Procès Kabila : le mystère s’épaissit

Une année après son assassinat, on ne sait toujours pas qui a armé la main qui a abattu le président Laurent Désiré Kabila. On sait encore moins pourquoi il a été condamné à mort. La Cour d’Ordre Militaire de Kinshasa vient d’ouvrir le procès de son assassinat.

De notre correspondant à Kinshasa

Cent vingt personnes impliquées dans l’assassinat du président Laurent Désiré Kabila comparaissent depuis le vendredi 15 mars 2002, devant la Cour d’Ordre Militaire de Kinshasa. Le 16 janvier 2001, Laurent Désiré Kabila tombait sous les balles de l’un de ses gardes du

corps. Le tout puissant tombeur du non moins puissant maréchal Mobutu avait-il péché par excès de confiance dans ses  » kadogo « , ces jeunes enfants soldats qui l’avaient accompagnés dans sa chevauchée vers le trône de Kinshasa et qui assuraient sa garde rapprochée ? Toujours est-il que, Rashidi Muzele, le jeune soldat qui a tiré sur le chef de l’Etat fut abattu quelques instants après son forfait par le colonel Eddy Kapend, l’aide de camp de Laurent Désiré Kabila.

La piste Kadogo

Le procès en cours semble d’abord être le procès d’Eddy kapend, tant l’aide de camp semble impliqué jusqu’au cou pour avoir supprimé Rashidi alors que celui-ci avait déjà été maîtrisé, rompant ainsi le seul fil qui devait conduire les enquêteurs vers l’identité des vrais assassins du président de la république. Sitôt ouvert, vendredi 15 mars 2002, le procès a immédiatement été suspendu, le temps pour les avocats d’avoir accès aux dossier de leurs clients, la plupart des défenseurs ayant été désignés d’office. Procès éminemment politique, il risque malheureusement de n’être suivi que d’une oreille par les Congolais qui tiennent à connaître non seulement les commanditaires du meurtre du président de la république mais aussi les mobiles véritables de son assassinat.

C’est en effet la première fois qu’un chef d’Etat est assassiné en plein exercice de ses fonction en RDC et de surcroît, à sa table de travail. Ce qui dénote d’une organisation minutieuse qui, de l’avis général, dépasse l’imagination congolaise, de nature peu portée sur les meurtres politiques à grand spectacle. Bien plus, le fait que des personnes de nationalité libanaise se soient retrouvées impliquées dans l’assassinat conforte les Congolais de l’existence d’une main étrangère. Reste à savoir laquelle.

La main de l’étranger

Les Congolais ne suivront donc que d’une oreille le procès qui s’ouvre ce mardi 19 mars, dans l’enceinte de la prison de Makala, l’autre étant accaparée par l’évolution des négociations politiques qui multiplient les pannes à Sun City, en Afrique du Sud.

Le colonel Eddy Kapend Irung doit répondre de plusieurs chefs d’accusations. Il lui est reproché, entre autres faits, d’avoir, le matin du 16 janvier, jour de l’assassinat du chef de l’Etat, remplacé tous les éléments de la garde normale prévue ce jour-là par une autre prétendument plus liée au groupe Masasu, et ce en dépit d’un coup de fil que l’aide de camp aurait reçu et qui le mettait en garde sur le danger imminent d’un attentat contre le chef de l’Etat.

L’énigme Masasu

Anselme Masasu Nindanga est l’un des membres fondateurs de l’AFDL (Alliance des

Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) qui avait renversé Mobutu en 1977. Accusé de complot contre la personne du président, Masasu sera exécuté dans la prison de haute sécurité de Buluwo au Katanga, fin 2001. Eddy Kapend est également accusé d’avoir tenté de prendre le pouvoir d’Etat en RDC à travers son message radio-télévisé, au soir du 16 janvier, sitôt après l’attentat, convoquant le gouvernement, le Commandement suprême de l’armée, pour consultation, d’avoir tiré sur Rashidi Muzele, l’assassin du président et d’avoir subtilisé l’arme du crime. Enfin, l’ancien aide de camp de Laurent Désiré Kabila devra répondre de l’assassinat des 11 Libanais arrêtés pour enquête, en rapport avec la mort du chef de l’Etat congolais.

Reste à savoir si des tribunaux sortira enfin l’identité exacte des commanditaires de l’assassinat de Laurent Désiré Kabila. La plupart des Congolais interrogés n’en sont pas convaincus, du fait non seulement de la trop longue attente avant l’ouverture du procès mais aussi de la manière quasi-parfaite dont s’est gérée l’immédiat après assassinat.  » Il y aura certes des condamnations pour participation à la tentative de coup d’Etat ou pour simple négligence. C’est le cas des patrons des services de sécurité de l’époque, actuellement en prison, nous a confié un homme politique qui a requis l’anonymat, mais nous craignons, à l’exemple de tous les cas d’assassinats de chefs d’Etat de par le monde, de ne jamais connaître la tête de la pieuvre. «