
La dette extérieure du Nigeria a progressé de 7 % au dernier trimestre 2025 pour atteindre 51,86 milliards de dollars, son niveau le plus élevé depuis le début de la série statistique disponible en 2000. L’encours reste maîtrisable au regard de la taille de l’économie, mais la charge des intérêts absorbe désormais plus de la moitié des recettes fédérales.
Au 31 décembre 2025, la dette extérieure du Nigeria s’élevait précisément à 51,856 milliards de dollars, contre 48,463 milliards trois mois plus tôt. Le précédent sommet est donc dépassé de plus de 3,3 milliards de dollars en un trimestre. L’encours est désormais près de seize fois supérieur au point bas de 3,29 milliards enregistré au premier trimestre 2007, dans le prolongement de l’allégement obtenu auprès du Club de Paris.
La dette publique totale, extérieure et intérieure confondues, atteignait à la fin de l’année 159 276 milliards de nairas, soit 110,97 milliards de dollars au taux de change retenu par le Debt Management Office (DMO). Elle a augmenté de 5 980 milliards de nairas au quatrième trimestre et de 10,1 % sur un an. La dette extérieure représente 46,7 % du total, contre 53,3 % pour la dette intérieure, évaluée à 84 849 milliards de nairas.
Le rôle du naira doit être nuancé
La dépréciation du naira a considérablement gonflé, depuis 2023, la valeur en monnaie locale des engagements libellés en dollars, en euros ou en yuans. Elle a notamment contribué à l’envolée de la dette extérieure exprimée en nairas en 2023 et 2024. Mais cet effet comptable ne suffit pas à expliquer la progression enregistrée en 2025. L’encours a également fortement augmenté en dollars. Entre décembre 2024 et décembre 2025, le naira s’est apprécié en fin de période, passant d’environ 1 535 à 1 435 nairas pour un dollar. La conversion en monnaie locale a donc plutôt atténué la hausse de l’encours à la clôture de l’exercice.
Le risque de change demeure central. Les recettes fiscales du gouvernement fédéral sont principalement collectées en nairas, tandis qu’une partie croissante du service de la dette doit être réglée en devises. Une nouvelle dépréciation augmenterait mécaniquement le coût budgétaire des remboursements extérieurs.
En outre, la structure des créanciers nigérians s’est profondément transformée. À la fin de 2025, les institutions multilatérales détenaient 45,99 % de la dette extérieure, les eurobonds 35,77 %, les créanciers bilatéraux 12,97 % et les autres financements commerciaux 5,27 %.
L’Association internationale de développement, le guichet concessionnel de la Banque mondiale, constituait le premier créancier multilatéral avec 18,51 milliards de dollars. L’encours des eurobonds atteignait pour sa part 18,55 milliards. Les prêts accordés par la China Exim Bank et la China Development Bank représentaient ensemble environ 5,58 milliards de dollars.
En novembre 2025, Abuja a ainsi levé 2,35 milliards de dollars à travers deux nouvelles émissions obligataires : 1,25 milliard arrivant à échéance en 2036 et 1,10 milliard en 2046. Les rendements se sont établis respectivement autour de 8,63 % et 9,13 %, des niveaux qui illustrent le prix élevé exigé par les investisseurs pour financer l’État nigérian.
Les intérêts absorbent l’essentiel des paiements
La principale fragilité des finances publiques nigérianes tient moins au montant de la dette qu’à son coût annuel. Ainsi, au quatrième trimestre 2025, le service de la dette intérieure a atteint 2 282 milliards de nairas. Sur cette somme, 2 174 milliards, soit un peu plus de 95 %, correspondaient au paiement des intérêts ! Les remboursements de principal n’ont représenté que 108,9 milliards de nairas.
Selon les projections du Fonds monétaire international, les paiements d’intérêts du gouvernement fédéral ont absorbé 53,2 % de ses recettes en 2025, contre 40,8 % en 2024. Cette proportion devrait atteindre 53,7 % en 2026, avant de refluer légèrement à 52,4 % en 2027. Plus d’un naira sur deux encaissé par l’État fédéral est ainsi destiné aux seuls intérêts, avant même le remboursement du capital.
Le FMI classe le risque de tensions sur la dette souveraine nigériane comme « modéré ». Il met en avant un ratio d’endettement encore relativement faible par rapport au produit intérieur brut, des échéances longues et l’amélioration de plusieurs indicateurs macroéconomiques. Cette appréciation ne constitue pas un blanc-seing car la faiblesse persistante des recettes publiques réduit fortement la capacité de l’État à financer la santé, l’éducation, la sécurité et les infrastructures.
Des agences de notation plus confiantes
Plusieurs signaux ont récemment joué en faveur d’Abuja. En mai 2026, S&P Global Ratings a relevé la note souveraine du Nigeria de « B- » à « B », avec une perspective stable. Il s’agissait de la première amélioration accordée par l’agence au pays depuis quatorze ans. S&P a notamment cité la hausse de la production pétrolière, le développement des capacités nationales de raffinage et les réformes du marché des changes.
Moody’s avait déjà relevé la note nigériane de « Caa1 » à « B3 » en mai 2025, tandis que Fitch a confirmé en avril 2026 sa notation « B », assortie d’une perspective stable. Ces trois évaluations restent dans la catégorie spéculative, signe que les investisseurs continuent d’exiger une rémunération élevée.
Le FMI prévoit par ailleurs une inflation moyenne ramenée à 16 % en 2026 et des réserves de change brutes atteignant 58,1 milliards de dollars selon la définition de la Banque centrale du Nigeria, contre environ 40 milliards à la fin de 2024.
Un recours à l’emprunt qui se poursuit
Ces améliorations n’ont pas freiné les besoins de financement du gouvernement. Le programme d’emprunt envisagé pour 2026 a été porté à 29 200 milliards de nairas, soit 11 310 milliards de plus que le montant figurant dans la circulaire budgétaire publiée en décembre 2025.
À la fin de juin 2026, le DMO a également lancé un appel à manifestation d’intérêt pour recruter les banques et conseillers juridiques chargés d’une éventuelle nouvelle émission d’eurobonds. Aucune opération n’était encore formellement annoncée, mais la démarche confirme la volonté d’Abuja de conserver un accès régulier aux marchés internationaux.
Le Nigeria a parallèlement conclu avec First Abu Dhabi Bank un accord de produits dérivés pouvant atteindre 5 milliards de dollars. Le FMI a appelé à la prudence face à ce type de montage financier, jugé plus complexe et moins transparent qu’un emprunt classique. Le ministre des Finances, Wale Edun, a pour sa part exclu le recours à une nouvelle assistance financière du Fonds.




