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Centrafrique - France - Politique
Françafrique : Bokassa règle ses comptes avec Giscard d’Estaing
L’ancien président centrafricain s’exprime dans une interview de 1983 qui circule désormais sur Internet. En 1983, Jean-Bedel Bokassa a accordé une interview où il raconte son renversement, qu’il impute à l’ex-président français Valéry Giscard d’Estaing. L’ancien chef de l’Etat centrafricain dénonce aussi le pillage des ressources minières de son pays par l’Hexagone. Le film, qui aurait longtemps été interdit de diffusion, circule aujourd’hui sur Internet.

Jean-Bedel Bokassa (1921-1996) a gardé un amer souvenir de son renversement, en 1979. Un souvenir qui refait surface avec la diffusion, sur Internet, d’une interview que l’ancien président centrafricain a accordé en 1983 à une équipe française : Lionel Chomarat (monteur/réalisateur), Jean-claude Chuzeville (auteur/producteur) et Claude Jaget (images). Le film de 52 minutes, déjà visionné par plus de 150 000 personnes, aurait longtemps été privé de diffusion dans les grands médias.

Saga Bokassa

Il faut dire que Bokassa n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il accuse ouvertement l’ancien chef de l’Etat français Valéry Giscard d’Estaing, qu’il croyait son allié, d’avoir orchestré son départ. Sa destitution aurait été précipitée par son rapprochement avec la Libye. Mise au courant par ses services de renseignement, Paris n’a pas tardé à réagir, raconte Bokassa. A peine avait-il négocié un contrat à Benghazi qu’on lui a appris que la France avait déployé « 30 000 hommes à Bangui (la capitale centrafricaine, ndlr) et toutes les villes de provinces » pour l’empêcher de rentrer au pays. Il s’agissait de la fameuse opération Barracuda, qui permettra à David Dacko d’accéder au pouvoir.

Le lendemain du coup de force français, Bokassa prend l’avion pour la France où il est maintenu en « séquestration illégale, arbitraire » sur la base militaire d’Evreux, alors qu’il devait atterrir à l’aéroport de Roissy. Pour finir, il a été envoyé à Abidjan (Côte d’Ivoire), où il a été confié au président Houphouët-Boigny. Il se retrouve dans une résidence surveillée, d’où il a accordé l’interview à l’équipe française. Un exil forcé que la France a cautionné, de même que le premier président du Sénégal Léopold Sédar Senghor, selon les confidences que lui aurait faites feu Félix Houphouët-Boigny.

Le sol de la Centrafrique saigné à blanc

Bokassa, très à l’aise pendant l’entretien, martèle que, pendant les douze années de son règne, la France, ainsi que la Suisse, s’est copieusement servie en uranium sans jamais rien payer à l’Etat centrafricain. Il parle de « cargos » entiers chargés du précieux minerai. Giscard d’Estaing, en plus d’être qualifié de radin et de coureur de jupons, est présenté comme un croqueur de diamants insatiable. Un appétit que Bokassa tentait d’apaiser à chaque déplacement du président français d’alors.

En contrepartie, Bokassa insiste sur le fait que la France n’a même pas voulu aider la Centrafrique à exploiter le fer de son sol, qu’elle n’a même pas envoyé « un tracteur » et qu’il valait mieux ne pas se plaindre, au risque d’être maté. En somme, résume Bokassa, l’indépendance du pays n’était qu’« un jeu de mots » car il restait « une propriété presque privée » de la France.



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