik.com : Votre nomination vous donne de lourdes responsabilités. Vous sentez-vous prêt à les assumer ?
Fodé Sylla :
J’arrivais au terme de ma mission sur la diversité au sein d’Areva. Je pense avoir accompli pleinement ma tâche en faisant vivre un concept, là où encore beaucoup trop d’entreprises se contentent d’exhiber un label destiné à se donner bonne conscience dans le cadre de la Charte de la diversité. Car derrière les mots, j’estime qu’il y a les actes. Ceux qu’on pose et ceux par lesquels on est jugé. Avec cette nomination, la direction et la présidente d’Areva (Anne Lauvergeon, ndlr) m’ont renouvelé totalement leur confiance. Je me fixe des exigences à chaque étape de mon parcours. Et je trouve qu’il s’agit là d’une belle continuité dans la mise en œuvre de mes multiples expériences. Expérience de terrain, avec S.O.S Racisme, expérience parlementaire, au sein d’institutions telles que le Parlement européen et le Conseil Economique et Social, expérience du monde de l’entreprise au sein d’Areva. Il y a 15 ans, je ne suis pas certain que j’aurais été suffisamment armé pour m’atteler à ce nouveau défi résolument tourné vers les populations du Sud. Ces nouvelles responsabilités arrivent à point nommé dans mon parcours de vie et dans mon parcours professionnel.

Afrik.com : De l’engagement militant de S.O.S Racisme au nucléaire français, souvent symbole d’un capitalisme sulfureux, il y a un pas. Comment vous placez-vous par rapport à ça ?
Fodé Sylla :
Je suis resté moi-même partout où je suis allé. J’ai toujours gardé mon engagement et mes valeurs en matière de droits humains, en matière d’émancipation de l’individu et en matière de préservation de la dignité des plus démunis. En Afrique, ce sont les femmes, les enfants et les malades qui doivent être la priorité. Mes valeurs, je ne les changerais pour rien au monde et ce n’est pas à 43 ans que je vais le faire. La direction d’Areva est tout à fait consciente de qui je suis et le respecte tout à fait. Sa volonté de s’investir toujours plus dans les questions de développement économique et durable en Afrique, rejoint complètement mon ambition personnelle de venir efficacement en aide aux populations du Sud. Et j’ai désormais une marge de manœuvre concrète pour cela.

Afrik.com : Qu’entendez-vous exactement par « venir en aide aux populations du Sud » ?
Fodé Sylla :
Comment se fait-il que l’un des tout premiers pays producteurs d’uranium au monde, (et l’énergie est, avec l’eau, l’une des questions les plus cruciales des cent prochaines années) soit en même temps l’un des pays les plus pauvres de la planète ? Comment se fait-il que l’Afrique, si riche de sa jeunesse, de son sous-sol, de sa biodiversité, se retrouve avec d’aussi grandes difficultés ? Je n’ai pas de leçon à donner à mes aînés, mais ceux de ma génération ont la responsabilité de regarder les choses avec lucidité et d’apporter leur pierre à l’édifice. L’exigence de bonne gouvernance au Sud et des mécanismes de redistribution plus adéquats au Nord pourraient déjà constituer une bonne base de départ. Pour ma part, je mise sur le micro-crédit et la formation, comme leviers de développement économique des populations.

Afrik.com : Ces deux outils sont loin d’être nouveaux. Quelle en est votre perception concrète ?
Fodé Sylla :
Il ne faut pas qu’il y ait confusion des rôles : je ne suis pas une ONG. Je compte travailler avec les collectivités locales et les structures formelles et informelles qui existent déjà. Mon approche du micro-crédit est d’aller à la rencontre directe des acteurs locaux pour construire, avec eux, le maillage et les cadres nécessaires à une action pérenne, cohérente et efficace (économiquement viable). J’arrive avec beaucoup d’humilité par rapport à ma connaissance du terrain et je n’ai pas la prétention de le connaître mieux que les locaux. Quant à la question de la formation, je trouve capital d’assurer et de favoriser l’accès au savoir. Cela renvoie également au thème de l’Education. À travers une structure de formation ce sont les jeunes que je vise en premier. Que ce soit le micro-crédit ou la formation, mon action doit s’inscrire dans le cadre d’un développement durable, c’est-à-dire dans une vision à long terme.

Afrik.com : Quelle est, selon-vous, la recette du futur succès de votre action ?
Fodé Sylla :
Je n’ai pas de recette miracle. Mon action visera à aider, à coordonner l’action sur le terrain des différents acteurs, à identifier les actions et les projets concrets pour les accompagner du début à la fin. Le tout, dans un profond respect des acteurs locaux qui travaillent déjà sur le terrain. Ceux là mêmes qu’on ne prend souvent pas le temps d’écouter, alors que ce sont eux qui sont le plus au fait des réalités et des besoins locaux.

Afrik.com : Vous êtes un enfant du continent. Areva n’utilise-t-elle pas votre image pour redorer la sienne en Afrique ?
Fodé Sylla :
Areva est une grande boîte. Elle n’a pas besoin d’un Fodé Sylla pour gérer son image ou pour se dédouaner de quoi que se soit. Moi ce qui m’intéresse c’est d’œuvrer à améliorer, à mon niveau, et de façon très pragmatique, la vie des gens qui vivent dans les pays où Areva est implanté. Et je suis sûr que j’aurai les moyens de mener à bien mes actions sur le terrain. L’implication d’Areva dans les missions qui m’ont été confiées n’est plus à démontrer : quand Areva embauche plus de 300 jeunes issus des écoles et des quartiers populaires en France dans le cadre de l’exigence de diversité dans l’entreprise au lieu des 100 sur lesquels elle s’était engagée, elle apporte la démonstration qu’on peut faire vivre la diversité. Elle renvoie l’image d’une entreprise de son temps, à l’image de la France d’aujourd’hui. C’est un formidable signe pour les autres entreprises. Si Areva peut faire vivre le concept de développement durable en Afrique, ce sera un message fort pour d’autres entreprises et groupes qui travaillent sur le continent. Et cela ouvrira les portes à la mutualisation des expériences pour voir ce que nous pouvons faire ensemble.

Afrik.com : Votre action n’est elle pas finalement que de la poudre aux yeux et l’arbre qui cache la forêt des intérêts d’Areva en Afrique ?
Fodé Sylla :
Une entreprise comme Areva a besoin de l’Afrique, comme l’Afrique a besoin d’une entreprise comme Areva. Mon action et celle des équipes qui sont déjà à l’œuvre sur le terrain s’inscrivent, entre autres, dans le cadre d’un échange gagnant-gagnant. Tout le monde y trouve son compte. Pour moi, l’Afrique n’est pas un terrain de jeu : on a tendance à oublier qu’il y a des gens qui y vivent. Et c’est pour tous ceux là que je vais œuvrer. Pour améliorer leurs conditions de vie et les accompagner dans leurs projets économiques.

Afrik.com : Quels sont vos pays cibles ?
Fodé Sylla :
Le Niger, cela va de soit, le Gabon (où nous avons une activité minière importante), l’Afrique du Sud (un pays chargé de symboles), la République Centrafricaine et deux pays avec lesquels j’ai un lien affectif ou une vieille implication personnelle : le Sénégal (son pays d’origine, ndlr) et le Maroc.



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