Précisions du Club Novation Franco-Africaine à l’attention de tous les Africains et de tous les Français

Par le succès et l’important retentissement de son Grand Symposium Franco-Africain 2010, organisé le 16 janvier 2010 à Paris, le Club Novation Franco-Africaine (CNFA) suscite des interrogations bien naturelles dans les milieux africains et français. C’est pourquoi nous, membres du CNFA, croyons utile de préciser plusieurs points, en complément du Manifeste du Club. L’originalité de nos positions, qui remettent en cause la version officielle de l’histoire de la décolonisation de l’Afrique ex-française, implique de lever toute équivoque qui pourrait résulter d’un contexte historique et idéologique complexe et souvent biaisé, aujourd’hui comme hier, en France comme en Afrique et ailleurs.

Que les choses soient parfaitement claires :

 La réflexion du CNFA porte sur la décolonisation de l’Afrique ex-française pendant la période 1945-1962. Cela dit afin que l’on cesse de nous opposer, comme c’est régulièrement le cas, les exemples du Ghana de Kwamé Nkrumah, du Congo de Patrice Lumumba, ou encore de la Guinée-Bissau d’Amilcar Cabral, qui, en dépit de l’intérêt historiographique qu’ils présentent, ne concernent pas notre sujet.

 Les membres du CNFA précisent qu’ils n’entendent en aucune manière dénigrer, désavouer ou discréditer les militants de l’indépendance des années 1945-1962. La revendication indépendantiste, en Afrique subsaharienne comme au Maghreb et ailleurs, nous paraît avoir été une réponse pleinement légitime face à un Etat français retors, volontiers brutal et parfois barbare qui, enfermé dans des schémas colonialistes, refusait d’accorder l’égalité politique à ses territoires d’Afrique et à ses populations africaines, en totale contradiction avec les principes dont ce même Etat français se réclamait officiellement dans le sillage de la Révolution de 1789 (liberté, égalité, fraternité, et laïcité).

Ceci étant clairement posé, le CNFA entend rappeler qu’entre 1945 et 1962, la grande majorité des Africains, malgré les abus et scandales perpétrés par le pouvoir métropolitain, mais aussi grâce aux espoirs que continuaient de susciter les promesses égalitaires de la République française et l’assouplissement du régime colonial pendant cette même période, étaient peu enclins au nationalisme et n’aspiraient guère à l’indépendance. Non seulement parce qu’un siècle de colonialisme français n’avait pas doté les territoires d’Afrique des cadres nécessaires à une éventuelle indépendance (carences radicales en matière de formation des populations, cadres en nombre très insuffisant, manque évident d’infrastructures, etc.), mais aussi parce qu’un siècle de vie en commun avec la France avait créé des liens d’amitié voire d’amour avec le peuple français, de métropole ou d’outremer, que les Africains ne confondaient pas avec les petits et gros colons qui sévissaient à l’ombre du système colonialiste. Pour toutes ces raisons, bien davantage que la sécession, la grande majorité des populations africaines souhaitaient que les promesses de la République française soient enfin tenues, c’est-à-dire que soit instaurée l’égalité politique totale entre tous les habitants de l’ensemble franco-africain. De la sorte, dans l’égalité et la fraternité avec le peuple français, les populations africaines souhaitaient participer à la construction politique, à l’essor économique et social, et au rayonnement de la République franco-africaine, que celle-ci fût confédérale, fédérale ou jacobine.

Bien évidemment, l’instauration de l’égalité politique entre métropolitains et ultramarins aurait entraîné une métamorphose de la France, c’est-à-dire de son peuple, désormais voué au métissage racial et culturel, mais aussi de son Parlement et de son gouvernement. De là, les citoyens africains disposant de centaines de représentants élus au Parlement, l’Etat français, devenu de facto l’Etat franco-africain, aurait été obligé de verser aux populations africaines les dividendes du développement. D’ailleurs, ce schéma avait commencé de trouver progressivement son illustration, certes très imparfaite mais néanmoins prometteuse, sous la IVe République.

Tout cela, les hommes politiques métropolitains le savaient.

Le Club Novation Franco-Africaine constate que le gouvernement métropolitain, en particulier le général de Gaulle (cf. en particulier C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte, tomes 1 et 2, éd. Fayard, 1994, et La Tragédie du Général, éd. Plon, 1967), conscient que la satisfaction de la revendication égalitaire portée par la majorité des Africains aurait profondément modifié la France mais aussi les rapports qu’elle entretenait avec ses territoires et populations d’Afrique, multiplia les manœuvres afin de pousser les Africains à la sécession. Ainsi fut démembré l’ensemble franco-africain, pour des motifs réels (refus du métissage et volonté de perpétuer l’exploitation colonialiste) totalement opposés aux honorables motifs officiels (en particulier le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »).

Le Club Novation Franco-Africaine s’emploie depuis plusieurs années à mettre à nu les subterfuges, tantôt grossiers, tantôt subtils, qui furent employés par l’Etat français pour parvenir à ses fins, en particulier le déni démocratique. Le Club Novation Franco-Africaine entend également dénoncer la propagande mensongère qui permet, depuis un demi-siècle, de dissimuler ce scandale au plus grand nombre, au profit du néocolonialisme.

Le Club Novation Franco-Africaine pointe en particulier la façon extrêmement hypocrite dont le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » fut régulièrement invoqué par le Chef de l’Etat français pour justifier sa politique, alors que les populations africaines furent, tout au contraire, muselées et neutralisées, comme l’indique en particulier l’affaire de la Loi 60-525, très méconnue malgré son caractère crucial. Cette dernière permit au gouvernement métropolitain dirigé par le général de Gaulle, au prix d’une quadruple violation de la Constitution de la Ve République, de déposséder les populations africaines du droit à l’autodétermination sur la question de l’indépendance. C’est ainsi que tous les territoires subsahariens de la France accédèrent, dès les mois qui suivirent le vote de la Loi 60-525 (mai-juin 1960), à l’indépendance sans que les populations soient consultées, c’est-à-dire sans qu’elles puissent y opposer leurs suffrages.

En cette année 2010, Cinquantenaire des Indépendances africaines, le Club Novation Franco-Africaine exige des autorités françaises, héritières du « système » mis en place par la Ve République et ses alliés, que la vérité soit enfin dite, et que toutes les conséquences en soient tirées.

Les Africains ne sont aujourd’hui étrangers en France, et partant en Europe, que parce qu’ils furent mis, malgré eux, au ban de la République française.

L’actuel Chef de l’Etat français se prétend le président de la « rupture », et affirme vouloir refonder les rapports franco-africains sur des bases saines.

Le CNFA estime que ces déclarations d’intention ne seront qu’une énième gesticulation verbale et politicienne, un nouveau subterfuge pour duper et spolier, tant que l’Etat français n’aura pas avoué qu’il a largué l’Afrique et ses populations pour éviter la « bougnoulisation » de la France, selon le mot du général de Gaulle, et pour ne pas verser aux populations africaines les dividendes du développement et de l’exploitation des richesses de leurs terres.

Bien entendu, l’objectif du CNFA n’est pas de rester éternellement les yeux rivés sur le passé.

D’ailleurs, l’année 2010 commence à peine, et nous annonçons dès à présent que certains membres du CNFA livreront, dans quelques mois, plusieurs propositions concrètes d’ordre politique, économique et social, concernant l’Afrique, la France et les rapports franco-africains, en vue de l’élaboration d’un plan global. Ce plan sera diffusé en direction des gouvernements de tous les pays qui constituaient, voilà cinquante ans, l’ensemble franco-africain.

Cela dit, dans un premier temps, le CNFA estime nécessaire de faire toute la lumière sur la décolonisation franco-africaine. C’est là, à nos yeux, la condition primordiale pour bâtir un avenir franco-africain, et euro-africain, réellement novateur et se débarrasser des criminels errements du passé.

Enfin, le CNFA répète que ce communiqué se conçoit comme un complément du Manifeste du Club Novation Franco-Africaine, qui demeure la plateforme fondamentale de notre mouvement et le pivot de notre action politique.

Fait à Paris, Abidjan, Yaoundé, Düsseldorf,
le 15 mars 2010
Le Club Novation Franco-Africaine (CNFA)