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Société - Afrique de l’Est - Djibouti - France - Justice

Le juge Borrel assassiné parce qu’il en savait trop sur le président djiboutien ?
Un ancien responsable militaire explique que le magistrat enquêtait sur les trafics présumés d’Ismaël Omar Guelleh

Un ex-responsable des renseignements français a déclaré que le juge Bernard Borrel, avant son assassinat en 1995, enquêtait sur des trafics présumés dans lesquels auraient trempés l’actuel président de Djibouti et des « coopérants français ». Cela laisse à penser que le magistrat a été éliminé pour que la vérité ne sorte pas au grand jour.



jeudi 12 juillet 2007, par Ben Crissa Bamogo


L’assassinat du juge Bernard Borrel serait-il lié à des trafics impliquant la France et Djibouti ? « Le ministre [djiboutien] de la Justice Moumin Badon Farah avait chargé M. Borrel de constituer un dossier sur l’ensemble des trafics auxquels [le président djiboutien] Ismaël Omar Guelleh était mêlé », a déclaré un ancien responsable français du renseignement militaire à la juge Sophie Clément, le 27 juin, lors d’une confrontation avec plusieurs militaires. Il a par ailleurs souligné que « des coopérants français » étaient impliqués dans ces commerces illégaux présumés, qui comprendraient des trafics d’ivoire, d’armes et d’alcool détaxé.

« Contradiction avec les déclarations de Mme Borrel »

Selon le militaire, Moumin Badon Farah avait assigné cette enquête au magistrat français, assassiné le 19 octobre 1995 à Djibouti, pour causer du tort à Ismaël Omar Guelleh (IOG). Le ministre aurait voulu gonfler ses chances d’être élu à la magistrature suprême, qu’a finalement remportée en 1999 IOG, neveu et chef de cabinet du président de l’époque, Hassan Gouled Aptidon. La guerre pour le pouvoir aurait alors poussé à sa perte Bernard Borrel. Ce dernier serait devenu gênant pour les Djiboutiens et les Français qui n’avaient pas intérêt à ce que leurs activités illicites soient découvertes.

Interrogé par l’AFP sur les déclarations de l’ancien responsable militaire, l’avocat de Djibouti, Me Francis Szpiner, s’est montré incrédule. Il a expliqué que Moumin Badon Farah avait « peu de chance d’accéder au pouvoir » et que les allégations sont « en contradiction avec les propres déclarations de Mme Borrel, selon qui son mari entretenait des relations exécrables avec le ministre de la Justice (...), ce dernier étant connu pour ses sentiments anti-français ».

Perquisitions fructueuses ?

Le président djiboutien, dont l’entourage est mis en cause dans la mort de Bernard Borrel, a toujours nié toute responsabilité. Dans un récent entretien accordé au quotidien français Le Monde, Ismaël Omar Guelleh souligne que la thèse de l’assassinat retenue dans l’affaire, et non plus celle du suicide, ne change rien : « La République de Djibouti n’est mêlée ni de près ni de loin à la mort de Bernard Borrel. Dès lors, rien ne m’inquiète ».

A noter que l’enquête semble avancer. D’après des notes saisies lors de perquisitions en avril aux ministères des Affaires Etrangères et de la Justice, l’ancien président français Jacques Chirac aurait suggéré à Ismaël Omar Guelleh de saisir la Cour internationale de justice. L’objectif aurait été de contester le refus des autorités judiciaires de l’Hexagone de transmettre une copie du dossier de l’affaire Borrel à Djibouti. Une démarche qui semble paradoxale, puisque le pays est-africain est soupçonné d’implication.

Par ailleurs, des perquisitions dans les résidences parisienne et provençale de Michel de Bonnecorse, l’ancien responsable de la cellule « Afrique » de l’Elysée, se sont soldées par la saisie d’un carnet. Michel de Bonnecorse pourrait bientôt être interrogé.

Lire aussi : Révélations dans l’affaire Borrel : l’armée française en eau trouble



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